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mardi 27 novembre 2001
Cas de conscience chez les travailleurs sociaux ?
par Xavier BOUCHEREAU


Il faut réduire la fracture sociale !!! Aujourd’hui encore le succès de cet appel est pour moi une énigme. Avec ses allures de mauvais slogan publicitaire, elle a su émouvoir la France entière.


Etrange pouvoir des mots qui en l’espace d’une formule lapidaire permet à tout un peuple de se déculpabiliser, d’oublier les méfaits d’un système libéral qu’il cautionne en masse. Plus d’exclus, plus de délinquants, plus de marginaux, la France peut dormir sur ses deux oreilles le Monsieur s’occupe de tout, il l’a promis... Ainsi, la population est elle prête à suivre celui qui lui épargnera la honteuse vérité, celle qui pourtant crève les yeux : chaque jour un nombre grandissant de nos concitoyens (et c’est déjà un abus de langage) n’ont plus le droit de cité. Ils sont les victimes sacrifiées au nom d’une économie libérale triomphante dont plus personne ne discute réellement la légitimité. Inutile de nous voiler la face, nous sommes tous individuellement responsables de cette cécité collective. Et le travailleur social peut-être plus qu’un autre !

Cas de conscience chez le travailleur social

Témoin quotidien des processus d’exclusion, il est l’agent désigné de leur réparation tout en participant activement à leur dissimulation. Comment, dans ces conditions, pourrait-il ne pas s’interroger sur la place que lui confère sa fonction dans cette organisation sociale discriminatoire ? Est-il la simple caution morale d’un système amoral orchestré par les enjeux financiers, ou prétend-il être le moteur d’un changement (voire d’un ajustement) toujours possible de notre société ? Le travailleur social doit-il laisser aux vestiaires ses convictions dès lors qu’il endosse ses apparats de professionnel ? Le terrain professionnel est-il fait pour exprimer ses convictions ? Comment penser une vision militante de notre travail sans pour autant prendre en otage les usagers ? Pour ma part, je défendrai l’idée que l’engagement syndical, pour peu qu’il recouvre ses ambitions politiques, est à même d’offrir aux professionnels du social une issue intéressante à ces questions en forme d’impasse.

La syndicalisation est un acte politique

Sous l’ancien régime, les corporations religieuses arbitrent les rapports entre apprentis et patrons. S’inspirant de ce modèle, les syndicats deviennent progressivement le principal mode de défense du monde ouvrier contre l’impérialisme des organisations patronales. Au 19e siècle, sous l’influence de K. Marx, M. Bakounine ou encore de P. Proudhon, les syndicalistes ne se contentent plus de défendre les intérêts des prolétaires, ils intègrent l’idée de bâtir une société plus égalitaire. C’est cette prétention politique du syndicalisme qu’il nous revient de pérenniser. S’arc-bouter pour préserver les acquis sociaux de ses adhérents ne peut plus être l’unique finalité des syndicats modernes. D’ailleurs, en bloquant toute réforme par peur de perdre quelques « privilèges », les syndicats deviennent facteurs de sclérose et d’archaïsme souvent au détriment des usagers les plus démunis. Est-il vraiment utile de revenir sur la paralysie chronique dont souffre l’Education Nationale et dont les syndicats sont pour le moins responsables ? Le « non » systématique est une aberration. Les syndicats doivent être une force de proposition et non plus seulement d’opposition.

Le syndicalisme dans le secteur social

Dans le secteur social, les syndicats ont une influence non négligeable. A ce titre ils peuvent orienter certaines décisions. Pourquoi les salariés ne se saisiraient-ils pas de ces instances pour exprimer leurs convictions quant au sens du travail social ? Le syndicalisme n’est-il pas le moyen de redonner sa dimension à une profession qui, préoccupée à développer ses « savoir faire » en oublie d’interroger le « pourquoi faire » ? Prenons garde que le travail social ne se voit pas définitivement amputé de sa dimension militante. Un tel dévoiement ne serait pas seulement inacceptable, il serait dangereux. Plus rien ne s’opposerait, en effet, à ce que les parfaits techniciens du social se mettent à la disposition des causes les plus discutables.

Le syndicalisme nous offre la possibilité, par une action collective, d’agir sur les politiques sociales, de faire passer notre vision d’une société plus solidaire où la reproduction des inégalités ne ferait plus loi. En définitive, je pense que l’engagement syndical nous confère, à nous simples travailleurs sociaux, le pouvoir de bousculer « l’ordre des choses » et d’atténuer « les effets de destinées » que génèrent notre système politico-économique.

Qui ne fait rien consent

Malheureusement, nous sommes confrontés au délitement des organisations syndicales. Le taux de syndicalisation, qui était de 22% en 1970, n’était plus que de 9% en 1994 . Un nombre croissant de personnes, notamment dans les dernières générations, refuse d’intégrer syndicats et partis politiques. Attachées plus que d’autres à leur sacro-sainte liberté, elles dénoncent le caractère manipulateur et totalitaire de ces institutions. La génération « X-Files » se méfie de tout et de tous. En revanche, assis devant leur téléviseur ou l’oreille collée à leur radio, elle s’offusque des injustices de ce monde. Trop occupés à critiquer une société dont ils profitent, ces adeptes du « tous pourris » ne font rien. Et en cela, ils se font les principaux complices des injustices qu’ils condamnent.

La lutte finale ne fait que commencer

Vous l’aurez compris, je récuse l’idée qu’il faut rejeter en bloc syndicats et partis politiques pour préserver une expression individuelle qui, aussi intéressante et juste soit-elle, n’en demeure pas moins limitée quant à son impact social. Je crois davantage en une expression collective organisée dans laquelle chacun trouve sa place. La lutte des classes n’est pas une vision obsolète des rapports sociaux. Rendue plus diffuse par l’atomisation de notre société, elle reste néanmoins plus que jamais d’actualité. Alors donnons-nous enfin les moyens d’infléchir le cours de l’histoire.

Post-Scriptum

Article paru dans le journal Educ’Action - N°14 - 2ème trimestre 2001










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1 Message

  • > Cas de conscience chez les travailleurs sociaux ? 9 décembre 2001 19:05, par pap.s

    bonjour,
    il est peut-être temps d’inventer, de construire d’autres instruments que le syndicalisme et les partis ou familles politiques qui sont bien loin des préoccupations des citoyens, qui ont plus que déçus...un mauvais travail !!!
    C’est redonner un sens à la démocratie, ce que nos instruments classiques cités ci-dessus n’ont pas su respecter. moins d’alliance politique,plus de parole et inscrire le citoyen au sein d’actions politiques.Le syndicalisme n’a pas su tenir sa place en flirtant(le mot est faible) avec les partis politiques.Soutenant des mesurettes des tucs jusqu’aux emplois-jeunes....(20 ans) et qui ne reglent en rien les problèmes de fond .Qui assouplissent le code du travail, disqualifient les professions existentes, bref ne mobilisent en rien les energies.Et, ce n’est qu’un exemple parmi tant d’autres...
    On ne peut demander à des militants de suivre des organisations sourdent et aveuglent,qui analysent plus.Elles semblent participer au : on nous cache tout on nous dit rien...
    raison pour laquelle de plus en plus d’autres syndicats apparaissent témoignage d’une non cohérence et cohésion....
    aujourd’hui d’autres mouvements viendront peut-être prendre la parole et redonner du sens et surtout, de la démocratie,ce qui semble faire défaut !

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