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mardi 16 octobre 2007
Changements sociaux ou changements de regards sur l’exclusion et sur la manière de répondre aux difficultés sociales de la population ?
Intervention au congrès international de la section europe de l’IFSW à Parme en Italie

par Didier DUBASQUE, Marie-Geneviève MOUNIER


Depuis quelques années la situation de la population la plus exclue est devenue un enjeu politique et médiatique. Aujourd’hui, les étrangers qui vivent en France, les personnes sans domiciles fixes, les enfants et adolescents désœuvrés, les malades mentaux ou dépendants, les « privés d’emploi » sont désormais perçus comme des populations qu’il faut contrôler et contenir notamment en dehors de l’espace public.

Cette nouvelle orientation centrée sur un impératif de sécurité met en cause les fondements mêmes de l’intervention sociale basée sur l’écoute, le respect de la parole donnée et la croyance aux capacités des personnes et des familles d’évoluer vers une plus grande autonomie et une meilleure socialisation.

Comment les travailleurs sociaux peuvent-ils apporter des réponses nouvelles quand s’opposent aujourd’hui les lois protectrices des personnes et des familles à de nouvelles lois centrées sur la sécurité, le contrôle social et la contention de populations les plus fragiles ?


I Regards sur la population qui compose aujourd’hui les exclus en France

1.1 Une tentative de classification des différentes formes de pauvreté

Selon les critères utilisés par les sociologues et les économistes spécialistes des inégalités et des ruptures sociales [1] la pauvreté en France se répartit en plusieurs catégories avec la pauvreté intégrée, la pauvreté marginale, et la pauvreté disqualifiante.

La pauvreté intégrée correspond à une situation où ceux que l’on appelle les « pauvres » sont nombreux sur un même territoire. Ils se distinguent peu des autres couches de la population. Leur situation est courante et renvoie au problème plus général d’une région ou d’une localité donnée qui a toujours été pauvre. Puisque les « pauvres » forment un groupe social étendu, ils ne sont pas fortement stigmatisés. La pauvreté marginale renvoie à une autre représentation sociale : Ces « pauvres » sont souvent jugés inadaptés au monde moderne et il est courant de les désigner comme des « cas sociaux », ce qui entretient inévitablement leur stigmatisation. Ce groupe social est résiduel, mais il fait néanmoins l’objet d’une forte attention de la part des institutions d’action sociale.

La pauvreté issue d’un processus de disqualification Cette forme élémentaire de pauvreté renvoie à un processus qui touche des franges de la population jusqu’alors parfaitement intégrées au marché de l’emploi. Ce processus concerne des personnes confrontées à des situations de précarité de plus en plus lourdes tant dans le domaine du revenu, des conditions de logement et de santé, que dans celui de la participation à la vie sociale.

Aujourd’hui, l’image dominante du pauvre est celle de la victime d’une déchéance sociale à la suite d’une ou de plusieurs sévères ruptures. Le sentiment d’insécurité sociale s’est solidement ancré dans la conscience collective à tel point que plus de la moitié de la population française craint désormais d’être touchée par l’exclusion.

1.2 La pauvreté favorise l’exclusion dans des domaines inchangés depuis des décennies : accès au logement, aux soins, à l’éducation et au travail.

Le troisième rapport de l’Observatoire national de la pauvreté et de l’exclusion sociale indique que sur le long terme (20 ans), la pauvreté concerne moins de personnes, mais touche aujourd’hui davantage les actifs que les retraités. Il est noté une inflexion à la hausse de la pauvreté depuis 2002. Parmi les principales difficultés figure l’accès au logement. En effet, les aides au logement qui progressent moins vite que les loyers, et le parc social ne suffisent pas à compenser les difficultés d’accès au logement des ménages pauvres. Les inégalités sociales de santé sont encore importantes malgré une amélioration de l’accès au système de soins à travers l’instauration de la Couverture Maladie Universelle (CMU). En matière d’éducation, l’échec scolaire reste socialement marqué. Il expose les jeunes des familles défavorisées à des parcours professionnels chaotiques. Enfin les conditions d’accès aux services bancaires demeurent fortement discriminatoires.

Il y avait 6 % de personnes pauvres en 2003, contre 12 % en 1970. La pauvreté a été sérieusement réduite dans notre pays, mais elle ne diminue quasiment plus depuis 1990, alimentée par un niveau de chômage qui se maintient à un niveau élevé. Fin 2005, on comptait 1 million 300 mille bénéficiaires du Revenu Minimum d’Insertion (R.M.I.) soit deux fois plus qu’en décembre 1992. De nos jours, plus d’un million de salariés perçoivent des revenus inférieurs au seuil de pauvreté... En France, 6 millions de personnes vivent des allocations de minima sociaux, soit plus de 10 % de la population. [2]

1.3 les travailleurs sociaux constatent dans leur quotidien professionnel des disparités en matière de traitement des exclusions avec pour certaines aucune solution avancée par les pouvoirs publics

Etre pauvre ne veut pas forcément dire être exclu même si la quasi totalité des exclus sont pauvres économiquement.

L’exclusion se décline en plusieurs domaines avec notamment :

- Les exclus économiques : Les personnes sans travail qui vivent avec les minimas sociaux. Parmi ces exclus, certains sont stabilisés dans la pauvreté. Ils survivent en alliant contrats précaires et systèmes d’entraides avec parfois le soutien d’une économie souterraine mal évaluée. Mais cette population dispose de revenus tellement bas que le moindre « accident de parcours » provoque un endettement difficilement surmontable et l’entrée dans un engrenage de dépendances à l’égard des services sociaux qui distribuent des aides extralégales selon les différentes déclinaisons des politiques départementales.

- Les exclus du territoire : Ces exclus sont les victimes de tentatives d’éloignement du regard des « inclus ». Les dispositifs d’aide sont peu où mal adaptés. Il y a les familles et personnes sans papiers, entrées illégalement ou devenus illégaux suite à une évolution de la législation Française. Les « sans papiers » font appel aux services sociaux des départements ainsi qu’aux associations caritatives et pour lesquels peu de solutions existent, ni ne sont mises en œuvre. On peut ajouter dans cette catégorie les gens du voyage mais aussi les SDF « clochardisés ». Les exclus des territoires sont aussi des exclus économiques : c’est principalement la catégorie de population la plus stigmatisée et pour laquelle il n’y a peu ou pas de réponse institutionnelle sinon la volonté de les voir déplacées ( être ailleurs )

Les personnes issues de ces 2 grandes familles d’exclus constituées de parcours fort différents sont confrontées à des difficultés assez insurmontables en matière d’accès au logement et à l’emploi. Face aux contraintes administratives, les personnes d’origine étrangère accèdent difficilement aux soins malgré la CMU « Etat »

II Les évolutions des politiques publiques au regard de l’exclusion

2.1 Le regard de la population sur la pauvreté et l’exclusion.

Il est à retenir une évolution importante du regard de la population sur les bénéficiaires des minima sociaux. Une étude du CREDOC (Centre de Recherche pour l’Etude et l’Observation des Conditions de vie) réalisée début 2005 a montré un durcissement de l’opinion des Français à l’égard des demandeurs d’emploi. [3]

Si l’accès aux droits essentiels a été mis en œuvre jusqu’à une période récente, d’autres lois concernant la répression et la prévention de la délinquance se sont directement attachées à modifier les conditions d’intégration de la population en situation d’exclusion de territoire.

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Article paru dans la Revue Française de Service Social (la revue de l’ANAS) n° 225

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info notes

[1] ERIS Equipe de recherche sur les inégalités sociales sous la direction de Serge PAUGAM, directeur de recherche au CNRS, directeur d’études à l’EHESS

[2] Le seuil de pauvreté monétaire relative s’élevait en 2000 à 579 € par mois pour une personne seule et 869 € pour un couple sans enfant, auxquels il faut ajouter 174 € pour chaque enfant de moins de 14 ans et 290 € pour les plus âgés.

[3] Plus de sept personnes interrogées sur dix (72%) se disent plutôt favorables à la suppression des allocations chômage "aux chômeurs qui, au bout d’un certain nombre de mois, refusent un emploi moins qualifié ou moins rémunéré que celui qu’ils cherchent. Une très large majorité (81%) sont "plutôt d’accord" avec l’idée qu’"il est parfois plus avantageux de percevoir des minima sociaux que de travailler avec un bas salaire, et 70% avec l’affirmation selon laquelle "si la plupart des chômeurs le voulaient vraiment, beaucoup pourraient retrouver un emploi"




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