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mercredi 19 juin 2002
DU JEU ET DES DÉLINQUANTS
Jouer pour pouvoir penser

par Bernard BALZANI, G.KAINZ, JP. VIDIT


Le livre que nous présentons tente de rendre compte cliniquement d’une expérience menée avec des adolescents psychopathes confiés à une institution chargée de les rééduquer et de les réinsérer. Dans le cadre de cette prise en charge une activité de médiation utilisant le sociodrame fut mise en place à l’initiative du psychologue de l’institution relayé par des éducateurs qui voulurent bien s’y intéresser, s’y associer et s’y former.


Pourquoi le sociodrame ?

Le sociodrame - qui est une technique de jeu de rôle - favorise la mobilisation de l’imaginaire au moyen de scénarii fictifs qui, après avoir été joués, permettent de parler, de se parler ainsi que de se donner un cadre partagé pour penser les expériences qui vont être réalisées au cours des sessions de travail. Toutefois, il paraît important de préciser et d’affirmer que ce qu’il est essentiel de montrer au fil des pages relatant aussi fidèlement que possible cette expérience n’est pas de procéder à l’apologie d’une technique - ici le sociodrame - supposée réduire magiquement toutes les difficultés afférentes à la prise en charge d’adolescents qui posent d’épineux problèmes tant par leurs histoires personnelles et les difficultés qu’on y repère que par les modes de résolution des tensions auxquels ils ont recours.

Le sociodrame n’est pas une fin en soi. C’est uniquement un outil au service d’une finalité destinée à promouvoir une autre forme de relation avec les adolescents psychopathes. Il est un moyen au service de l’élaboration d’un espace de rencontre, d’un nouveau mode de relation qui constitue, pour l’adolescent psychopathe, une expérience nouvelle et inaugurale dont il soit possible, après coup, de parler.

On remarquera également que ce type d’activité est connectée à la culture - le groupe, le risque - ainsi qu’au fonctionnement psychique de l’adolescent psychopathe - l’immédiateté, l’aspect ludique - en ce qu’il ne pose pas l’a priori de la verbalisation qui n’intervient modestement mais essentiellement que dans un second temps. En effet, les adolescents dont il est ici question ont pour résoudre les tensions qu’ils rencontrent nécessairement recours à un agir qui, s’il ne règle rien sur le fond des problèmes, a pour mérite d’abaisser temporairement les tensions rencontrées. La verbalisation et la symbolisation ne sont donc pas les modèles préférés de leur mode d’échange et de relation qui dégénèrent le plus souvent dans différentes formes de comportements violents.

Envisagé de cette manière, le sociodrame constitue une étape première sur le continuum de la prise en charge du malaise important dont souffrent ces adolescent psychopathes ; étape indispensable où il s’agit plus de partager une expérience, de la vivre, de la mettre en forme puis en mot que d’en interpréter les sens potentiels qui serait l’objet d’une seconde étape.

Le but de ce livre est donc modeste et ne revendique d’ailleurs aucune effet de généralisation ou de modélisation.

Il est de rendre compte d’une démarche clinique et théorique construite à partir d’une tentative de compréhension puis d’analyse des besoins et des caractéristiques spécifiques d’une population qui présente - outre les traumas multiples de leurs histoires - une difficulté de symbolisation, une absence de recours à l’imaginaire, une intolérance à la Loi qui, paradoxalement, empêchent tout retour réflexif sur leur propre histoire ou sur les agirs comportementaux.

Tels pourraient être à un niveau clinique et théorique les principaux paramètres - symbolisation, imaginaire, loi - qui permettent d’envisager ce fameux cercle vicieux d’une manière tout à fait différente que celle des auteurs qui y font référence.

Ces trois paramètres essentiels constituent dans leurs agencements les bases de la pensée. Pour penser - que l’on soit psychopathe ou non - il faut être capable d’imaginer, de symboliser et d’ordonner différents éléments en un ordre convenu et transmissible. Cette dimension de la pensée et de la capacité de penser est incontestablement centrale dans la problématique de ces adolescents psychopathes. Dès lors, ce qui pourrait utilement les aider à résoudre leurs problèmes - la pensée et le recours au penser - est précisément ce qui est empêché et rend l’expérience hasardeuse, douloureuse voire impossible ! La reconstitution des capacités de penser est donc au centre de ce qui peut amener une sédation des agirs si fréquents chez ces adolescents.

Le sociodrame n’est pas un remède - en cela il se différencie du psychodrame inscrit dans le domaine thérapeutique - mais c’est une technique de médiation. Le « médiat » est selon le Petit Larousse Illustré « qui n’a rapport, qui ne touche à une chose que par une autre, qui est intermédiaire ».

Le sociodrame est un outil qui ne vise pas à l’exploitation de la problématique personnelle comme c’est les cas du psychodrame où le programme annoncé est clairement l’investigation des aléas de l’histoire singulière et du désir. Le psychodrame s’adresse préférentiellement à des individus n’ayant pas trop peur de la dimension psychique.

Tout autre est les cas des adolescents dont il est ici question qui s’avèrent d’une frilosité et d’une méfiance par rapport au psychique qui n’a d’égal que la peur qu’ils en ont. Cette peur est d’ailleurs bien compréhensible et s’explique légitimement par la crainte inconsciente de réactiver les multiples blessures et traumas qui s’y trouvent enfouis et dont la plupart du temps la trace s’est comme évanouie. La peur est ici au service de l’auto-conservation et prémunit contre les risques d¹effondrement dépressifs et narcissiques.

Le sociodrame cherche plus modestement mais aussi plus utilement à tenter de réaménager un premier niveau de réconciliation avec ce qui est du domaine du psychique. Il permet de réintroduire une prise en compte du psychique là où ne règne que l’agir, la dénégation ou le clivage c’est-à-dire des modes de fonctionnement où l’individu semble comme coupé de son psychisme. En ce sens, il est une tentative pré-thérapeutique.

Mais cette démarche ne peut pas se faire directement.

Elle devra passer par cet intermédiaire - ce médiat - qu’est le sociodrame où pourront être proposées et ensuite jouées fictivement puis pensées des situations proches du champ culturel ou d’intérêt des adolescents psychopathes. Il s’agira de procéder progressivement à la reconstruction d’un espace où il devient possible de restituer les capacités du jouer - c’est-à-dire de mobiliser par le biais de scénarii tout un imaginaire ici appliqué à des situations sociales - ; mais de jouer avec d’autres - c’est-à-dire de s’inclure dans une dimension groupale régie par des lois - ; afin d’arriver à parler et se parler - c’est-à-dire de parvenir à un premier niveau de pré-symbolisation.

Cette démarche entre dans la finalité d’une remise en marche des capacités réflexives de l’appareil psychique dont parle René Roussillon. Mais l’on comprend que le plus important n’est pas à proprement parlé l’activité elle-même mais l’inscription dans un cadre qui promeut, restitue et valorise la pensée. Si le psychodrame s’intéresse majoritairement aux contenus psychiques des participants qui permettront alors de mettre à jour les problématiques personnelles sous-jacentes ; on peut dire que le sociodrame vise plus la reconstitution des contenants psychiques aptes à accueillir de la pensée. On peut alors espérer que dans le contenant ainsi reconstitué puisse s’inscrire des contenus liminaires qui, à leur tour, pourront être exploités à différents niveaux ainsi qu’à différents temps inscrits dans le continuum de la prise en charge.

C’est peu mais c’est à la fois beaucoup. C’est peut-être une étape indispensable dans la reconstruction identitaire de ces adolescents psychopathes.

En ce sens, le jeu anticipe le Je.

Post-Scriptum

DU JEU ET DES DÉLINQUANTS Jouer pour pouvoir penser J.P.VIDIT, B.BALZANI, G.KAINZ Préface de Claude BALIER Editions De BOECK Université, Collection de l’Oxalis. (2002)










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2 Messages de forum

  • > DU JEU ET DES DÉLINQUANTS 20 juin 2002 19:07, par Balzani

    Merci pour la mise en ligne de l’information relative à l’ouvrage que j’ai commis avec deux collègues. Si c’est possible, et dès que l’édteur aura bien voulu préparer le formulaire de commande, je vous ferai parvenir le document pour une insertion enligne.
    Merci encore pour le relai d’information
    Bernard Balzani

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