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mercredi 22 août 2007
L’accueil à l’école
par Hervé LEFEUVRE, SSAE


Très dense, cette journée d’étude aborde successivement différentes dimensions du travail auprès des jeunes nouveaux arrivants. Parmi toutes les formes d’hospitalité et d’accueil, logement, emploi, santé, le CASNAV a lui un objet bien précis, au cœur de beaucoup d’enjeux, d’attentes, d’espoirs, c’est l’accueil à l’école. CASNAV en effet signifie « centre académique pour la scolarisation des élèves nouvellement arrivés ».


Qu’est-ce que ce « centre académique » ? C’est d’abord au 44, rue Alphonse-Penaud dans le XXe arrondissement, une équipe de douze personnes qui assure la direction, la coordination, la formation. C’est aussi un réseau, des dizaines de classes dispersées dans les écoles élémentaires parisiennes, près de 70 classes d’intégration, dites CLIN. Et des dizaines de classes dispersées dans des collèges, près de 70 classes d’accueil, dites CLA. Auxquelles s’ajoutent des regroupements, pour le suivi, le soutien. Au total, plus de 700 écoliers, plus de 2 200 collégiens et lycéens – l’équivalent dans la capitale de plusieurs écoles, de plusieurs établissements du second degré. La scolarisation des enfants et des jeunes qui viennent d’arriver sur le territoire national fait donc l’objet d’un dispositif dense, consistant, qualitatif.

Les coordinateurs du centre académique effectuent l’évaluation du jeune, l’inscription, mais aussi le suivi des parcours, dans la classe spécifique et à l’échelle de tout l’établissement. Les professeurs du réseau suivent leur travail, leurs expériences, leurs pratiques, leurs difficultés et leurs réussites.

Pourquoi la scolarisation des enfants et des jeunes venus d’un autre pays s’effectue-t-elle sous cette forme ? Cette mission est d’abord ce devoir, cette obligation d’affecter, d’inscrire tout enfant présent sur le territoire national, qui ne date pas d’aujourd’hui, c’est de l’histoire ancienne, ancienne comme la République. C’est un droit pour tout enfant présent en France, quels que soient sa nationalité, sa situation, et même son domicile – le « V » du sigle CASNAV veut bien dire « enfants du voyage ».

Cependant, les conditions de la scolarisation ont évolué, c’est de 1970 que date la première circulaire de l’Education nationale concernant l’organisation de l’enseignement destiné aux enfants de migrants à l’école élémentaire. On statue sur quelque chose qui a pris forme sur le terrain, dans la décennie précédente. C’est en 1965 qu’est apparue, à Aubervilliers, la première « classe d’initiation » pour enfants étrangers. On en compte rapidement une centaine. Les CEFISEM - Centres de Formation et d’Information des Enfants de Migrants - sont créés en 1975.

C’est d’abord un principe intangible : une même école pour tous les élèves, français et de nationalité étrangère. La volonté d’un espace de partage, et donc la crainte de la relégation. Pour lutter contre les filières, le législateur a tout de suite posé des limites strictes, pour concourir à un passage en classe banale le plus rapide possible, la structure n’étant qu’un sas, une étape : un élève ne peut être scolarisé en CLIN qu’une seule année scolaire. Et le CRI - Cours de Rattrapage Intégré - offre 7 à 8 heures par semaine de regroupement.

Le second constat, c’est le partenariat, le rôle important joué par les associations, avec le concours à l’époque du FAS (Fond d’Action Sociale pour les travailleurs immigrés. Aujourd’hui le FASILD, Fond d’Action et de Soutien pour l’Intégration et la Lutte contre les Discriminations).

Deux problèmes, deux écueils qui ont très vite été perçus : Premier problème, l’élève venu de l’étranger, en raison de son retard scolaire ou du décalage d’acquisitions et de niveau, ou encore à cause du barrage de la langue, se voit proposer un parcours spécifique, dans des classes jugées équivalentes à celles destinées aux élèves en difficulté, la classe de perfectionnement, la SES (Section d’Education Spécialisée). L’assimilation avec les publics scolaires en importante difficulté est très forte. Second problème, la poursuite d’études après seize ans est bien souvent limitée à l’accès au collège d’enseignement technique de l’époque, à l’apprentissage.

Dans un passé beaucoup plus proche, une série de ruptures, amorcées en 1986 et confirmées en 2002, a lieu avec la transition des CEFISEM aux CASNAV, qui n’est pas qu’un changement de sigle. Le regard sur l’élève nouvellement arrivé change, mais également les pratiques en classe et dans l’établissement. La rupture est triple. La première consiste à se centrer désormais sur l’apprentissage de la langue scolaire écrite, et non plus sur la seule capacité à communiquer en français. Pour réussir son parcours à l’école, il faut dominer un registre de langue spécial, la « langue de scolarisation », un français quasi-professionnel, propre en plus à chaque discipline enseignée. Les mathématiques, la géographie par exemple, ont leur lexique, des outils de langue pour travailler en classe, se repérer dans les situations d’apprentissage, accomplir les tâches,, comprendre les consignes. C’est sur cela qu’il faut mettre l’accent, le « bain de langage » ne suffit pas, l’approche culturelle non plus.

La seconde rupture porte sur la prise en compte du parcours scolaire antérieur, effectué dans le pays d’origine, en langue maternelle. Et parfois la prise en compte de l’absence de scolarité, d’où un enseignement tout à fait spécifique destiné aux élèves « non scolarisés antérieurement », appelés dans notre jargon NSA.

Enfin la troisième rupture concerne l’accent mis sur la continuité du parcours scolaire de l’enfant puis du jeune, avec à son terme, ce qui ne peut pas être oublié, l’accès à une qualification. Aller à l’école ne suffit pas, aller au collège n’est pas une fin en soi, il faut accéder au lycée professionnel, au lycée général et technologique – l’insertion professionnelle et sociale est un horizon qui fait peser toutes les exigences.

La confusion entre « publics issus de l’immigration » - les deux ou trois générations nées en France de parents étrangers, et les migrants, les primo-migrants plus exactement - est à dissiper. Le CASNAV ne s’adresse qu’aux élèves « nouvellement arrivés ». Nous sommes donc centrés sur l’intégration scolaire d’enfants et de jeunes qui ont tout juste quitté leur pays d’origine. Certes l’exil, la transplantation, un passé parfois dramatique, une insertion difficile ont leurs incidences. Mais les enfants et les jeunes nouvellement arrivés ont des attentes linguistiques, scolaires, précises auxquelles il faut répondre. Ce que nous leur devons, c’est de les aider à construire des compétences, des connaissances, des attitudes, des savoirs. Ils ne méritent pas d’être réduits à ce qu’ils ne savent pas et ne peuvent pas encore, à leurs carences ou à leur détresse.

L’école est émancipatrice. Elle ne reconnaît ni l’assignation à identité, à origine, ni réduction définitive à une caractéristique, ni assimilation de la personne à son problème, à sa difficulté du moment. L’enfant nouvellement arrivé en France au même titre que tous les autres, dans la maison commune qu’est l’école de la République, est regardé avec espoir, considéré pour ses devenirs, accompagné dans sa trajectoire de développement, ses paris et ses rêves de dépassement et de réalisation.

Post-Scriptum

Article paru dans le dernier numéro d’"Accueillir", la revue du SSAE

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