Un regard...
en 650 articles
et 365 signatures d'auteurs
sur l'essentiel de la presse du TRAVAIL SOCIAL









jeudi 30 mai 2002
La prison ne peut pas être la solution aux problèmes des banlieues
par Raymond CURIE


Alors qu’il est de bon ton en ce début d’année 2002 de parler de « tolérance zéro » et de sécurité renforcée dans la perspective des prochaines échéances électorales, il est important pour les travailleurs sociaux de rappeler quelques idées incontournables. Tout d’abord les problèmes de délinquance et de violence doivent être replacés dans leur contexte, ce n’est qu’après avoir compris la complexité des situations que l’on peut ensuite proposer des solutions appropriées et placer les mesures répressives à leur juste place, c’est-à-dire avec des graduations dans les peines et non pas imposer la prison comme le remède miracle aux « maladies urbaines ».


Michel Wieviorka [1] distingue la violence physique et la violence symbolique mais la première peut-elle être mise au même plan que la deuxième ? La violence symbolique était déjà la question posée par Pierre Bourdieu et Jean Claude Passeron [2] dans leur livre La reproduction, au début des années 70. Elle est souvent liée aux institutions et aux pouvoirs de celles-ci.

Souvent, au cours de simples contrôles ou après des délits, cette violence symbolique se manifeste par le comportement de certains policiers, d’agents des transports en commun, de la part de quelques enseignants ou de tout autre représentant institutionnel, vis-à-vis de jeunes en majorité issus de l’immigration : racisme, mépris, négation de la personne, discrimination sociale étant les principales caractéristiques de cette violence. En retour, ces mêmes jeunes manifestent de plus en plus d’agressivité voire de haine, plus les contrôles sont fréquents, sans parler des gardes à vue qui se déroulent mal. Du ressentiment, ces jeunes passent ensuite à la violence physique. L’affrontement avec les forces de l’ordre et les destructions résultent de rancoeurs, d’insatisfactions, de rejets qu’ont subis ces jeunes en manque de perspectives, souvent au chômage, occupant des emplois précaires et ayant pour la plupart connu l’échec scolaire [3]. Face aux problèmes de violence et aux différents délits, des arrestations sont réalisées, elles stabilisent pendant un temps l’équilibre des quartiers mais petit à petit d’autres jeunes reconstituent des réseaux et des groupes plus ou moins bien organisés.

L’importance du travail social

La loi sur la décentralisation a laissé de grands vides au niveau de la santé, de l’éducation et du social notamment. D’où l’importance du renforcement et la réimplantation des services publics dans les banlieues populaires avec des embauches conséquentes. La perte d’influence ainsi que le départ de militants capables d’encadrer des actions et des associations dans les quartiers populaires, impliquent désormais que des travailleurs sociaux se retrouvent souvent en première ligne pour reconstruire des solidarités, des activités, une vie associative et du lien social à travers plusieurs types d’initiatives (sports, hip-hop, parents relais, liens avec les écoles, soutien scolaire, réseaux d’échanges etc.). Par ce biais-là, les habitants adultes et jeunes peuvent redevenir acteurs et citoyens.

Au niveau des politiques de réhabilitation des quartiers, les gouvernements qui se sont succédés depuis 20 ans, se sont plus attaqués aux conséquences des problèmes qu’aux causes ; d’où des moyens importants mais insuffisants pour le bâti et l’urbanisme, quant aux DSQ et DSU moins subventionnés, ils ont eu des résultats mitigés, voire pour certains très peu de résultats. Dans tous les cas, l’accès à l’emploi, l’augmentation des salaires, les mesures à prendre pour le social et contre le chômage reviennent souvent dans les revendications des habitants interrogés dans les enquêtes sociologiques.

En ce qui concerne la réflexion sur les CCPD et les CLS, il aurait été préférable de ne faire qu’une seule instance. A l’heure actuelle, certains CCPD fonctionnent avec des vraies commissions de travail débouchant sur des projets interpartenariaux mais beaucoup restent des « coquilles vides ». Les travailleurs sociaux peuvent être convaincants et force de proposition. Dans ce cadre-là, rappeler que la loi doit s’appliquer partout et pour quiconque la transgresse, peut permettre d’expliquer ensuite aux élus et aux policiers, l’importance de la graduation des peines pour les jeunes et le développement des TIG à mettre en place. Enfin, il est nécessaire de réaffirmer et de défendre l’ordonnance de 1945, en donnant des moyens éducatifs réels, notamment à la PJJ, ce qui faciliterait le travail des magistrats. On ne peut combattre les dérives sécuritaires que par des propositions alternatives.

Afin de travailler en amont des problèmes mais aussi d’être reconnus dans les quartiers, les éducateurs de prévention spécialisée et les animateurs socioculturels ont tout intérêt à renforcer leur collaboration et les actions collectives. Combien de jeunes aidés et secourus dans des situations difficiles, combien de conflits évités grâce à ces initiatives ? C’est ce type de travail qui donne des résultats à long terme, d’où l’urgence d’un renforcement et d’un développement de ces actions.

Régulièrement, des divergences existent entre les partisans du travail social et les tenants de l’intervention sociale (politiques d’insertion et politiques de la ville), il est possible de dépasser les clivages mais à condition que parallèlement au niveau politique, un coup d’arrêt soit donné aux dérives du libéralisme car sinon c’est le travail social lui-même qui sera remis en cause, phénomène qui a déjà commencé avec l’apparition d’embauches précaires, de personnes non qualifiées, d’emplois-jeunes qui ne demandent qu’une chose : un vrai travail qualifié et correctement rémunéré.

Bien évidemment, d’autres mesures importantes restent à prendre au niveau de l’école, de la police, de l’emploi et de la formation professionnelle.

Post-Scriptum

Article paru dans la revue LIEN SOCIAL - N°614 - 21 mars 2002








# Dans la même RUBRIQUE
8 Articles

Des réponses musclées à la délinquance des jeunes
« On va plus facilement en prison quand on est pauvre et sans domicile »
Les centres fermés suscitent inquiétude et agitation
Y a-t-il une alternative à la prison ?
Centres fermés, le risque d’une victoire idéologique
Le discours sécuritaire annule le travail éducatif
L’alternative culturelle à l’incarcération
La République, une et indivisible, de jour comme de nuit


# Du même AUTEUR
7 Articles

Le travail social à l’épreuve du néo-libéralisme
LE TRAVAIL SOCIAL À L’ÉPREUVE DU NÉO-LIBÉRALISME
Interculturalité et citoyenneté à l’épreuve de la globalisation
Les quartiers populaires : territoires du désordre social ?
Le travail social en défense de l’interculturalité et de la citoyenneté, face aux dérives de la globalisation
Travail social : de l’autocritique à la critique sociale
Banlieues et universités en Ile de France

Notes

[1] Michel Wieviorka, Violence en France, Paris, Seuil, 1999.

[2] Pierre Bourdieu, Jean-Claude Passeron, La reproduction, Paris, Minuit, 1978.

[3] Raymond Curie, Banlieues et universités en ële de France, Paris, L’Harmattan, 2001.




1 Message

  • cet article est certes très éloquant mais non réaliste ou du :moins une omission choquante a été faite . On montre souvent l’aspect négationiste du trvail de policier . Ils sont montrés du doihgt comme des responsables de tous les maux des jeunes . mais c’est on , rien qu’une fois , demandé ce que pensé la pauvre policier montré du doight comme un diable , reponsable de tous les maux de la société . Au lieu de les juger , nous ferions mieux de saluer leur trvail mémorable et indispenble

    Répondre à ce message

Une Réaction, un Commentaire...?


  • (Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.)









 

Vos Réactions...


Sur le Forum...

29 décembre 2016
RECONNAITRE ET VALORISER LE TRAVAIL SOCIAL - Un Rapport et 23 Propositions
ces recommandations sont pertinentes.

8 décembre 2016
La maltraitance des personnes âgées vulnérables
Madame, Merci pour cette analyse précise dont j’ai hélas trop tard compris les mécanismes. En effet, je sors de mon silence avec une (...)

13 juin 2016
La maltraitance des personnes âgées vulnérables
la matraitance peut etre du aussi a l etat psychologique des enfants .Enfant depressif, narcissique desociabilise car eux meme sont a la (...)


13 février 2016
La place du social dans la santé
article à lire et à imprimer

7 décembre 2015
"Plume", la revue du CLICOSS 93
est ce possible de recevoir la revue du clicoss 93 du mercredi 07/01/2007 , ?je faisais partie de cet atelier ! merci ,si cela est possible (...)

2 novembre 2015
Définition du Travail Social
Le travail social se base essentiellement sur le sens de l’amour de l’outre ,le sens d ’altruisme , la justice sociale , le (...)


Enquête métier
Recherche de stage gratifiable
CDI ASS
référence éducative [1]
journal et handicap
ETP ou passer son chemin?!
prepa concours
Besoin d'un Réseau de travailleur social su ...
Éducatrice Spécialisée en libéral
Urgent:offre d'emploi CDI+CDD 78 (meulan ,le ...
URGENT OFFRE EMPLOI CDD 95
Poste d'Auxiliaire de Puericulture et EJE en ...
CDD d'AS 6 mois Lyon
Postes d'éducateurs et éducatrices de rue ...
Un cadeau pour progresser dans ses écrits u ...
Dernier document mis en ligne

Le baromètre 115 synthétise les demandes et réponses faites au numéro d’urgence au cours du mois de juillet 2016 dans les 45 départements étudiés et à Paris.

Droits de diffusion

Conformément à la législation sur la propriété intellectuelle, l'ensemble des documents publiés sur OASIS ne peuvent être reproduits sans autorisation. Hormis sur Internet, sont autorisées la reproduction et la diffusion non commerciales des articles du magazine, sous réserve de citation obligatoire des sources.
© OASIS - 1999/2015

| Se connecter | Plan du site | RSS 2.0 |  Contacts |