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mardi 9 mai 2006
Les centres sociaux : au croisement de l’éducation populaire et du développement local
par Marie-Chantal DURU


Il existe actuellement en France plus de 2 000 centres sociaux, implantés en majorité dans les communes de banlieue, les grands ensembles et les quartiers périphériques des villes. La Seine Saint Denis en compte 37 dont 34 sont adhérents de la fédération départementale des centres sociaux et socioculturels.


Une histoire

C’est en Angleterre qu’apparaît l’ancêtre du centre social [1] dans la seconde moitié du 19ème siècle dans la banlieue de Londres, où des pasteurs et des universitaires s’établirent au milieu des catégories les plus pauvres du prolétariat industriel qui y étaient reléguées. Ils appelèrent « settlement » leurs établissements et cela reste le terme consacré au plan international. En France, les « Maisons sociales » ou « Résidences sociales » ouvrent dans les banlieues ouvrières pour apporter une réponse collective aux besoins de familles en difficulté : garde d’enfants, prévention sanitaire et sociale, cours pour adultes ... En 1922, une vingtaine d’établissements se regroupent pour créer la Fédération des Centres sociaux de France.

Peu nombreux, entre les deux guerres, à peine une soixantaine au lendemain de la seconde guerre mondiale, les centres sociaux connurent leur véritable essor à partir des années 60. Leur développement est lié au phénomène d’urbanisation accélérée : la construction de grands ensembles modifiant le tissu social. Les Caisses d’allocations familiales et la Mutualité sociale agricole ont joué un rôle important dans ce développement. Les centres sociaux s’inscrivent donc dans une longue histoire. Ils se sont attachés à répondre aux problèmes caractéristiques de chaque époque, grâce à l’investissement des acteurs impliqués dans cette aventure : engagement des intervenants, bénévoles et salariés, mais aussi des habitants des quartiers. Et il a fallu plus d’un siècle pour façonner le centre social tel qu’il existe aujourd’hui : un lieu d’action, d’animation et d’intervention dans la vie locale.

Un projet

Le centre social poursuit toujours ce même objectif : faire participer les habitants à l’amélioration de leurs conditions de vie, au développement de l’éducation, de l’expression culturelle, au renforcement des solidarités, à la prévention et à la réduction des exclusions. L’éducation populaire est une de ses principales sources d’action. C’est une démarche ayant sa pédagogie propre : elle s’appuie sur des réalités quotidiennes, se situe en dehors des savoirs académiques, recourt à l’action concrète et collective. C’est une option qui permet le débat, la négociation, la confrontation. Cela implique la participation de l’usager à l’analyse de sa propre demande ainsi qu’à celle de la réponse que le centre social lui propose. L’éducation populaire développe un projet de transformation sociale en favorisant l’émancipation, l’autonomie des individus et leur capacité à vivre ensemble.

Mais ce projet ne peut plus se mettre en œuvre aujourd’hui sans le croiser avec le développement local. Le centre social a pour ambition de construire au quotidien des projets qui s’inscrivent dans une problématique de développement social local, au regard des situations individuelles et collectives des personnes sur un territoire. Il ne peut se soustraire à son inscription territoriale, et doit considérer l’impact de son action à l’échelle du territoire en s’appuyant sur l’élaboration de diagnostics partagés. En effet, un projet de développement social ne peut se conduire seul. Les acteurs du centre social élaborent des réponses avec leurs partenaires et chacun intervient selon sa place dans l’espace public, entre les demandes sociales et les commandes institutionnelles.

Au centre social de parvenir à articuler l’engagement citoyen individuel et collectif des habitants et la mise en œuvre sur le terrain des politiques publiques éducatives et sociales.

Des cadres de références

Pour conduire son projet le centre social dispose des orientations définies par la CNAF [2] et des valeurs et principes d’action défendus par la Charte de la FCSF.

Ce sont les CAF qui attribuent l’agrément centre social sur la base d’une projet répondant à quatre missions précises :

• « un équipement de quartier à vocation sociale globale, ouvert à l’ensemble de la population habitant à proximité, offrant accueil, animation, activités, services à finalités sociales ;

• un équipement à vocation familiale et pluri-générationnelle, lieu de rencontre et d’échange entre les générations, il favorise le développement des liens familiaux et sociaux ;

• un lieu d’animation de la vie sociale, il prend en compte l’expression des demandes et des initiatives des usagers et des habitants et favorise le développement de la vie associative ;

• un lieu d’interventions sociales concertées et novatrices, compte tenu de son action généraliste et innovante, concertée et négociée, il contribue au développement du partenariat » ;

Et à un mode d’action, l’animation globale :

« celle-ci, condition de l’autonomie du centre social, est une fonction transversale de soutien à l’animation de la vie locale et au développement social. Caractérisée par un territoire, une approche polyvalente, qualitative et collective de l’environnement, l’implication des habitants dans les actions concernant leur vie quotidienne, elle favorise l’exercice de la citoyenneté et l’échange social ».

De son côté la Charte adoptée par les centres sociaux et socioculturels en assemblée générale à Angers en 2000, affirme des valeurs et des principes d’action :

• « dignité humaine : reconnaître la liberté et la dignité de toute femme et de tout homme ;

• solidarité : considérer les hommes et les femmes comme étant capables de vivre en semble en société ;

• démocratie : vouloir une société ouverte au débat et au partage du pouvoir, en créant, avec et pour les habitants, des espaces de discussion et de participation à des prises de décision concernant la vie quotidienne et celle de la collectivité » ;

Elle définit sa conception du centre social : « celui-ci entend être un foyer d’initiatives porté par des habitant associés, appuyés par des professionnels, capables de définir et mettre en œuvre un projet de développement social pour l’ensemble de la population d’un territoire ».

Qui fréquente le centre social ?

Tous les habitants sans distinction d’âge, de culture, de convictions, de situation sociale. Cependant, chaque centre est aujourd’hui amené à considérer certains groupes comme prioritaires, parce que plus fragiles, plus démunis, plus menacés : familles monoparentales, personnes âgées, adolescents ou jeunes en difficulté, chômeurs, immigrés.

Mais ces priorités ne constituent pas des exigences exclusives. Les centres sociaux refusent de devenir des ghettos pour publics en difficulté et parient sur la mixité des populations. Comparés à d’autres dispositifs où les personnes sont étiquetées en fonction de catégories, le Centre Social n’est pas un lieu culpabilisant.

Contrairement aux politiques sociales qui proposent généralement un traitement individuel et sectoriel des problèmes, le centre social développe quant à lui une approche collective et globale. Alors que pousser certaines portes peut être un geste parfois stigmatisant, celles d’un centre social sont si souvent ouvertes et pour des causes si diverses (culturelles, ludiques...) que les personnes se sentent préservées dans leur dignité.

On parle d’abord épanouissement, promotion, citoyenneté. On s’attache à ne pas considérer les personnes uniquement au travers de difficultés, de manques à compenser et de problèmes à résoudre mais à partir de leurs ressources, leurs atouts et leurs potentialités.

Quelles activités ?

Plus qu’un simple établissement, c’est un équipement polyvalent pour les habitants, leur offrant la possibilité de pratiquer un sport, de s’initier à l’informatique, de cuisiner, de consulter les services sociaux,

Depuis le groupe de paroles qui se réunit toutes les semaines, jusqu’à l’atelier de recherche d’emploi, en passant par l’alphabétisation, la découverte des cuisines du monde, la ludothèque, le foyer des jeunes, un atelier de création-couture, une halte-garderie, la rédaction du journal du quartier, les actions sont variées et s’adaptent au contexte local.

Ouvert à toute attente et à toute proposition des habitants, le centre social répond en priorité aux nécessités de la vie qui peuvent être prises en charge dans le cadre du voisinage. En particulier, les questions de santé, la formation, l’information des habitants et l’accès aux droits, l’insertion dans la Cité, les tâches éducatives de la famille, les questions du 3ème âge... C’est un lieu où on peut entrer, dire bonjour, boire un café et lire le journal ou repartir sans autre forme de procès, un lieu où exposer sa dernière aquarelle, un lieu où voir disparaître ses préjugés.

Il est aussi le lieu traditionnel d’intervention des travailleurs sociaux et au-delà, c’est un espace où les « partenaires », « chargés de mission », « usagers » peuvent se parler, se rencontrer, à la faveur d’un repas, d’une sortie, d’une fêtes, d’une soirée ou encore d’un projet à partager...

S’il est utilitaire par vocation première, le centre social inclut dans son champ d’action les loisirs, la culture, ces activités correspondant à des besoins d’épanouissement personnel et dont l’accès doit être permis à tous. Loisirs, culture, prévention et solidarité sont intimement imbriqués dans les politiques développées par les Centres.

Un fonctionnement participatif

Un centre social n’existe que par l’équipe qui le fait tourner. Plus ou moins importante selon la taille du Centre, cette équipe est toujours composée de bénévoles et de professionnels salariés. Ces bénévoles sont des habitants du quartier, usagers du Centre Social qui sont devenus acteurs de son fonctionnement ou de sa gestion.

Le centre social permet de développer des actions qui engagent les personnes elles-mêmes. C’est d’ailleurs pour cela que les centres sociaux sont pilotés par des administrateurs bénévoles quand ils sont associatifs ou co-pilotés par des comités d’usagers ou des conseils de maison quand ils sont municipaux.

Pour qu’il y ait centre social, il est donc indispensable que les habitants soient plus que de simples clients de services ou d’activités conçus, décidés, animés ou gérés par d’autres. Sa logique n’es pas seulement celle du service mais aussi celle du don et il ne produit pas seulement des biens publics mais aussi du lien social.

La participation doit donc s’inscrire au cœur des projets du centre social qui constitue ainsi un espace d’apprentissage et d’exercice au quotidien de la citoyenneté.

Si les actions sont multiples et multiformes dans un centre social, chacune à son niveau tente d’agir « pour un autre quotidien solidaire et citoyen ».

Post-Scriptum

Article paru dans la revue PLUME, Journal du CLICOSS 93, n°38 - Avril 2006

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Notes

[1] Histoire des centres Sociaux, Roberd DURAND, novembre 1976, éditions Syros, réédité en janvier 2006 par les éditions La découverte, collection "Alternatives Sociales" - les centres sociaux 1880-1980 - une résolution locale de la Question sociale, ouvrage collectif, ed Septentrion, 2004

[2] Cf. circulaire CNAF n°56 du 31/10/95




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