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mercredi 4 juillet 2007
Les violences sexospécifiques et sexuelles à l’égard des hommes
par Eveline JOSSE


Actuellement, les expressions « violence sexospécifique », « violence basée sur le genre » et « violence sexiste » renvoient presque exclusivement aux souffrances infligées aux filles et aux femmes par des individus de sexe masculin. Cet usage restrictif méconnaît le fait que les hommes puissent être victimes et les femmes, agresseurs. Le propos poursuivi dans le présent article n’est certainement pas de minimiser les tourments endurés par les femmes mais plutôt d’élargir la notion de violence liée au genre. Nous nous proposons donc d’aborder les violences dont sont victimes les hommes du fait de leur sexe.


La violence sexospécifique et sexuelle à l’égard des hommes cause des dommages physiques et psychologiques souvent irrémédiables. Les infirmités et les syndromes psychotraumatiques dont ils souffrent pervertissent leurs capacités à maintenir des relations de qualité avec leur famille et leur communauté. Un homme avili par une agression sexuelle et mortifié par la culpabilité ou la colère d’avoir du se soumettre sans pouvoir se défendre peut s’abandonner à l’alcool ou à la drogue, se replier sur lui-même, souffrir d’un dysfonctionnement sexuel et devenir violent avec ses proches. Il en est de même pour un soldat démobilisé, traumatisé par ses expériences dans les forces combattantes tout comme pour un détenu relaxé, violé ou torturé durant son incarcération. La transmission du virus du SIDA est une des autres conséquences dévastatrices des violences faites aux hommes, un homme infecté lors d’un viol ou de rapports forcés risquant ensuite de contaminer ses partenaires.

Soulignons qu’ignorer ou nier les violences faites aux hommes aggrave les difficultés rencontrées par les femmes. En effet, un homme victime, atteint dans sa virilité, est susceptible de décharger violemment ses frustrations et sa rancœur, notamment sur les femmes (y compris sur sa compagne). L’agression subie par un homme peut ainsi déclencher ou entretenir le cycle de la violence.

L’analyse des violences en terme de genre devrait permettre de comprendre non seulement comment les violences affectent les individus en fonction de leur sexe mais également comment elles altèrent leurs relations de genre.

Notions de base

1 - Genre et sexe

La distinction entre « sexe » et « genre » a émergé à la fin des années ’60 dans la mouvance féministe anglo-saxonne. Le terme « sexe » désigne une spécificité biologique des êtres humains qui les divise en deux catégories, celle des hommes et celle des femmes. Le terme « genre » renvoie quant à lui à un principe d’organisation sociale. Il fait référence aux spécificités sociales des individus dans leur communauté et dans leur culture en fonction de leur sexe. Chaque société établit des règles spécifiques pour ses membres, enfants et adultes, selon qu’ils sont de sexe féminin ou de sexe masculin. Ces règles, implicites et explicites, déterminent les rôles, les statuts, les responsabilités, les obligations, les activités, les pratiques, les modes relationnels entre hommes et femmes, les attitudes et les comportements acceptables et appropriés pour chacun, dans chaque situation, en fonction de son sexe. En anglais, le mot « sex » définit strictement le caractère biologique de la sexuation tandis que « gender » renvoie à sa dimension sociale. Bien qu’en français le terme « sexe » convienne pour désigner ces deux notions, l’usage du mot « genre » s’est peu à peu imposé dans le langage des organisations combattant la violence et l’inégalité des sexes.

2 - La violence sexospécifique

2.1 - La violence basée sur le genre

On nomme violence basée sur le genre (en anglais, gender-based violence ou GBV), violence sexospécifique ou encore violence sexiste, tout acte perpétré contre la volonté d’une personne et résultant de sa détermination biologique ou de son rôle spécifique en tant qu’être sexué. Elle se manifeste sous la forme de croyances, de traditions, de comportements ou d’attitudes dommageables envers les individus en fonction de leur sexe. Les personnes des deux sexes peuvent en être la cible. Nous l’avons déjà relevé, les expressions « gender - based violence » et « violence basée sur le genre » sont abusivement utilisées comme synonyme de violence contre les filles et les femmes. Il est vrai qu’elles sont plus fréquemment la cible d’agressions sexospécifiques que leurs pairs masculins. Néanmoins, ces derniers sont eux aussi exposés à des violences du fait de leur genre. Par exemple, les adolescents et les hommes seront incorporés dans les forces armées, parfois contre leur gré, selon le concept ancestral que les hommes sont taillés pour faire la guerre.

2.2 - La violence sexuelle

La violence sexuelle peut-être définie comme « tout acte sexuel, tentative pour obtenir un acte sexuel, commentaire ou avances de nature sexuelle, ou actes visant à un trafic ou autrement dirigés contre la sexualité d’une personne utilisant la coercition, commis par une personne indépendamment de sa relation avec la victime, dans tout contexte, y compris, mais s’en s’y limiter, le foyer et le travail » [1].

Partout dans le monde et tous contextes confondus, les filles et les femmes risquent davantage d’être sexuellement agressées au cours de leur existence. Néanmoins, force est de constater que certaines situations exposent les individus masculins à de graves menaces :

 Durant les conflits armés, les hommes sont de plus en plus souvent la cible de violences à caractère sexuel, notamment de viols.

 Les détenus font fréquemment l’objet de sévices sexuels graves et répétés (viol, esclavage, torture, mutilation, etc.) tant dans les centres de détention en temps de guerre que dans les institutions carcérales en temps de paix.

 De nombreux homosexuels sont l’objet d’agression sexuelle de la part de leur partenaire intime.

La violence sexuelle commise à l’égard d’un homme est rarement justifiée par le seul besoin sexuel de l’agresseur. Plus généralement, elle constitue un moyen de conquérir le pouvoir ainsi qu’un instrument de contrôle et d’humiliation.

3 - Les violences sexospécifiques et sexuelles à l’égard des hommes, un phénomène peu connu

3.1 - Les violences sexospécifiques

Les hommes sont plus fréquemment que les femmes la cible de la violence politique. Ce phénomène tient principalement à la sous-représentation des femmes dans la vie publique et ce, dans toutes les sociétés.

Lorsque des hommes sont arrêtés, incarcérés, torturés ou exécutés de manière arbitraire en raison de leurs opinions ou de leurs activités politiques, ils ne sont pas visés spécifiquement parce qu’ils sont de sexe masculin. Il est donc abusif de qualifier ces violations aux Droits de l’Homme de violence sexospécifique. Néanmoins, dans cet article, nous avons choisi délibérément de les assimiler car elles résultent directement des rôles spécifiques tenus par les hommes dans la société.

Ces violations sont, en effet, des conséquences funestes dérivant de la position dominante qu’ils détiennent du fait de leur genre.

Il est malaisé d’évaluer l’ampleur des violences sexospécifiques perpétrées à l’égard des hommes car les plaintes pour atteintes aux Droits de l’Homme sont rares.

 Les pressions. L’intimidation et le harcèlement des victimes ou de leur entourage dissuadent de porter plainte. Par exemple, des responsables de l’Etat achètent le silence des familles victimes de la disparition forcée d’un proche, celles-ci s’engageant à renoncer à toute poursuite judiciaire contre monnaie sonnante et trébuchante. D’autres familles sont contraintes de signer des formulaires attestant que leur parent disparu a été enlevé par des « terroristes » ou qu’il est décédé au cours d’un accrochage avec les services de sécurité.

 Les représailles. L’angoisse pour soi-même ou ses proches d’être l’objet de nouvelles agressions, voire d’assassinat, est ancrée en chaque victime.

 L’accès à la justice. Le manque d’information. Nombre de victimes ignorent qu’elles peuvent déposer plainte ou méconnaissent les démarches à effectuer.

- Les difficultés économiques. Dans de nombreux pays, l’accès à la justice nécessite des moyens financiers tels qu’elle est réservée aux plus nantis.

- Le manque de confiance. Dans de nombreuses contrées, la population n’accorde que peu de confiance au système judiciaire en place. Dans les pays où règnent les violations aux Droits de l’Homme, les contrevenants sont généralement protégés par les institutions judiciaires car étant des suppôts du Pouvoir.

- L’impunité des agresseurs. La faible probabilité d’obtenir gain de cause contre les agents de l’Etat (forces de sécurité, personnages haut placé, etc.) ou les membres influents du régime (dirigeants de parti, dignitaires religieux, etc.) découragent les victimes à porter plainte.

3.1 - Les violences sexuelles

La violence sexuelle à l’égard des hommes est un phénomène peu connu. Ceci s’explique de diverses manières :

 La prévalence. Les agressions sexuelles exercées contre les hommes sont moins fréquentes que celles commises envers les femmes.

 La mortalité. De nombreux hommes violés sont ensuite tués par leur agresseur, succombent des suites de l’agression ou se suicident.

 La honte. Dans toutes les cultures, le dévoilement d’une agression sexuelle pose aux hommes un problème particulier en raison des conceptions, des mythes et des préjugés ancestraux liés aux stéréotypes masculins (par exemple : « Un homme est à même de se défendre », « Un homme ne peut être contraint à se livrer à une relation sexuelle s’il ne le désire pas », etc.). La honte de savoir brisée l’image de leur virilité les force au silence d’autant plus s’ils se sentent responsables de leur victimisation et se reprochent de ne pas avoir tenté ou réussi à se défendre.

 La stigmatisation.

Dans les conflits armés. La crainte d’être rejetés par leur épouse et d’être mis au ban de leur communauté décourage les hommes victimes de viol à porter plainte ou à adresser une demande d’aide aux services compétents.

Dans les centres de détention. Le risque d’être affligé d’une réputation d’homosexuel, de « femme [2] » , d’ « intouchable [3] » ou de « balance » étant lié à celui d’être l’objet de nouvelles agressions sexuelles incite la plupart des victimes à se taire.

Dans les relations intimes entre homosexuels. En raison de la discrimination dont ils sont souvent l’objet, les homosexuels hésitent à s’adresser aux institutions ou aux organismes compétents. Ils redoutent la réaction de leurs interlocuteurs ainsi que les conséquences qu’entraînerait la divulgation de leur homosexualité (par exemple, risque de licenciement, perte de la garde de leurs enfants lorsqu’ils sont pères, etc.).

 Le risque de représailles.

Dans les centres de détention. En prison, la difficulté de la dénonciation des faits est majorée par la crainte des représailles de la part de l’agresseur ou de ses alliés (par exemple, les membres d’un même gang) avec lesquels la victime doit généralement continuer à vivre jusqu’à ce que sa plainte soit prise en considération (lorsqu’elle l’est) [4].

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Notes

[1] OMS, 2002, « La violence sexuelle » in « Rapport mondial sur la violence et la santé », whqlibdoc.who.int/publications/2002/9242545619_chap6_fre.pdf

[2] En prison, un homme sexuellement contraint acquiert la réputation d’être homosexuel (qu’il se définisse ou non comme tel) ou est considéré comme une femme. Par exemple, dans les prisons de l’ancien régime soviétique, au bas de la pyramide carcérale se trouvent les « petukhi », (littéralement les « coqs »), les « pédales » (en argot). Dans les prisons américaines, on les appelle notamment « queen » ou « sissy ».

[3] Les « petukhi » sont aussi appelés les « intouchables (« neprikasaemye ») ou les « rabaissés » (« opouchtchenye »).

[4] Dans la plupart des pays du monde, lorsqu’un prisonnier porte plainte pour agression sexuelle contre un de ses co-détenus, les mesures prises pour sa sécurité ne sont pas immédiates.




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