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dimanche 29 septembre 2002
Que faire des mineurs à la rue ?
par Joël PLANTET



Souvent étrangers, les jeunes mineurs à la rue ne bénéficient d’aucune réelle politique d’accueil ou de prise en charge. Ségolène Royal avait bien jeté les bases d’un premier lieu d’accueil et d’orientation (LAO) qui vient d’ouvrir ses portes. Un dispositif expérimental est mis en place, avec des équipes mobiles pour aller au-devant des jeunes

Il y a urgence. La France serait-elle en passe de devenir un pays de tourisme sexuel ? De plus en plus de mineurs sont à la rue, le plus souvent étrangers, et le phénomène a été plutôt s’amplifiant depuis la disparition du Rideau de fer : ils sont en tout cas en nombre croissant depuis deux ans. Ils deviennent facilement « la proie de réseaux liés à la délinquance ou à la criminalité organisées », selon les mots pudiques de la secrétaire d’État à la Lutte contre la précarité et l’exclusion, Dominique Versini : en clair, ils alimentent le travail au noir, la prostitution et la petite délinquance. De plus en plus il s’agit là d’une « mondialisation de l’exclusion », selon Raffarin, qui préconise, lui, une « ingénierie sociale ».

Début septembre, tous deux visitaient en effet le centre parisien Lazare, ouvert en janvier dernier. Géré par l’association Aux Captifs la libération, ce centre de jour accueille des jeunes de 9 à 18 ans, la plupart d’origine roumaine. Initialement destiné aux femmes prostituées, les garçons - dont certains sont tout à fait franco-français - se le sont rapidement approprié. Les politiques s’y sont donc réunis avec quelques professionnels - éducateurs, psychologues, responsables associatifs - pour entendre quelques besoins criants.

Simultanément, la mise en route de plusieurs structures expérimentales d’accueil et de réinsertion était annoncée. L’objectif de ce dispositif est clairement d’approcher ces mineurs, de les héberger dans des lieux ouverts et de leur préparer un autre futur, de fait en privilégiant... le retour dans le pays d’origine. En effet l’accent a été résolument porté sur le travail en coopération avec les pays concernés, que ce retour soit envisagé dans la famille d’origine, dans une famille d’accueil ou dans une structure adaptée.

Deux équipes mobiles de rue - une de jour, composée de travailleurs sociaux ; une autre de nuit, avec travailleur social, chauffeur et infirmière - iront donc à la rencontre de ces mineurs de la rue pour créer des liens et établir un climat de confiance. Il s’agira alors de les convaincre de se rendre dans les lieux d’accueil (ce ne sera peut-être pas une mince affaire). Ces endroits fonctionnent de jour comme de nuit ; ils y trouveront salle de repos, restauration, espace hygiène, consultation médicale et surtout écoute. Il est essentiel - et les pouvoirs publics le reconnaissent - que les mineurs décident librement de se rendre au centre d’accueil : « Il faut leur donner le temps de reprendre confiance avec les adultes, de se redonner un avenir », assurait, optimiste, Dominique Versini. En lien avec les associations du pays d’origine, des projets personnels de réinsertion devront donc être élaborés. D’ailleurs, dans quinze jours - le 4 octobre -, une table ronde réunira les associations françaises et roumaines, en présence d’un membre du gouvernement roumain. Bref, un véritable programme commun aux deux pays est avancé et préfigure la signature prochaine d’un accord officiel entre les deux pays.

Le dispositif doit être étendu à d’autres villes. D’ores et déjà, cinq associations y participent : Aux captifs la libération, Enfants du monde, La Voix de l’enfant, Parada et le Samu social international. Par ailleurs, une étude épidémiologique sera menée. Toutefois, quelques interrogations subsistent, semble-t-il, et les relations avec la mairie de Paris ne sont pas des plus harmonieuses, celle-ci réclamant davantage de travail en partenariat et refusant « toute précipitation ».

Un centre d’accueil de mineurs clandestins

Arrivant seuls et en situation irrégulière sur le territoire français, les mineurs étrangers ne sont pas expulsables. Jusqu’à présent, les enfants clandestins de Roissy y restaient quatre jours - renouvelables une fois -, dans la zone d’attente de l’aéroport, avant de comparaître devant le tribunal de grande instance (TGI) de Bobigny, qui les envoyait vers des structures d’hébergement... d’où le plus souvent ils s’échappaient pour finir dans la rue.

En la matière, les statistiques sont particulièrement difficiles à établir. Toutefois, selon le ministère de l’Intérieur, 1 394 mineurs isolés avaient été dénombrés en 2001 à Roissy. Pour les six premiers mois de 2002, la Police de l’air et des frontières (PAF) du même aéroport en a déjà recensé 740. Si un quart d’entre eux peut repartir dans sa famille d’origine, les autres sont pris en charge par le TGI de Bobigny (Seine-Saint-Denis).

Annoncé il y a juste un an par l’ex ministre déléguée à la Famille, Ségolène Royal, un lieu d’accueil et d’orientation (LAO) de 30 places pour mineurs clandestins arrivant seuls à l’aéroport de Roissy-Charles de Gaulle ouvrait ses portes à Taverny, dans le Val d’Oise, après quelques mois de résistance de la part des riverains, dont certains craignaient un « Sangatte bis pour enfants ». Il est géré par la Croix-Rouge. Une équipe pluridisciplinaire (éducateurs et autres travailleurs sociaux, personnel médical et paramédical, totalisant une trentaine de salariés) assure l’hébergement, la protection, le soutien psychologique et la scolarisation des enfants, avec notamment des cours de français, dans une structure ouverte en permanence.

N’y seront reçus, pour deux mois, que des enfants d’origine africaine ou asiatique adressés par le TGI. Plusieurs solutions peuvent être envisagées : réunification familiale en France ou à l’étranger grâce au Service des recherches dans l’intérêt des familles ; placement dans une famille d’accueil ou dans d’autres structures ; demande d’asile, pour ne pas se retrouver, à dix-huit ans, en situation de reconduite à la frontière.

Post-Scriptum

Article paru dans la revue LIEN SOCIAL - N°634 du 19 septembre 2002.








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1 Message

  • > Que faire des mineurs à la rue ? 17 mars 2003 14:35, par Anthony Louis

    Je travail dans un service d’accueil d’urgence pour adolescents(es). Ce service a accueilli des dizaines de mineurs isolés, relevant ou non de l’assistance éducative.
    Les services départementaux (A.S.E.)nous demandent de prendre en charge ses mineurs et de réaliser nes observations d’usage. Ils nous demandent également de prouver que ces mineurs sont réellement isolés (n’est pas du ressort de la police et non de celui de quelques éducateurs ?!)

    De plus, il nous est ordonné que ces mineurs se mettent en contact avec leur famille et que ces familles envoient leurs adresses et coordonnées d’état civil.

    De ce fait, les mineurs isolés en questions ne le sont plus (isolés) car leur famille a été retrouvée.

    La question que je me suis posée et que j’ai posée en réunion d’équipe est que ce travail n’est pas le nôtre, ce n’est pas a nous de le faire. Il m’a été répondu qu’il fallait se plier aux directives.

    Des bruits officieux (donc bientôt officiels) se font entendre comme quoi ces mineurs isolés allaient être reconduis par "vols groupés" (merci Nico Sarko et Jack Allgood pour la francisation, mais les résultats seront identique) dans leurs pays respectifs.

    Plutôt que de recréer du vocabulaire plus adapté à certains dérapages déshumanisés, il faudrait que nos chers politiciens, adeptes des côtes de popularité, pensent à des méthodes moins antisociales et écoutés les travailleurs sociaux du bas)

    Anthony LOUIS
    Educateur spécialisé

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