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vendredi 22 avril 2005
Accueil et hébergement d’urgence : en finir avec le provisoire !
par F.N.A.R.S.


L’hiver suscite une mobilisation massive envers les personnes en situation de précarité, à la fois de la part des pouvoirs publics, des acteurs de terrain et des particuliers. Or la plupart des situations rencontrées pendant cette période sont déjà connues des intervenants sociaux : il ne s’agit donc nullement de situations de crise, et seule la crainte des morts de froid les fait traiter comme telles. L’incendie de ce week-end, qui a causé la mort de 22 personnes entassées dans un hôtel parisien, nous rappelle dans quelles conditions nos semblables sont accueillis : c’est l’ensemble du dispositif qui doit être repensé afin d’envisager avec les personnes accueillies des solutions durables qui visent l’insertion et non la simple mise à l’abri.


Qu’est-ce que « l’urgence sociale » tout au long de l’année ?

Des publics toujours plus nombreux

Ont recours à ce dispositif d’urgence des personnes aux profils très variés : bien loin de l’image « classique » du clochard endurci et réfractaire à toute aide, il s’agit pour l’essentiel d’hommes d’âge mur, isolé. Mais la croissance de la demande et la montée de publics nouveaux est inquiétante : On y trouve des femmes victimes de violences conjugales, des personnes accompagnées d’enfants, des jeunes parfois étudiants, des « travailleurs pauvres » que leur emploi ne suffit pas à sortir de la précarité, des personnes souffrant de troubles psychiques... La plupart de ces publics n’ont pas leur place dans les structures d’urgence, ils ont au contraire besoin d’une réponse spécifique que ce dispositif ne peut pas leur apporter : un logement à loyer modéré, une prise en charge sanitaire, un accompagnement vers l’emploi... C’est le cas des demandeurs d’asile, dont moins de la moitié bénéficient du soutien approprié à leurs démarches complexes.

Une diversité de services

Du simple lieu de repos en journée à un hébergement pour la nuit, en passant par un entretien d’orientation et des prestations spécifiques comme les distributions de repas, les douches, les dons de vêtements, la réception du courrier... Le dispositif propose théoriquement une intervention brève : il doit permettre de faire face à une situation d’urgence et de passer le relais aux services sociaux qui travailleront sur une solution de long terme. L’hébergement est souvent la question centrale. Or le parc social étant saturé, les voies de sorties vers le logement sont bloquées. En région parisienne, 18 % des personnes sont hébergées en centre d’hébergement dits d’« urgence » depuis plus d’un an !

Le 115 comme intermédiaire

Le 115 joue le rôle d’intermédiaire entre l’appelant et les différents services sociaux existant sur son territoire : il s’efforce de faciliter la coordination entre tous ces partenaires, mais il est illusoire de croire qu’il peut tout résoudre. Le 115, sur chaque département, est géré essentiellement par des associations : en province, il dispose souvent de très peu de moyens. Par exemple, s’il n’a pas à sa disposition d’équipes mobiles qui puissent assurer le transport vers les lieux d’hébergement, il doit établir des relais avec la police, les pompiers ou les gendarmeries locales pour assurer autant que possible une réponse de proximité. Et même si dans les grandes villes, notamment à Paris, les moyens sont plus importants, ils restent notoirement insuffisants.

Quelles réponses apporte le dispositif hivernal ?

Quel hébergement ?

Aux 85 000 places d’hébergement de court et long terme que propose le dispositif à l’année, s’ajoutent en hiver plus de 8 000 places supplémentaires mobilisables au fur et à mesure de la baisse des températures. Ces places d’hiver prennent essentiellement la forme d’accueil collectif, dans des conditions plus ou moins décentes : des chambres partagées jusqu’aux matelas installés dans les gymnases en période de froid extrême. Il s’agit avant tout d’une mise à l’abri dans l’urgence : de nombreuses associations qui s’efforcent tout au long de l’année d’amorcer et d’appuyer un projet de réinsertion auprès des personnes hébergées refusent de se contenter d’une simple action « humanitaire ». Dans l’ensemble, une grande tension traverse ce dispositif, tant du côté des associations qui « bricolent » des réponses dans la précipitation, que des usagers qui sont dans l’angoisse permanente de la recherche d’un toit : cette tension se traduit par une violence verbale aussi bien que physique, qui ajoute à l’épuisement général.

Que peut faire le 115 ?

Attention aux messages télévisés réducteurs qui laissent à penser que le 115 peut répondre à toute demande ! Par exemple, les équipes mobiles mises en place exceptionnellement pour l’hiver sont souvent affectées seulement à quelques agglomérations principales, et opérationnelles quelques heures en soirée : impossible donc de se déplacer n’importe où et n’importe quand sur tout le département ! De même, si les places d’hébergement sont insuffisantes pour répondre à la demande, le 115 n’apportera pas de solution miracle !

Le dispositif hivernal permet-il de mettre tout le monde à l’abri ?

Non ! D’abord, sur certains départements, la consigne de mise à l’abri systématique n’entre en application qu’à partir du niveau 2, voire du niveau 3, c’est-à-dire d’une certaines urgence climatique. Ensuite, malgré les moyens supplémentaires, certaines zones n’ont toujours pas la capacité de répondre à toute la demande, sachant que quelques catégories de personnes rencontrent plus de difficultés encore que d’autres selon les territoires : face à des publics dits « prioritaires » (femmes avec enfants, personnes malades...), les hommes seuls sont les plus démunis ; les étrangers, en situation régulière ou non, rencontrent souvent plus d’obstacles que les autres ; c’est le cas également des familles nombreuses, des personnes accompagnées d’animaux, des personnes ayant des troubles psychiatriques, des usagers de drogues ou d’alcool ou des sortants de prison.

Et après le dispositif hivernal ?

C’est la grande limite du système : que faire au 31 mars de toutes les personnes qui se trouvent encore hébergées ? Et qu’advient-il alors des efforts entamés avec les travailleurs sociaux ? De fait, certains départements bloquent le dispositif plus tôt que prévu pour commencer à libérer les places, d’autres au contraire l’étendent d’emblée pour se donner le temps de trouver des solutions. Et, d’une année sur l’autre, les associations retrouvent souvent les mêmes personnes, dont les cas se sont dégradés.

Pourquoi tout est si compliqué pour les usagers...?

Les usagers de ce dispositif sont bien souvent des personnes fragilisées par leur parcours : or les conditions d’accueil et d’hébergement leur demandent encore une énergie et une capacité d’organisation prodigieuses ! Il leur faut jongler entre des horaires d’hébergement très contraignantes (accueil à horaire fixe, départ tôt le matin) et des obligations liées à leur travail, aux temps de transport, à leurs démarches personnelles avec des interlocuteurs dispersés... Les centres d’hébergement fermant en journée, elles doivent trouver à occuper leurs journées dehors, avec parfois le souci de transporter leurs affaires personnelles... Sans parler de la fermeture de la plupart des services le week-end et plus encore en été alors que les besoins sont les mêmes que les autres jours de l’année. L’hébergement est une obsession constante ! Le plus souvent l’accueil en urgence ne dure qu’entre 1 et 7 jours : à peine posées, les personnes se retrouvent à nouveau dans l’angoisse de s’assurer un toit pour les jours qui viennent. La solution peut passer par le 115 mais les lignes sont saturées sur les grandes villes (Paris et Ile de France, Lyon, Strasbourg...) et nécessitent parfois jusqu’à 10 appels par jours pour obtenir une réponse. De plus en plus, les usagers rejettent les réponses précaires et les conditions d’accueil déshumanisées. Entre la promiscuité, l’insécurité, l’insalubrité qui prévaut encore par endroits, la séparation des couples ou des familles, les horaires rigides, etc., certains refusent de recourir à l’aide proposée. Sans compter que, pour un bref moment de répit en foyer, le sans-abri risque, de retour à la rue, d’avoir à se battre pour réinvestir sa place dans son environnement habituel...

La Fnars demande que cesse l’hypocrisie du sauvetage hivernal !

Les moyens déployés pendant cette période montrent bien l’insuffisance du dispositif permanent ! Le dispositif de crise doit être réservé à des situations exceptionnelles et imprévisibles. Et toutes nos structures constatent l’augmentation des publics en situation de précarité, avec en plus des profils nouveaux pour lesquelles les réponses proposées sont totalement inadaptées ! Malgré les promesses du gouvernement, la Fnars réclame un développement plus volontaire encore du parc d’hébergement d’urgence, avec des conditions d’accueil dignes et un véritable accompagnement vers l’insertion, qui est la seule issue à l’urgence. L’hébergement des familles en hôtel est l’exemple type d’une réponse coûteuse et inappropriée puisqu’elle n’offre les conditions ni pour une vie de famille décente ni pour un suivi social de qualité. Dans ce contexte, c’est le développement des voies de sortie de l’urgence, en nombre équivalent à celles des places d’urgence, qui devient la priorité, et en premier lieu l’accès au logement.

Post-Scriptum

La Fnars regroupe 750 associations et organismes gérant 2 200 centres et services dont 700 ont l’habilitation Aide sociale CHRS (Centre d’hébergement et de réinsertion sociale)

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