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dimanche 9 décembre 2001
États généraux de la protection de l’enfance le 15 novembre : et encore un rapport, un !
Claude Roméo analyse les relations entre parents, enfants et professionnels
par Jean-Pierre BARTHOLOMÉ


Dans un pays où des institutions sociales aux pratiques moyenâgeuses coexistent avec d’autres relevant des Lumières ou même très modernes, dresser un état des lieux et formuler des propositions constituait une gageure. Claude Roméo et les experts qu’il s’est adjoint ne se voulaient surtout pas donneurs de leçons aux professionnels de la protection de l’enfance et, si leçon il y a, c’est à l’Etat que s’adresse la critique. Claude Roméo n’a sans doute pas rédigé un rapport Naves-Cathala »-bis qui démoraliserait encore plus les travailleurs sociaux mais il a préféré formuler des propositions concrètes qui devraient être opérationnelles à court terme, même si leurs effets ne peuvent, pour certaines, se faire sentir qu’au bout de plusieurs années. Il s’agit de construire immédiatement, pierre par pierre, un outil... pour dans dix ans ! Il en va ainsi de la formation des personnels et de la volonté d’instaurer une culture de la responsabilité qui permette la prise de risques, qui retienne pour principe que le placement d’enfants n’est pas la règle mais l’exception.


Une responsabilité collective

Cette prise de risque doit relever d’une responsabilité collective, pensent les auteurs du rapport. Même dans les cas les plus graves (entendez : les plus difficiles ?), il faut en effet faire plus que se substituer aux parents : la psychopathologie adulte serait la première cause de placements d’enfants en France et l’on ne travaille guère ces difficultés parentales avec des psychiatres qui au demeurant ne se précipitent pas pour occuper les postes de ce genre.

En AEMO, seulement 10 % des pères sont rencontrés. Il faut donc adapter les horaires de travail pour les rencontrer (le soir ou le week-end ?).

Eviter au maximum les placements d’urgence est une autre façon d’améliorer les prises de décision : le rapport cite un Conseil général qui a décidé de ne plus faire aucun placement le vendredi et de réaliser une évaluation après un travail d’équipe le samedi et le dimanche pour décider le lundi. Ce genre d’organisation pourrait être généralisé. Cela n’est pas de l’idéologie : même si ce n’est pas facile, cela marche !

Des propositions réalistes

Peut-on croire que 50 % des placements soient injustifiés ? Le rapport répond à ceux qui penserainet qu’il suffiit de donner de l’argent aux pauvres pour qu’ils puissent garder leurs enfants qu’il n’y a pas que de « mauvais professionnels » face à de « bons parents ». La question est bien plus complexe : pour imaginer un soutien aux parents en alternative au placement d’enfant, le groupe de travail pense qu’il faut d’abord régler les problèmes de formation des personnels, celle des partages des compétences nationales et locales, celle des relations entre la Justice, la Santé, l’Education nationale et réunir les ingrédients d’une réforme avant de formuler des propositions irréalisables à court ou moyen terme. Ainsi certaines propositions du Conseil national consultatif des droits de l’homme ne semblent guère concevables. Par exemple, si l’on veut éviter de placer des enfants loin de la résidence familiale, il faudrait bouleverser les institutions qui ne sont pas nécessairement implantées là où on en a besoin. En Seine-Saint-Denis, 25 % des enfants sont placés dans le département, 50 % en Ile de France et 25 % en Province. Comment faire autrement ? Faut-il prévoir, outre les schémas départementaux, un schéma national par lequel l’Etat donnerait des injonctions aux départements ? Les rapporteurs ne se sont pas cru autorisés à donner au ministre des conseils aussi politiques.

Le rapport insiste sur des mesures concrètes déjà envisagées par les cabinets de la Justice et de la Famille : rappeler la loi aux juges et aux administrations qui doivent motiver (proposition n° 7), sanctionner le non respect des procédures en remettant l’enfant à sa famille, par exemple si l’on n’a pas permis l’accès au dossier ou informé de la possibilité d’interjeter appel (actuellement, il n’y a appel que dans 1 % des décisions, ...).

La formation en point de mire

Langue de bois ou compromis réaliste ? Quand le verre est à moitié plein, on peut s’employer à remplir la moitié vide. Sans appuyer donc sur les manques criants de formation et d’expérience de nombreux décideurs et intervenants sociaux qu’il évoque en filigrane, le rapport indique que pour modifier les pratiques, il faut, la ministre déléguée à la Famille et celle de la Justice l’affirmaient d’avance en choeur, former mieux les éducateurs, les responsables des services et les prescripteurs de placement.

Il s’agit de ne plus réaliser un placement d’enfant seulement lorsque le risque ou le danger sont avérés mais lorsque l’on constate aussi la non-collaboration des familles qui est trop souvent invoqué sans réelle évaluation : il est temps, note le rapport, que, dans les contrats entre services sociaux et usagers, les familles ne soient pas seules à souscrire des obligations mais que les intervenants précisent aussi les leurs.

S’il n’y a hélas guère de connaissances à transmettre quant à des indicateurs scientifiques précis de placement ou de non-placement, on peut au moins, ce n’est pas rien, s’obliger à ce que la décision soit suffisamment réfléchie pour ne durer qu’un temps.

D’autres suggestions ont semblé utopiques à court terme et n’ont pas été retenues dans ce rapport : d’aucuns voudraient que l’on impose des normes de qualification pour l’ensemble des personnels éducatifs des institutions accueillant des mineurs, comme cela existe en partie aux annexes XXIV pour les établissements accueillant des enfants handicapés. Et alors ? Faudra-t-il fermer la moitié des établissements ou renoncer à appliquer la règle.

Le déficit de qualification des décideurs judiciaires ou administratifs et des travailleurs sociaux en institution provient d’un manque cruel de diplômés d’une part alors que, d’autre part la véritable formation, celle qui se prend « sur le tas », peut être, selon que l’on est engagé à la PJJ, dans un foyer départemental ou de la PJJ, de la Vie au grand-air ou de l’Alefpa, des Sauvegardes ou des Apprentis orphelins d’Auteuil, d’une grande richesse ou d’une nullité affligeante.

Branle-bas dans le Landerneau social - Et si la ministre avait raison de vouloir diminuer le nombre d’enfants placés ?

Tirant les conclusions du rapport Naves-Cathala de juillet 2000, Ségolène Royal, avait présenté en mai dernier un plan d’action au conseil des ministres et déclaré à la presse vouloir diminuer de moitié le nombre d’enfants placés. La communication qui est bien passée dans la « grande presse » a fait l’effet d’une giffle dans le secteur : les travailleurs sociaux ont compris qu’ils « faisaient mal leur travail ». Libération titrait à la une « Familles pauvres - Ces enfants qu’on arrache » tandis que le mensuel d’ATD Quart-monde se réjouissait qu’un « pas décisif » ait été franchi.

« 50 % de placements en moins, 49,9 % d’enfants en danger en plus », s’étrangle Michel Andrieux, délégué général de l’Anpase (Association nationale des personnels de l’Aide à l’Enfance), qui estime qu’il serait trop simple, injuste et inexact d’imputer aux juges pour enfants qui confient 150 000 enfants à l’ASE ou aux services de l’ASE elle-même une quelconque absence de volonté d’aider les parents.

Robert Bouquin, président de l’Unasea (Union nationale des Sauvegardes de l’enfance et adolescence) moque les initiatives « sympathiques mais d’efficacité limitée » et s’indigne qu’on laisse entendre que les travailleurs sociaux n’ont cure des parents d’enfants pris en charge.

Comme si la ministre avait voulu mettre en cause des personnes et non dénoncer un état de fait. Bien sûr cela n’est pas simple mais l’ampleur des réactions institutionnelles laisserait croire qu’elle a bel et bien mis le doigt où cela fait mal.

Qu’est-ce qu’elle en sait Ségolène ?

« Les bourgeois parlent aux bourgeois », ironisait un observateur à propos du discours de la ministre déléguée à l’Enfance et à la Famille.

Effectivement, le personnel politique a tendance à caresser le public dans le sens du poil et Ségolène Royal a plus entendu, en cette affaire, la « défenseure des enfants », les représentants d’ATD et de la Ligue des droits de l’homme que les professionnels qui monopolisent d’habitude le débat sur la protection de l’enfance.

Qu’en sait-elle si 50% des enfants placés ne devraient pas l’être ? Rien de plus que vous et moi, c’est à dire, faute d’étude scientifique sérieuse sur le sujet, pas grand chose. Chacun verse dans l’idéologie et dans les bons sentiments entre ceux qui veulent éviter à tout prix qu’un enfant souffre - et ne voient que le placement comme remède - et ceux qui pensent que les placements infligent à l’enfant une souffrance encore plus grande. Les intervenants sociaux ont pourtant une expérience de la chose mais ils se divisent tout autant sur cette question. On sait pourtant, sans devoir pour autant incriminer les intervenants qui n’en meuvent mais, que les conditions dans lesquelles un enfant est retiré de sa famille ne sont pas souvent convenables : la surcharge de travail et la précipitation des décisions prises en urgence, l’absence de négociation entre les prescripteurs de placement et l’institution (motivations et objectifs non explicités par le juge), le manque de place au bon moment dans l’institution ou la famille d’accueil adéquate ou suffisemment bien localisée, entraînent des mauvaises décisions.

Enrober la pilule ?

Claude Roméo qui jugeait les propositions printanières de la ministre déléguée à la Famille « un peu faibles par manque de moyens et de soutien des autres ministères » s’est vu confier par elle la rédaction d’un rapport qui tente de calmer le jeu en affichant l’objectif d’« améliorer les relations enfants-parents ».

La lettre de mission reçue (voir ci-contre) ne le chargeait pas d’un examen des conditions de placement, sauf peut-être la demande de définir des « critères qui justifient le choix d’un accueil physique hors du domicile dans le cas d’une situation de risque ». C’est pourtant une question centrale et, sans y toucher trop, l’effet du rapport Roméo pourrait, au final, être une diminution du nombre d’enfants placés, grâce à une réorganisation des services et un effort important de formation des personnels. Ce rapport ne répond pas à toutes les questions posées par la ministre déléguée à la Famille et à l’Enfance mais si l’on voulait en suivre les conclusions, peut-être arriverait-on, à terme, à substituer aux accueils en institution d’autres formes de prise en charge. Perfectionner n’est pas changer, certes, mais il faut un début...

La protection de l’enfance en France - que nous sommes pensons être, dans les textes au moins, la meilleure du monde - serait peut-être moins criticable au regard des droits et de la dignité humaine.

Post-Scriptum

Article paru dans le Journal du Droit des jeunes - N°209 - Novembre 2001.

Pout télécharger le Rapport ROMÉO : cliquez ici










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1 Message

  • Bonjour à tous,

    J’ai bien lu tout ça, mais comme d’habitude je constate une chose : on s’occupe des ministres, des travailleurs sociaux, des conditions d’application de telle ou telle décision...Mais rien sur la parole de l’enfant.

    Alors, au cas où cet avis intéresserai quelques uns d’entre vous tous, en voilà un : Ma mère, handicapée et quittée par mon père peu après ma naissance n’avait pas les "compétences" nécessaire pour élever un enfant. Pas de patience et des capacités mentales limitées lui faisait "péter les plombs" sur moi. Elle n’avait aucune vie sociale, du coup, moi non plus. Comme elle n’avait pas de force dans les mains, elle me frappait avec ceinture, tuyau d’aspirateur...Entre midi, quand je rentrai à la maison, la porte était souvent close et je repartais souvent à l’école le ventre vide. Comme elle ne pouvait pas écouter quelqu’un parler et faire quelque chose en même temps, je n’avais pas vraiment droit de parole, sauf quand elle entamait la conversation, signe qu’elle était disponible. Tout ça, à l’âge du primaire.

    En grandissant, surtout en taille, j’ai commencé à résister, et là, elle a fait appel à une assistante sociale, avec laquelle il ne m’a JAMAIS été possible de parler en tête à tête, donc de parler librement. La 2ème fois (LA DEUXIEME FOIS !!!) celle-ci a proposé à ma mère un placement en foyer pour 1 an. Tout ça, pour seul motif que ma mère me trouvait "difficile". L’assistante sociale, toujours devant ma mère, m’a demandé si ça me gênait. Que voulez-vous répondre, devant votre mère, dont vous comprenez à 10ans qu’elle veut vous abandonner ? J’ai répondu que ça ne me gênais pas.

    J’ai été placée dans un autre département (le juge, estimant que la distance nous rapprocherait !!! Ba oui, c’est bien connu !). Je suis arrivée dans un foyer de Nancy, où j’étais la plus jeune, entourée de filles qui se hurlaient dessus, parlaient comme des charretiers, se bataient, défonçaient les portes de leurs chambres pour se piquer des affaires (ce qui m’est arrivé quelque fois aussi). Résultat : j’ai été déscolarisée, on m’a changé de structure 3fois, et ce qui devait être 1an s’est transformé en 11ans ! Soyons clairs, avec le temps et les désillusions (elles font mal, ces désillusions, quand on à 14ans et qu’on comprend que notre cas n’intéresse absolument personne) j’ai compris qu’il vallait mieux que je prenne mes distances avec les gens. Avec ma famille qui n’avait pas su me protéger ni m’aimer, avec les éducs, qui ne s’occupent que des cingles qui font du bruit et s foutent de celles qui restent dans leur coin,comme si vraiment, elles n’avaient besoin de rien :ni d’être scolarisées, ni d’être SOCIALISEES ! Bref, à mes 18ans je le retrouve en FJT. J’ai aujourdh’ui 34 ans. Je n’ai bien sûr jamais travaillé et malgré tous mes efforts personne ne m’a visiblement jugé apte à tenir un poste quel qu’il soit. Alors oui, les travailleurs sociaux sont des planqués. Très gentils au quotidien, mais qui, comme tout le monde, choisissent facilité plutôt qu’efficacité. Je n’aurai jamais de travail, je parle pourtant plusieurs langues, un Q.I. a en faire pâlir quelques uns, mais je n’ai pas les codes de la société. J’abandonne.

    A tous ces planqués de syndicalistes, je leur dit bien des choses, et pas des plus douces ! Oui à moins de mômes en foyer ! Vous avez peur pour vos emplois, reconvertissez-vous, comme tout le monde, vous avez choisi un métier d’AIDE, alors faites-le ou DEGAGEZ !

    Une gosse de la DDASS qui le restera toute se vie.

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