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LE SOCIOGRAPHE - Recherches en travail social - Revue publiée par l'Institut Régional du Travail Social du Languedoc-Roussillon








mardi 8 juin 2004
Dérives sécuritaires dans le travail social ?
par Joël PLANTET


Sous prétexte de « cerner la nature et le niveau des moyens à débloquer », un conseil général demande aux travailleurs sociaux de fournir des renseignements - nominatifs et fortement intrusifs - sur toute personne rencontrée depuis l’an dernier. Refusant tout fichage, les professionnels se sont mobilisés. Nous avons accompagné une des délégations chez le député


Effervescence dans la Marne. « Vitry : polémique autour d’un fichier », titrait en gras et en une le journal local, L’Union, ce jeudi 3 juin. En effet, depuis que les services départementaux ont lancé cette « enquête » avec fiches à remplir, l’émotion est à son comble à Vitry-le-François. Les items à renseigner par les travailleurs sociaux peuvent poser question : après demandes d’infos sur l’habitat, le nombre de personnes au foyer et les ressources familiales, vient une rubrique Problématiques familiales, dans laquelle il est demandé de cocher des cases telles que santé mentale, alcoolisme ou toxico ; la dernière rubrique, Types de réponses apportées, balaie onze suivis ou orientations, du service social de secteur à la tutelle en passant par les actions éducatives en milieu ouvert, etc.

Déjà à Chambéry, le 16 janvier dernier, une mobilisation avait eu lieu pour des faits analogues ; en mars, plus de dix mille travailleurs sociaux avaient manifesté à Paris contre les menaces que représente l’avant-projet de loi de prévention de la délinquance ; en avril, un questionnaire a été envoyé aux établissements scolaires de Pau, leur enjoignant de mentionner les difficultés des jeunes, nommément cités, issus d’un quartier relégué... En l’occurrence, il se trouve que Vitry-le-François a été désigné - parmi vingt-trois quartiers devenus sites pilotes - par le ministère de l’Intérieur comme laboratoire en regard des dispositifs à envisager dans ce même projet de loi de prévention de la délinquance. Réunissant des organisations de travailleurs sociaux, des syndicalistes et des associations, le collectif unitaire national parle de dénonciation et donne un exemple : « un enfant s’absente souvent de l’école ; nous devons le dénoncer au maire. Les parents seront convoqués afin de suivre un stage de parentalité et devront payer une amende de 750 euros. Est-ce la solution ? »... Il rappelle que nos professions sont fondées sur « une relation de confiance sans jugement dans laquelle l’individu n’est pas suspecté mais au contraire respecté ».

Une entrevue stérile ?

Toute la journée du 3 juin, quelques centaines de manifestants, marnais pour la plupart, vont débattre sur la place centrale, et manifester dans la ville. Trois délégations - chez le député (UDF), chez le maire (UMP), chez la sous-préfète - iront demander quelque explication sur ce genre de pratiques. Ainsi, plusieurs travailleurs sociaux - éducateurs, AS, étudiants en IRTS - et un enseignant spécialisé, certains aux couleurs de leur syndicat (FSU, Sud, FO, CGT) vont tenter, quatre-vingts minutes durant, de convaincre Charles-Amédée de Courson, député, des dangers de cette mise en fiches. Celui-ci botte en touche, évoque un projet (de loi sur la prévention de la délinquance) « qui n’existe pas » puisque non encore soumis à la discussion interministérielle... Mais alors pourquoi, si ce texte est si fantomatique, le conseil général de la Marne entreprend-il un tel fichage ? Certes, répond l’élu en renvoyant la responsabilité sur le directeur des services, cette fiche n’est pas « une invention géniale » et pour tout dire, « cette initiative est une erreur ». La preuve, ces fiches seraient actuellement « bloquées » au centre communal d’action sociale. Le président du conseil général aurait d’ailleurs présenté des excuses sur la méthodologie... tout en ne semblant pas opposé, sur le fond, à ce genre de pratique. Le député estime lui aussi que le caractère individuel de ces fiches n’est pas critiquable en soi, et qu’il ne s’agit pas en l’espèce d’une constitution de fichier.

Les délégataires n’ont pu que réaffirmer leur conviction et leur éthique. Ils ont dénoncé un texte - en l’occurrence celui que laisse de temps en temps poindre le projet de loi - « tueur de travail social ». Ils ont rappelé que la précarité des « cas sociaux » ne se créait pas ex nihilo, mais bien souvent via une société qui exclue ou licencie. Que nous étions sur le chemin de l’amalgame précaire = délinquant... Traités d’idéologues, accusés d’« absence de rigueur », les manifestants se sont vainement (?) heurtés à un parlementaire sachant éluder, et résumant cette affaire, plutôt mal à l’aise, à un épisode maladroit. « Vous étiez là pour me faire confirmer un certain nombre d’a priori que vous aviez » fut la dernière phrase du député à la délégation, au bout d’une heure vingt de discussion.

Oui, les travailleurs sociaux ont du mouron à se faire, et les menaces se précisent. Ce ne sont pas de vagues réassurances sur des questions de forme qui évacueront une ambiance de plus en plus sécuritaire. Signe des temps en forme de clin d’œil : un tee-shirt imprimé - Éducateur, pas délateur au recto, Souriez, vous êtes fichés au verso - se fabrique et se vend [1].

Post-Scriptum

Article paru dans LIEN SOCIAL n° 713 du 17 juin 2004










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Notes

[1] 6 euros. Tél. 06 20 86 55 99 (Benoît)




4 Messages de forum

  • > Dérives sécuritaires dans le travail social ? 13 juin 2004 09:06, par sophie

    La loi pour la sécurité intérieure dite loi Sarkozy
    « De la colère à la révolte » par Sophie une éducatrice spécialisée

    Introduction

    En adoptant cette loi liberticide les 12 et 13 février 2003 les députés et sénateurs ont donné le feu vert au thème central de la campagne électorale : la sécurité. Tout comme le projet de loi Perben, cette loi concerne le champ de la prévention spécialisée dont elle détourne la mission. Il s’agissait de garanties de l ‘anonymat, de libre adhésion il est question à présent de réduire la prévention à une simple instrument de l’arsenal répressif. A travers cela la déontologie du travail social est bafouée.

    Ce courant répressif issu des Etats-Unis, et prône « la tolérance zéro » … La loi de sécurité intérieure crée un certain nombre de nouveaux délits, et s’attaque aux libertés individuelles et collectives en renforçant les moyens d’enquête des forces de l’ordre.

    Au travers des deux textes de lois, de Nicolas Sarkozy et Dominique Perben (en préparation) le travail social se trouve donc disqualifié dans ses principes fondamentaux : la relation d’aide et d’accompagnement des individus et des familles, la confidentialité de la situation individus, qu’ils soient étrangers en situation irrégulière, délinquants, marginaux, gens du voyage, prostitués, condamnation définitive de la personne dénoncée, une carte de résident !

    La loi Perben 1 portait atteinte à l’ordonnance de 1945, concernant les mineurs délinquants, et par là même aux textes fondateurs de la protection de l’enfance en danger. L’ordonnance de 45, produit d’une longue réflexion issue du front populaire, a été votée dans le but de protéger les mineurs de l’arsenal répressif des années trente, en instaurant des mesures d’assistance éducative. Les colonies pénitentiaires, maisons de redressement, bagnes d’enfants, dénoncés par Alexis Danan avaient bel et bien été supprimés, ces mesures coercitives ayant prouvé leur faillite, puisqu’elle n’ont jamais permis de réinscrire qui que se soit dans un processus de réinsertion sociale, et n’avaient abouti qu’à la fabrication de multirécidivistes. Il est de nouveau question en 2003 avec les lois Perben« de surveiller et punir » plutôt que prévenir et éduquer, répression tant dénoncée par Michel Foucault, d’incarcérer les mineurs à partir de 13 ans, où de les confier à des centres d’éducation fermés (C.E.F.), d’instaurer la majorité pénale des l’âge de 10 ans. Avec le projet de loi Perben 2 des questionnaires insidieux sont diffusés, les travailleurs sociaux sommés de transmettre aux maires de leurs communes l’identité des personnes en difficultés.

    Il ne suffisait pas de stigmatiser des groupes sociaux, il est dorénavant question avec la loi de sécurité intérieure de sanctionner des comportements « présumés » délictueux, d’instaurer arbitrairement quitte à modifier les lois antérieures de nouveaux délits tels que la prostitution dite « passive », Les attroupements dans les hall d’immeuble, l’investissement par les gens du voyage de propriétés privées ou terrains communaux sans autorisation, et certaine formes de mendicité. Les immigrés voient leurs droits limités par des nouveaux cas de retrait de la carte de séjour. les prostituées, les mendiants, les parents défaillants, se trouvent soumis à des amendes et des poursuites pénales.

    Il existe cependant un moyen de « rédemption » : la délation.

    Ainsi les prostitués sans-papier qui dénoncent leurs proxénètes pourront obtenir « gracieusement » une autorisation provisoire de séjour, dans bien d’autres cas les indicateurs « civiques » bénéficieront d’avantages non négligeables.

    Le contenu de la loi

    Les articles les plus discriminatoires seront retenus, ceux qui pénalisent la misère sociale. Populations jetées malgré-elles dans la marge par un capitalisme néolibéral, qui a cassé le salariat par les licenciements ces trente dernières années, détruit les avantages acquis, grâce à la généralisation des statuts précaires

    Cette loi liberticide nous interpelle profondément en tant que travailleurs sociaux.

    1) La traite des êtres humains

    Les articles 32 et 37 s’attaquent à la traite des êtres humains, avec des circonstances aggravantes lorsqu’il s’agit d’actes commis en bande organisée, ou de personnes morales. S’il est prévu une protection des victimes de la traite (article 43) grâce à des places réservées en C.H.S.R., aucun accompagnement financier n’est actuellement prévu pour matérialiser ce projet… La question des crédits ayant été posées à N. Sarkozy par un député de l’opposition, il a été répondu « que des moyens seraient mobilisés » sans davantage de précision.

    2) La pénalisation de la prostitution

    L’article 50 concerne l’interdiction de racolage, et supprime la distinction entre prostitution active et passive, ouvrant ainsi la voie à toutes les interprétations abusives. Alors que la prostitution active était seule sanctionnée par une simple contravention, aujourd’hui le simple fait d’être soupçonné de cette intention est puni de deux mois d’emprisonnement et d’une amende de 3750 Euros. (art 225-10)

    Des lors qu’elles sont sexy dans leur tenue les femmes seraient-elles considérées comme des prostituées ? Dans ce cas clamons haut et fort que nous sommes toutes des putes !!!

    L’art. 225-104 sanctionne également le fait de vendre ou louer des véhicules servant à la prostitution ( 10 ans d’emprisonnement et 750.000 Euros d’amende.

    Dans ce cas aucune présomption d’innocence pour le loueur ou le vendeur, étant sensé recevoir un bristol en même temps qu’il délivre la carte grise avec la mention « véhicule exclusivement destiné à la prostitution »…

    3) Le regroupement dans les halls d’immeuble

    L’art 61 renforce les dispositions prises sous le gouvernement Jospin, nommées « lois de sécurité quotidienne » qui s’attaquait à « l’envahissement des cages d’escalier » permettant une possible intervention des forces de l’ordre, sans toutefois y associer de sanction.

    Là encore un nouveau délit est initialisé par la loi de sécurité intérieure passible de deux mois d’emprisonnement et de 3 750 Euros d’amende. S’il peut s’agir de sanction contre les voies de fait ou menaces proférées contre une personne, « l’entrave à la circulation des personnes » est punie de la même manière

    Nicolas Sarkozy n’hésite pas à expliquer aux députés les raisons de la création d’un délit plutôt qu’une contravention « Si l’occupation (des halls d’immeuble) est une simple contravention, la police ou la gendarmerie, saisie par un voisin excédé auraient comme seul pouvoir de dresser un procès verbal »(…) « ce qui ne permet pas de faire dégager les lieux » (…) Le délit permet en revanche « L’interpellation et si besoin est la garde à vue pour faire cesser le trouble » J.O.A.N. N°1 du 15/01/03.

    Délation encore et toujours…. L’article 61 concerne-t-il la mise en cause en cause de l’occupation des hall d’immeubles par les jeunes ou met-il les jeunes des cités sous l’occupation ???

    4) La répression contre la mendicité

    L’art. 65 a trait à la mendicité agressive : La loi crée dans ce domaine une nouvelle sanction pénale. « Il s’agit du fait en réunion et de manière agressive(…) de solliciter sur la voie publique, la remise de fonds de valeurs ou de biens » La peine encourue est de 6 mois d’emprisonnement et de 3 750 Euros d’amende.

    S.D.F. Restez zen... On mure vos squatts après vous avoir sortis à coups de matraques ou de barres fer, après vous avoir expulsés par voie d’huissier de vos logements précaires et jetés à la rue. Lorsque vous serez « au trou » vous n’aurez plus besoin de toits et d’ici que vous ayez réglé les 3500 Euros d’amende de l’eau aura coulé sous les ponts

    L’art 227-15 s’attaque à la mère contrainte par la misère à mendier avec un enfant de moins de 6 ans, sur la voie publique, le délit de « privation de soin » lui sera imputé automatiquement. Ce « délit » est sanctionné de 7 ans d’emprisonnement et 100 000 Euros d’amende.

    Le délit de « non assistance à personne en danger » n’est en revanche pas retenu pour un Etat qui laisse une mère et son enfant « crever de faim » Au moins la mère de famille pourrait elle avoir lé décence de ne pas s’exposer aux regards !!

    5) De nouveaux cas de retrait de la carte de séjour

    L’art 75 modifie l’ordonnance du 2 novembre 1945 afin d’élargir les cas de retrait (ordonnance n°45-2658, art 12 ) portant sur la modification. Dans le collimateur du gouvernement les étrangers autorisés à séjourner sur le territoire Français coupables d’infractions. Ce retrait peut avoir pour cause, le proxénétisme, la prostitution, l’exploitation de la mendicité, la traite des êtres humains ( art cités) mais aussi des délits plus bénins tels que les vols à la tire dans les transports publics. Dans tous ces cas la carte de séjour peut être retirée.

    L’art 2212 habilite les préfets à prendre des mesures de reconduites à la frontière à l’encontre d’étranger pourtant en situation régulière (Détenant un visa de court séjour valable trois mois) « dont le comportement a constitué une menace pour l’ordre public »

    Extension du délit d’entrée irrégulière en France

    L’art 75 étend le délit d’aide à l’entrée irrégulière en France aux zones internationales et aéroports. Les peines sont dans ce cas de 5 ans d’emprisonnement et 30000 Euros d’amende

    Dénoncez, balancez, mouchardez, caftez vous bénéficierez de l’article 76

    L’étranger qui porte plainte ou témoigne contre une personne qu’il accuse d’avoir commis à son encontre une infraction de proxénétisme, d’exploitation de la mendicité ou de traites des être humains bénéficiera en échange d’une autorisation de séjour, ouvrant droit à l’exercice d’une activité professionnelle, de conditions d’accueil et d’hébergement à définir par le conseil d’Etat. Si la personne dénoncée est définitivement condamnée grâce au délateur, celui recevra une carte de résident d’une validité de 10 ans renouvelable de plein droit.

    6) Les gens du voyage

    Art 53 « Il s’agit de s’attaquer à la minorité des gens du voyage qui s’installe en force sur des propriétés privées ou communales sans autorisation ». Si la loi Besson prévoit en date du 5 juillet 2000 une obligation d’aires d’accueil permanents dans le schéma départemental en revanche, ces places restent insuffisantes, d’autant que les communes de moins de 5000 habitants n’ont pas obligation de ce soumettre à cette loi.

    L’art. 322-4-1 a pour but d’empêcher ceux qui n’ont pas trouvé à poser leur caravane, d’investir des terrains publics ou privés. il a été « inventé » par conséquent le délit « d’installation sans titre de terrain » interdisant toute installation même temporaire en réunion dans une propriété privée ou un terrain municipal. Ce nouveau délit est passible de 6 mois d’emprisonnement et 3750 Euros d’amende

    L’art 322-4-1 permet la confiscation du permis de conduire mais aussi du véhicule d’habitation.

    L’art.-614 -9 en modifiant la loi Besson accorde de nouveaux pouvoirs aux maires des communes qui respectent les obligations d’accueil :l’évacuation forcée par la force publique des gens du voyage sur tout terrain public ou privé

    Travailleurs sociaux : Un nouveau cas de levée du secret professionnel

    A la suite de la tuerie de Nanterre, acte isolé et ignoble commis par un déséquilibré, l’occasion était trop belle, pour ne pas exiger des professionnels de la santé et du social qu’ils dénoncent les publics qu’ils suivent.

    L’art. 85 « Les professionnels de la santé et de l’action sociale ne sont désormais plus soumis au secret professionnel s’il s’agit d’informer les autorités préfectorales du caractère dangereux des personnes qui les consultent et dont ils savent qu’ils détiennent une arme ou qu’elle ont décidé d’en acquérir une ( !) L’objectif : « faciliter les repérages de personnes déséquilibrées susceptibles d’utiliser une arme.

    Les assistants de service social étant statutairement soumis au secret professionnel, le président de l’A.N.A..S. (Association Nationale des Assistants de Service Social) s’est vivement insurgé contre cette nouvelle disposition.

    Nicolas Sarkozy dressera une liste de « villes pilotes » telles que Vitry-le-François qui serviront de laboratoire pour le fichage des usagers : Questionnaires pénalisants devant être remis au maire sur les origines ethniques des personnes en difficultés sociales, leurs conduites addictives en matière d’alcool et de drogue, les suivis judiciaires engagés sous l’œil des caméras de vidéo surveillance disposées sur la voie publique etc…

    7) Vers un fichage généralisé : des moyens d’enquête renforcés

    Les contrôles d’identité

    L’art 10 modifie la loi qui soumettait la police à l’obligation de n’effectuer les contrôles d’identité par la police que sous obligation « d’indices » concernant une infraction

    L’art. 72-8 remplace cette notion par celle de « raisons plausibles de soupçonner » ouvrant par là même la voie à l’arbitraire.

    L’article 21 donne un fondement législatif aux fichiers de police, au traitement automatisé d’informations détenues par la police afin de « faciliter la constatation d’infractions pénales(…) et la recherche des auteurs. » Les infractions justifiant l’inscription des personnes

    L’art. 21-1 permet une inscription nominative au fichier. Alors que seules les contraventions de 5ème classe :trouble de la sécurité et de la tranquillité publique, atteinte aux personnes aux biens ou à la sécurité de l’état étaient inscrite, désormais l’inscription est étendue aux auteurs d’atteinte à l’état civil, d’utilisation frauduleuse d’un document délivré par une administration ou portant des informations incomplètes et inexactes.

    Sus à la négligence nous sommes tous coupables et passibles de fichage en cas de simple oubli de modification d’adresse !!

    Ces fichages ne comportent aucune limitation d’âge ce qui signifie que des mineurs peuvent eux aussi faire l’objet d’une inscription individuelle dans ce type de fichier.

    L’art. 21-111 renforce le contrôle du procureur de la république qui peut à présent demander que toute information nominative soit « Effacée, complétée, ou rectifiée ». En cas de relaxe et d’acquittement pour des raisons liées à la finalité du fichier le procureur peut prescrire le maintien des données.

    Autrement dit, jugé innocent vous serez perpétuellement coupable !!!

    Connaissez-vous un seul Pays capable de produire une telle ineptie, y compris dans les pires dictatures ?

    L’art 23 rend obligatoire l’inscription d’une personne frappés d’une peine d’interdiction de séjour ou de placement sous contrôle judiciaire au fichier alors qu‘elle n’était que facultative

    L’art. 25 étend la consultation des fichiers : Tandis que les lois de sécurité quotidienne mises en place par le gouvernement Jospin autorisaient à titre provisoire la consultation des fichiers de police judiciaire aux fins d’enquêtes administratives, l’administration a aujourd’hui obligation de consulter ces fichiers notamment pour des demandes d’acquisition de la nationalité Française, de renouvellement de la carte de séjour, ou d’entrée d’étrangers sur le territoire. Au delà des agents de police et de la gendarmerie nationale la consultation peut être effectuée par des « personnels investis de mission de police administrative »

    8) A signaler d’autres dispositions de cette loi scélérate :

    - L’art. 141 permet en Guyane et à Saint Martin (Guadeloupe) la reconduite les clandestins à la frontière dans les 48 heures.

    - L’art. 46 pénalise sévèrement le travail non déclaré : 3 ans d’emprisonnement et 45000 Euros d’amende.

    - Les Art 11, 12, 13 autorisent la fouille de véhicule qui n’est plus circonscrite aux trafics de stupéfiants, ou d’armes dans le cadre de la lutte antiterroriste, elle s’étend aux enquêtes pour vol et recel.

    - L’art . 19 supprime la loi Guigou sur la présomption d’innocence qui donnait obligation d’informer le prévenu de son droit au silence pendant une garde à vue.

    - L’art. 113 pénalise l’outrage au drapeau Français et à l’hymne national :

    - Prière d’honorer la Marseillaise et le drapeau Français !!! Si le caractère raciste et militariste de la Marseillaise vous donne des boutons, si vous refusez le dicton « qu’un sang impur abreuve nos sillons », si pour vous le chant du coq gaulois ne parvient qu’à faire « COCORICON »si vous avez l’audace de préférer, le rouge, le noir, ou les deux conjugués, ou si vous vous sentez tout simplement citoyen du monde, faites préparer les menottes !!!

    « Outrager publiquement les symboles que sont le drapeau tricolore et l’hymne national constitue un délit pouvant valoir à son auteur une amende de 7500 Euros. Cette infraction commise en réunion lors de « manifestations organisées et réglementées par les autorités est punie de la même amende et de six mois d’emprisonnement

    - L’art 59 allonge la liste des personnes concernées par l’outrage à la fonction publique aux gardiens d’immeubles, pompiers, professionnels de la santé, ceux-ci étant à présent répertoriés aux côtés de l’autorité publique. Il ne s’agit plus de présenter de simples excuses, mais d’une sanction allant jusqu’à deus ans d’emprisonnement et de 30.000 Euros d’amende

    CONCLUSION

    En lisant cette synthèse des lois Sarkozy entendez-vous comme moi le bruit des bottes ? Pouvons nous tolérer qu’une société de profit qui génère la misère sociale s’acharne de la sorte sur des franges de la population déjà stigmatisées ? Comment qualifier une société qui au lieu de protéger ses enfants, se protège de ses enfants ? Reviendrons nous à l’époque de l’obscurantisme, du pétainisme, à la répression féroce contre les mineurs délinquants antérieure à la création du travail social ?Accepterons-nous que l’éthique et la déontologie qui ont construit nos professions sociales soit ainsi mise en pièce par des exhortations à la délation, à la collaboration avec des forces répressives dont nous deviendrions une simple composante ? Jusqu’où tolérerons-nous cette montée en puissance de la discrimination ?

    Nous résisterons, pour garantir les libertés fondamentales individuelles et collectives, la relation de confiance auprès des personnes que nous suivons. Cette défense de l’éthique, et du sens de notre travail par le refus de la délation ne peut s’effectuer que collectivement, toutes corporations confondues, au delà des clivages.

    En effet la société toute entière est concernée par la tolérance Zéro, le renforcement de l’Etat Pénal, dont nous ne serons ni les instruments ni les complices.

    Si nous refusons d’exercer un travail social au service du capital, nous ne deviendrons pas non plus les arrières petits enfants de Philippe Pétain …

    Répondre à ce message

    • > Dérives sécuritaires dans le travail social ? 8 décembre 2005 09:48, par étudiante educ spé

      Quels moyens pour résister à ces dérives sécuritaires ? Des manifestations ? Des pétitions ?

      Répondre à ce message

      • > Dérives sécuritaires dans le travail social ? 18 décembre 2006 20:16, par LOL’AS

        LE DEVOIR DE DESOBEISSANCE CIVIQUE !
        Mais il faut être un certain nombre à le pratiquer "professionnellement" et "personnellement" pour que "ça marche" !(sinon,gare aux représailles individuelles !)
        Voir dans Internet les articles à ce sujet.
        Aller faire un tour aussi sur le "fichage des Juifs" sous Vichy :c’est instrucrif de voir comment à tout les niveaux de la hiérarchie,les fonctionnaires ou assimilés(que nous sommes aussi)peuvent être "zélés"...
        Elle est bel et bien passée la Loi sarko :il ne s’agit plus de "veiller" mais d’AGIR maintenant sur les dérives sécuritaires !

        Répondre à ce message

  • > Dérives sécuritaires dans le travail social ? 16 juillet 2004 11:41, par Marlène Collectif Marnais

    Suite à la manifestation une délégation a été reçue le 4 juin par le président du conseil général M. Savary. Celui-ci s’est engagé à détruire les fiches si un autre outil était proposé pour effectuer "son diagnostic".
    Les représentants des structures intervenant sur Vitry le François ont donc été conviés le 9 juin 2004 pour réfléchir à un nouvel outil. Deux personnes du collectif étaient présentes pour rappeler les engagements de M. Savary et réaffirmer notre vigilance quant aux outils et objectifs du diagnostic social.
    Une nouvelle réunion a eu lieu le 23 juin 2004 afin d’effectuer le diagnostic. Je vous livre le compte rendu de cette réunion, cela fait froid dans le dos.
    Le collectif a été prévenu de cette réunion le 19 juin au soir. Nous avons bien essayé de la contrecarrer notamment par des voies judiciaires mais nous manquions de temps et d’informations pour intervenir.
    Les organismes de Vitry le françois étaient conviés à venir à cette journée de travail avec les fiches, remplies précédemment par les travailleurs sociaux.
    Le conseil général, le CCAS et l’organisme logeur étaient en possession d’une pile impressionnante de fiches, certaines n’étant pas de originaux mais des fiches ressorties par informatique.
    L’Udaf, l’Epsdm, la mission locale et l’association tutélaire des inadaptés ont quitté la réunion après des eéchanges un peu vifs avec les représentants du conseil général.
    L’éducation nationale, la Caf et la PJJ ont souhaité observer le reste de la réunion sans pour autant participer au grand déballage. Par contre le chef de service de la sauvegarde n’a pas vu finalement d’objection à participer.

    La méthode employée pour le diagnostic était simple : le représentant du conseil Général annonçait un nom et les personnes qui connaissaient levaient la main et donnaient la problèmatique. Une nouvelle fiche était alors remplie cette fois-ci de manière anonyme.La journée s’est donc écoulée comme nous l’avions craint, la représentante de l’organisme logeur se permettant à chaque nom de famille de faire des commentaires du genre "ah, oui, là le père est alcoolique, la mère est ceci, et ils ont fait ça il y a quelque temps..."
    A 18 heures, l’appel n’était pas terminé.
    Monsieur GAMICHON avait évoqué l’importance que ce soit fini pour le 25 du fait d’une grande réunion avec des directeurs ou responsables de services..Il a donc continué ses fiches le lendemain matin avec la seule présence de la représentante de Vitry Habitat et la directrice du CCAS.

    Le collectif marnais de veille contre les dérives sécuritaires et les atteintes au liberté des personnes se renseigne actuellement sur les recours possibles en justice (violation du secret professionnel, recours pour excès de pouvoir, CNIL etc.) Si vous avez des suggestions elles sont les bienvenues.

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29 décembre 2016
RECONNAITRE ET VALORISER LE TRAVAIL SOCIAL - Un Rapport et 23 Propositions
ces recommandations sont pertinentes.

8 décembre 2016
La maltraitance des personnes âgées vulnérables
Madame, Merci pour cette analyse précise dont j’ai hélas trop tard compris les mécanismes. En effet, je sors de mon silence avec une (...)

13 juin 2016
La maltraitance des personnes âgées vulnérables
la matraitance peut etre du aussi a l etat psychologique des enfants .Enfant depressif, narcissique desociabilise car eux meme sont a la (...)


13 février 2016
La place du social dans la santé
article à lire et à imprimer

7 décembre 2015
"Plume", la revue du CLICOSS 93
est ce possible de recevoir la revue du clicoss 93 du mercredi 07/01/2007 , ?je faisais partie de cet atelier ! merci ,si cela est possible (...)

2 novembre 2015
Définition du Travail Social
Le travail social se base essentiellement sur le sens de l’amour de l’outre ,le sens d ’altruisme , la justice sociale , le (...)


Enquête métier
Recherche de stage gratifiable
CDI ASS
référence éducative [1]
journal et handicap
ETP ou passer son chemin?!
prepa concours
Besoin d'un Réseau de travailleur social su ...
Éducatrice Spécialisée en libéral
Urgent:offre d'emploi CDI+CDD 78 (meulan ,le ...
URGENT OFFRE EMPLOI CDD 95
Poste d'Auxiliaire de Puericulture et EJE en ...
CDD d'AS 6 mois Lyon
Postes d'éducateurs et éducatrices de rue ...
Un cadeau pour progresser dans ses écrits u ...
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Le baromètre 115 synthétise les demandes et réponses faites au numéro d’urgence au cours du mois de juillet 2016 dans les 45 départements étudiés et à Paris.

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