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lundi 19 novembre 2007
Emeutes, jeunesse populaire et racisme
au-delà des idées reçues

par ACOFIS, Manuel BOUCHER


Les phénomènes de fragmentation sociale et culturelle en cours dans les quartiers populaires sont violemment visibilisés lors des événements émeutiers où un acteur occupe une place particulière : les « jeunes de banlieue ». Ceux-ci sont décrits comme des figures emblématiques de la décomposition sociale et culturelle. Sous l’influence du traitement médiatique amplifiant les difficultés vécues au sein des « quartiers sensibles » s’est développée une peur de la jeunesse populaire associée à des « enragés » et des « hordes sauvages ». La plupart du temps, le monde des « jeunes des cités » est en effet appréhendé sous l’angle de la dangerosité et de la marginalité. Dès lors, la représentation de ces jeunes est dominée par la délinquance, la violence et le racisme. Au-delà des idées reçues, ce texte a donc pour objectif, d’une part, de tenter de synthétiser les « raisons de la colère » des jeunes émeutiers et, d’autre part, de dépasser un processus de « prédiction destructrice ».


Entre le mois d’octobre et de novembre 2005, la France craint le pire. Suite à l’embrasement de nombreuses cités populaires après la mort de deux jeunes d’une cité populaire de banlieue parisienne poursuivis par la police, le pays est sous le feu des projecteurs de nombreux médias internationaux durant une vingtaine de jours. Ces émeutiers disent vouloir venger l’assassinat de leurs copains tués injustement par la police. Mais plus généralement, les émeutiers disent vouloir exprimer leur rage vis-à-vis des injustices, des bavures policières, des discriminations, des humiliations et de la « galère » qu’ils ne supportent plus . Ainsi, les évènements émeutiers semblent exprimer le fait que la société française est en voie de segmentation, voire de récession dans certains endroits relégués où les processus de « racisation » et de « ghettoïsation » sont enclenchés. Les habitants des quartiers populaires et, au premier chef, les personnes immigrées, d’origine étrangère et leurs enfants concentrés dans les mêmes espaces urbains défavorisés, sont les premières victimes de ces processus antisociaux de ségrégation territoriale et ethnico-raciale. Or, au sein de ces phénomènes de fragmentation sociale et culturelle, un acteur occupe une place particulière : les « jeunes de banlieue » populaire. Cependant, la plupart du temps, le monde des « jeunes de cité » est appréhendé sous l’angle de la dangerosité et de la marginalité. La représentation de ces jeunes n’est pas associée à une ressource mais dominée par la délinquance, la violence et le racisme. Dès lors, pour aller au-delà des idées reçues , ce texte a pour objectif de décrire et de comprendre les raisons de la colère des jeunes émeutiers, notamment, confrontés à l’ethnicisation des rapports sociaux et au racisme ; de briser les processus de « prédiction destructrice » en allant au-delà des représentations négatives de la jeunesse populaire.

1. Retour sur les émeutes : une tentative de synthèse analytique

a) Des éléments descriptifs

Du 27 octobre au 17 novembre 2005, la France va connaître les plus grandes émeutes urbaines de son histoire contemporaine suite à la mort de deux jeunes de Clichy-sous-Bois électrocutés après une poursuite avec la police. Pour rappel : sur 21 nuits d’émeutes (d’abord en région parisienne puis dans toute la France), on peut comptabiliser : la mobilisation de 11 500 policiers et gendarmes par jour ; 30 000 poubelles incendiées ; des centaines de bâtiments publics, des entreprises, des bus dégradés ou brûlés ; plus de 5 000 interpellations ; 7 hélicoptères mobilisés ; 600 peines d’emprisonnement, surtout en comparution immédiate ; des incidents signalés dans près de 300 communes, etc.

Après une panique médiatique et politique, le « couvre feu » est donc décrété le 8 novembre 2005 et prolongé jusqu’au 4 janvier 2006. Mais en réalité, les émeutes ont surtout éclaté dans des « zones urbaines sensibles » (751 en 2005 représentant environ 4,7 millions de personnes). Ces zones urbaines se caractérisent par : des familles nombreuses, beaucoup de jeunes ; des logements sociaux dégradés ou exigus ; peu de mixité sociale ; une forte population immigrée ; un échec scolaire ; des discriminations directes et indirectes ; un taux de chômage deux à trois fois plus fort qu’ailleurs (près de 50% pour les jeunes de 16 à 25 ans issus de l’immigration, sans diplômes) ; une quasi absence de représentation politique ; un fort sentiment d’enfermement ; des problèmes de petite délinquance et d’incivilités.

Quoi qu’il en soit, dans une perspective sécuritaire en expansion , ces événements émeutiers sont propices à une surenchère d’informations fausses et alarmistes ainsi qu’au développement de rumeurs sur le profil sociologique des émeutiers, notamment orchestré par le ministère de l’intérieur, des médias et certains élus locaux. Or, aujourd’hui, des enquêtes permettent de confronter ces discours à la réalité sociologique.

b) Sortir des explications fausse de la propagation des « émeutes

Ainsi, l’étude conduite par Aurore Delon et Laurent Mucchielli sur le profil des mineurs jugés ou déférés en Seine-Saint-Denis (86 mineurs impliqués dans 55 affaires de violences urbaines entre le 31 octobre et le 11 novembre 2005) permet de prendre de la distance vis-à-vis du traitement médiatico-politique des désordres urbains de l’hiver 2005 et, ainsi, de déjouer les manœuvres politiciennes et les stratégies médiatiques commerciales développées à propos des auteurs des émeutes et de leurs réelles motivations quant à leur passage à l’acte émeutier. Le tableau ci-dessous, principalement réalisé à partir de l’enquête de Delon et Mucchielli, résume les principaux points opposant les idées développées par le ministère de l’intérieur et les médias - durant ou juste après les émeutes de 2005 - avec les résultats des chercheurs.

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