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vendredi 24 septembre 2010
L’humour dans les diverses formes du Rire
par Brigitte BOUQUET, Jacques RIFFAULT


Le Rire est un terme généraliste qui englobe moult notions et définit différentes réalités. Ainsi, le rire est pluriel et comprend diverses acceptions particulières et situations différentes, comme le comique de situation, l’ironie, la moquerie, le mot d’esprit, la blague, la dérision, qui sont des armes de contre-pouvoir, et l’humour...

Comprendre le statut de l’humour dans ces différentes réalités du rire rend nécessaire de définir au préalable leurs divers champs sémantiques et de revenir à leur sens restreint et plus précis.


LE RIRE

Voir et comprendre les différentes formes du rire implique de rappeler brièvement les fondements du rire [1].

Le rire est social. C’est un mode de communication permettant l’affirmation de soi et ayant une fonction de sociabilité. Il est aussi bien agressivité que refuge, facteur d’union que d’exclusion. Comme l’exprime Éric Smadja [2], « le rire peut témoigner de tendances multiples (bienveillance, autosuffisance, hostilité, dérision) ». Il est aussi un phénomène culturel qui fonctionne différemment selon les sociétés. En effet, Le rire est prescrit, autorisé ou prohibé selon les sujets (en fonction de l’âge, du sexe, du statut social), le cadre socioculturel, l’objet du message, les émetteurs. De ce fait, Il est polymorphe, polyfonctionnel et polysémique.

Socrate, Platon, Aristote, Descartes, Kant, Schopenhauer, Nietzsche, Bergson, Freud, des auteurs contemporains, tous ont perçu l’importance du phénomène du rire et ont essayé d’en comprendre le sens et les mécanismes. Ils défendent le caractère exclusivement humain du rire, affirment qu’il est le propre de l’homme et une expression de la vie et estiment que maintes formes du rire célèbrent le lien social. Aussi, par exemple, Nietzsche [3] exprime dans son ouvrage Par-delà le bien et le mal une violente aversion pour les philosophes qui « ont cherché à donner mauvaise réputation au rire » et affirme « j’irais jusqu’à risquer un classement des philosophes suivant le rang de leur rire. »

Recourons à quelques exemples. Kant [4] a mis à nu les principes du comique. Bergson [5] affirmant : « ce n’est plus de la vie, c’est de l’automatisme installé dans la vie et imitant la vie. C’est du comique », a résumé l’effet comique dans la formule « du mécanique plaqué sur du vivant », rencontre de deux types hétérogènes. Il offre une analyse précise de ce qui fait rire, en définit plusieurs conditions, démonte les effets comiques et l’explication de leur propagation. Bref, Il envisage la pragmatique des modes de production du rire comme activité vitale et nécessaire au sein de la machine sociale. Quant à Freud, dans son ouvrage Le mot d’esprit et sa relation avec l’inconscient [6], il explique la nécessité de cette duplicité pour engendrer le comique. S’intéressant prioritairement au mot d’esprit, rattachant la théorie du mot d’esprit à la psychanalyse, il montre que dans ce processus, le langage est une manière indirecte, détournée, de satisfaire des pulsions sexuelles ou agressives qui ne peuvent se satisfaire comme telles dans la société en raison des interdits qu’elle véhicule. Le rire est une façon de prendre un plaisir interdit, en passant par un détour, c’est pourquoi il est proprement humain.

Jean Fourastié dépasse les thèses de Bergson et Freud qu’il juge partielles et partiales dans son ouvrage Le rire, suite... [7], et montre que fondamentalement le rire survient quand l’esprit de « cohérence » entre en contradiction avec l’esprit de « pertinence », quand se produit une rupture de « déterminisme ».

Récemment, dans son ouvrage Les sens du rire et de l’humour [8], Daniel Sibony, au-delà de son analyse des positions de Bergson et de Freud, pose également ses réflexions sur des dimensions plus vastes. Pour lui, le rire est un « entre-choc ou événement entre deux niveaux d’être, de pensée, d’expression » (p. 10). Il est « une secousse d’identité où l’on se perd et se retrouve » (p. 22). Qualifié de « rire signifiant, rire de présence ; rire entre les forces de pulsion et celles de raison » (p. 50), défini comme « une recharge du symbolique » (p. 88), le rire « mobilise ou fait vibrer une coupure intérieure qui nous travaille ; entre l’intime, et le social, le visible et le caché, la loi normale et la parole inspirée qui risque de la subvertir. » (p.107)

Cependant à côté de ces réflexions fondamentales, il faut noter une certaine évolution formatée du rire. Par exemple, le rire est de plus en plus renvoyé aux humoristes de la télévision. Celle-ci pèse désormais sur les formes et contenus du rire. Comme le dit Olivier Mongin [9], elle dégénère le rire et le jeu des comédiens, formate un type de comportement, alors qu’il s’agit pour le rire de « le lever au sens de l’éduquer et d’éviter qu’il ne sombre dans l’ordurier ». De plus, « La France se convertit aux écoles du rire » comme l’écrit le journal Le Monde [10] et beaucoup d’institutions embauchent des animateurs de rire pour une thérapeutique majeure antistress réalisant un « jogging » du corps et de l’esprit. Mais n’est-ce pas comme le craint Daniel Sibony [11], un rire festif « avec sérieux », efficace, contrôlé, mesuré ? Le rire serait-il la pire ou la meilleure des choses ?

LE COMIQUE

Au-delà de la définition strictement théâtrale que donne le dictionnaire, le terme comique - emprunté au latin comicus qui a rapport au théâtre, à la comédie - définit très largement ce qui fait rire. Le comique englobe ce qui fait rire mais de manière involontaire et c’est cet aspect involontaire qui le différencie de l’humour. Par rapport au comique, l’humour a « moins pour objet de provoquer le rire que de suggérer une réflexion originale ou enjouée. L’humour fait sourire plus souvent qu’il ne fait rire » [12].

La notion de « comique » touche aussi bien à l’esthétique qu’à la sociologie, l’histoire, la psychologie, la psychanalyse, l’anthropologie et la philosophie. Aujourd’hui vulgarisé, le comique se trouve dans les situations burlesques et les quiproquos de la vie quotidienne.

Plusieurs formes de comique sont distinguées notamment au théâtre ; elles ont été observées et peuvent se combiner entre elles : le comique de gestes dont l’effet est produit par l’interprétation (par exemple : mimiques, grimaces, coups, vêtements, accessoires) ; le comique de situation (surprises, rebondissements, coïncidences, retournements) ; le comique de mots (jeux de mots, répétitions, grossièretés, prononciation) ; le comique de répétition (mots, gestes répétés) ; le comique de caractère (traits moraux propres à un individu : vices, défauts, idées) ; le comique de moeurs, dont l’effet est produit par les usages d’une classe sociale ou d’une époque.

Ainsi le comique essaie toujours de faire tenir ensemble des éléments contradictoires, ce qui est condamné à être dissocié. « Le comique joue sur l’écart surmonté entre l’abstrait et le concret. » [13]

L’IRONIE

Venant du latin classique ironia, et du grec eirônia, l’ironie est selon les dictionnaires : « action d’interroger en feignant l’ignorance, manière de se moquer de quelqu’un ou de quelque chose en disant le contraire de ce que l’on veut entendre ». Ainsi, l’ironie, au-delà de son sens évident et premier, révèle un sens différent, voire opposé, dit le contraire de ce que l’on veut faire entendre, joue de l’illusion de la vérité ; elle se livre à toutes sortes d’excentricités qui renvoient dos à dos la folie et la sagesse et affirme à la fois l’absolu et son anéantissement. Selon Jankélévitch [14], elle est « un savoir extralucide et si maître de soi qu’il se rend capable de jouer avec l’erreur (...) et si renseigné sur le vrai qu’a fortiori il peut dire le faux. »

L’ironie atteint une vérité du particulier, ridiculise, alors que l’humour est une relativisation qui engendre la sympathie [15]. Aussi, si l’humour et l’ironie reposent tous deux sur une discordance entre le discours et la réalité, l’ironie s’exerce le plus souvent au détriment d’une personne, vise sa victime, tandis que l’humour est plutôt l’expression d’une solidarité et d’une complicité entre l’émetteur et le récepteur. Pour Bergson, l’humour est l’inverse de l’ironie, distinction reprise par Gérard Genette. Si, en effet, l’ironie consiste à énoncer « ce qui devrait être en feignant de croire que c’est précisément ce qui est », l’humour sert à décrire « ce qui est, en affectant de croire que c’est bien là ce que les choses devraient être. » De même, la réflexion de Kierkegaard sur les liens et les contrastes entre humour et ironie différencie les deux notions tout en mettant au jour des mécanismes semblables, et attribue la place d’honneur à l’humour.

L’ironie s’appuie principalement sur l’antiphrase et sur des figures telles que l’hyperbole, la litote ou la métaphore. L’hyperbole est une figure de style qui consiste à exagérer l’expression pour mettre en relief une idée. À l’inverse, la litote est une figure de rhétorique qui consiste à atténuer l’expression de sa pensée. Enfin, la métaphore se définit comme un changement de sens par substitution analogique (emploi d’un terme concret dans un contexte abstrait).

Vladimir Jankélévitch, dans la partie III, intitulée « Des pièges de l’ironie » [16], note :

- la confusion ; l’ironie est toujours double, tantôt elle raille et s’isole, tantôt elle pousse à la réflexion, plus solitaire ou plus sociable, tragi-comique, elle est à la fois une et autre, antithétique ;
- le vertige ; à force de compliquer ses pensées et ses dires, à force de feindre, de renverser, l’ironiste peut s’étourdir lui-même. Il mêle le vrai et le faux mais risque de ne plus s’y retrouver ;
- l’ennui ; l’art d’effleurer ironique pousse continuellement à changer de point d’intérêt ; la liberté qu’offre l’ironie lasse ;
- le probabilisme ; « désabusée », l’ironie ne prend rien comme tel, comme vrai, comme valable. Elle morcelle les choses avec hostilité, s’en détache et par là s’en désintéresse.

Il fait une distinction entre l’ironie purement dénonciatrice et l’ironie « humoresque », qui s’ouvre aux autres, compatit naïvement avec son objet, gagnant ainsi en finesse. Pour lui, dans ce dernier cas, l’humour est la forme accomplie de l’ironie.

MOQUERIE, RAILLERIE, MOT D’ESPRIT, SATIRE, BLAGUE...

Puisque raillerie signifie moquerie, et que la moquerie est le langage du mépris, citons des extraits de Les Caractères ou les Moeurs de ce siècle de Jean de La Bruyère : « la moquerie est souvent indigence d’esprit » ; « la moquerie est de toutes les injures celle qui pardonne le moins ».

Quant au mot d’esprit, ou trait d’esprit, il est une réplique fine et subtile, pas toujours bien intentionnée alors que l’humour a un côté transcendant. Les deux aspects du mot d’esprit peuvent être l’aspect créatif et l’aspect psychanalytique. Sur ce dernier, Freud, dans son livre Le Mot d’esprit et ses relations avec l’inconscient indique bien que le mot d’esprit répond au principe de plaisir et offre très souvent une face polémique, une pointe plus ou moins acérée qui, dans certaines conditions de réception, vaudra offense, soulèvera indignation ou scandale et trace notamment une nette ligne de partage entre esprit et comique. Quant à Lacan, dans la première partie de son séminaire sur Les Formations de l’inconscient, de 1957-1958, il apporte une doctrine nouvelle, construite sur les fondations de Freud. Elle est remplacée le « sens dans le non sens » de Freud, par l’opposition du « peu-de-sens » et du « pas-de-sens ».

La satire est caractérisée comme un genre littéraire qui s’attaque à quelqu’un pour s’en moquer, une représentation critique et comique cinglante d’un défaut, d’un vice, d’un mensonge ou d’une injustice. Arme dangereuse et redoutable d’un double point de vue, la satire peut meurtrir voire susciter le mépris à l’égard de la personne visée comme elle peut aussi porter préjudice à son auteur.

La caricature est une description comique qui par le choix de détails accentue et révèle les aspects ridicules et déplaisants d’une personne.

Du grec parodia (imitation bouffonne d’un chant poétique), la parodie est devenue actuellement la grande source du rire. Elle utilise le cadre, les personnages, les expressions et le fonctionnement d’une œuvre pour s’en moquer. Elle se base entre autre sur l’inversion et l’exagération des caractéristiques appartenant au sujet parodié.

Enfin, la blague frappe par ses ambiguïtés et désigne tantôt une « parole trompeuse », tantôt une « parole plaisante ». Selon Daniel Sibony « la blague jouit de ses déformations pour doubler la censure, la mimer, parfois même la mettre en place ». En outre, la blague est un phénomène réducteur, dont le régime temporel est l’instant : la blague n’a pas de passé, pas de lendemain...

LA DERISION

Venant du latin dérisio, la dérision renvoie à une pratique négative et critique. Elle n’est pas une plaisanterie inoffensive, ni l’humour qui habille délicatement la fausse modestie. Elle vise une cible qu’elle cherche à toucher et ce but est atteint lorsqu’elle blesse, rabaisse, humilie... La dérision caractérise un refus de soumission qui s’exprime de manière politiquement correcte. Participant d’une dynamique socio-émotionnelle de violence qui exerce des effets variables sur les échanges, la dérision porte une dimension de contestation, de remise en cause de l’ordre établi, ou avec les normes sociales largement acceptés dans une société, notamment les rapports de pouvoir. La dérision exprime alternativement, voire simultanément, le comique et le tragique.

Ainsi sous ses différents aspects contestataires, notamment politiques, la dérision incarne l’esprit qui refuse de se soumettre et tente de se penser dans le cours de l’Histoire, le révèle à lui-même et le transfigure. Par sa fonction cathartique, et comme violence politiquement correcte, elle assure le bon équilibre d’un système social. Plus, la dérision est une force qui plie mais ne rompt pas, même sous l’action des pires systèmes répressifs. Utilisée comme arme de défense du peuple contre une société, « la dérision en toutes choses est l’ultime défi au malheur », selon Sébastien Japrisot. Ainsi, la force de contestation que détient la dérision tient notamment à l’ambiguïté de ses effets. Les liens entre dérision et pouvoirs relèvent souvent d’une dialectique entre contestation et régulation.

D’un point de vue artistique, la dérision peut être utile à la création, en brisant des codes pour en implanter de nouveaux. Par exemple, fondateurs du théâtre de dérision, de nature contestataire et novatrice, Beckett, Ionesco, Adamov... partagent une même thématique tragi-comique. Globalement perçue, la vie est souffrance et absence de transcendance, et fait donc figure de tragédie. Perçue dans le détail, elle prend des allures de comédie, l’homme étant réduit au rôle de bouffon.

Enfin, le recours à la dérision suscite toujours des interrogations conflictuelles sur ce dont il est permis ou pas de se moquer et sur la part de violence qu’elle exprime.

AUTODERISION

L’autodérision est une aptitude à reconnaître ses défauts en s’en moquant soi-même et en en faisant rire autrui. Elle aurait un statut particulier qui l’amène à faire partie de l’humour puisqu’elle est d’une part, celle qui amuse et qui facilite les rapports avec les autres, d’autre part, celle qui réconforte devant l’adversité. L’autodérision signifie en effet rire de soi et être la cible de son propre rire ; et de ce fait comporte en même temps, reconnaissance lucide et jeu. Aussi plusieurs auteurs soulignent qu’être capable de rire de soi, est une forme raffinée d’humour.

Alors que l’exemple typique d’autodérision est l’humour juif , pourquoi ne pas aussi penser à celui du travail social, comme l’exprime une professionnelle : « pour mieux vivre sa vie de TS nous avons besoin d’une bonne dose d’autodérision ». Si l’autodérision est salutaire au travailleur social en le protégeant de « l’esprit de sérieux » et de sa pesanteur qui alourdit toujours davantage la charge à porter, encore faut-il qu’elle ne se confonde pas, - sur la pente dangereuse qui le guette, confronté à ce qu’il croit être son impuissance -, en auto-dépréciation ou en apologie cynique du désespoir, transformant le pessimisme salutaire de la raison en abdication de la volonté.

Auto-dépréciation et cynisme, réactions défensives devant la résistance du réel, nous renvoient à la haine de soi et de la vie et nous reconduisent inévitablement au ressentiment et à l’esprit de sérieux qui toujours l’accompagne. Seul le talent d’écrivain, l’ironie philosophique mordante et le goût pour l’excès d’un Cioran peuvent dégager cette position dépressive de la violence qu’elle contient et la sublimer pour que De l’inconvénient d’être né et de la promenade Sur les cimes du désespoir surgissent les possibilités du rire libérateur et de la consolation qu’il provoque.

« Notre besoin de consolation est impossible à rassasier » écrivait Stig Dagerman . C’est bien de la reconnaissance mutuelle de ce besoin qui nous lie et de l’affirmation joyeuse de notre impossibilité dernière à le dépasser que naît l’humour, le rire partagé ou le sourire de connivence qu’il provoque, de même que la détente qu’il permet, suspendant l’espace d’un instant l’angoisse et laissant s’esquisser une autre possibilité de liens devant l’adversité commune. Il arrive ainsi qu’au beau milieu d’une situation sans solution, travailleurs sociaux et usagers prennent « le parti d’en rire ». Un rien qui bouge alors et tout peut être changé.

HUMOUR

En effet, lors de toute relation humaine, le rire, le comique, l’humour sont la plupart du temps présents, subordonnés à la complexité, à la spontanéité et à la forme de surprise... Humour. Le mot est lancé et au-delà de sa réputation, terminons par quelques éléments de réflexions sur lui.

Certes, il n’est pas possible de pouvoir « donner à l’humour une définition satisfaisante », comme le disait Escarpit [17]. L’histoire du terme est emmêlée [18], ces définitions sont différentes selon les pays [19], les époques, et ses approches sont multiples (philosophique, littéraire, psychologique, sociologique...). Cependant, bien que phénomène complexe, de nombreux écrits en évoquent des traits constants : langage et moyen d’expression, forme de liberté de pensée, posture intellectuelle, voire philosophique, phénomène ludique et convivial, créateur de liens... La valeur de l’humour serait multidimensionnelle et ses divers bénéfices seraient physiques, psychologiques, sociaux et cognitifs.

Mode de pensée et état d’esprit qui peut devenir un mode de vie, double processus - à la fois cognitif et affectif - dans l’interaction des partenaires, arme défensive et offensive ayant une fonction personnelle et sociale, l’humour émane d’une subjectivité qui requiert la connivence entre partenaires. Résumons-en quelques caractéristiques qui montrent sa place et son rôle possible dans l’action sociale :

- l’humour est une attitude existentielle qui implique de savoir rire de soi-même. D’une part, il apporte un nouvel aspect à la perception habituelle ; d’autre part, il joue un rôle essentiel dans l’équilibre de la personne, et libère les tensions ;
- l’humour est un moyen de défense face aux situations qui provoquent des sentiments d’angoisse. Selon Freud « l’humour, lui peut être conçu comme la plus haute de ses réalisations de défense [20]. » Il est alors une prise de distance par rapport à une réalité. L’humour rend la tragédie de la vie plus vivable ;
- l’humour influence les rapports entre humains. Il a un aspect de correcteur social. L’humour serait en quelque sorte un outil thérapeutique qui permet d’échapper à la violence que chacun a en lui. De plus, il est un facteur d’altérité et de la sociabilité ;
- l’humour signifie une intelligence sociale. D’une part, il fait appel à la pensée et à l’intelligence, d’autre part, il est porteur de messages ;
- enfin, selon Wittgenstein [21], l’humour est une « Weltanschauung », une manière de voir le monde.

Dans l’action sociale, ne peut-on penser l’humour à la croisée de plusieurs chemins : humour et art de l’esprit, humour et lucidité, humour et réalisme, humour et souci d’aide, humour et vision du monde ?

Post-Scriptum

Cet article a été publié dans la revue VIE SOCIALE - N°2/2010










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VIE SOCIALE N°2/2010
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Notes

[1] Les effets physiologiques du rire - Manifestation physique du visage, expression faciale comportant un aspect visuel et sonore - ne seront pas mentionnés ici car ce n’est pas l’objet de cette réflexion.

[2] Eric SMADJA, Le rire, Paris, PUF, Que sais-je, 1993.

[3] Nietzsche, Par delà le bien et le mal,

[4] Emmanuel KANT, Critique de la faculté de juger

[5] BERGSON Le Rire : essai sur la signification du comique

[6] Sigmund FREUD, Le mot d’esprit et sa relation à l’inconscient, Paris, Gallimard, 2001

[7] Jean FOURASTIÉ, Le rire, suite..., Paris, Denoël/Gonthier, 1983.

[8] Daniel SIBONY, Les sens du rire et de l’humour, Parais, O. Jacob, 2010.

[9] Olivier MONGIN, De quoi rions nous ? Paris, Plon, 2006.

[10] Macha NERY, Le Monde, 2 janvier 2009.

[11] Op.cit.

[12] Georges ELGOZY, De l’humour, Paris, Denoël, 1979, p. 14.

[13] Daniel SIBONY, op.cit.

[14] Vladimir JANKÉLÉVITCH, L’ironie, Paris, Flammarion, 1964

[15] Cf. Georges ELGOZY, op. cit.

[16] Op. cit.

[17] Robert ESCARPIT, L’Humour, Paris, PUF, Que sais-je ?, n°877, 1987, p. 6.

[18] André Breton cite cette remarque de Valéry, dans la préface de L’anthologie de l’humour noir : « Le discours sur l’humour est problématique parce qu’il est contradictoire, mal délimité et propice aux paradoxes. Le mot humour est intraduisible. S’il ne l’était pas, les Français ne l’emploieraient pas. Mais ils l’emploient précisément à cause de l’indé-terminé qu’ils y mettent, et qui en fait un mot très convenable à la dispute des goûts et des couleurs. Chaque proposition qui le contient en modifie le sens. »

[19] Humour dérive du français « humeur » (Il en est au départ l’exact équivalent) et provient de la traduction anglaise. Peu à peu le sens de ce mot s’est détaché d’une considération simplement physiologique pour aller vers un état de l’être, et connaître enfin la définition qu’il endosse désormais. Puis l’emploi du mot va s’étendre à d’autres usages.

[20] Sigmund FREUD, Le mot d’esprit et sa relation à l’inconscient, Paris, Gallimard, 1988, 119 p.

[21] Ludwig WITTGENSTEIN, Remarques mêlées, Paris, Flammarion, 2002.




1 Message

  • « Tout sérieux est coupable ! » 18 janvier 2013 22:13, par JP

    Juste pour mentionner, à la suite de ce bel article, le très beau chapitre consacré à l’humour par André Comte-Sponville dans son célèbre « Petit traité des grandes vertus » et qui commence par cette phrase : « Tout sérieux est coupable ! »

    Oui, l’humour est une vertu ! Et par les temps qui courent... dont nous avons tous grand besoin !

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