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jeudi 14 décembre 2006
La passion d’éduquer
par Jean LAVOUÉ


C’est dans un contexte incertain que les organisations sociales et médico-sociales, profondément réorientées par la loi du 2 janvier 2002 et par la mise en oeuvre de l’ensemble des outils qu’elle prévoit, abordent désormais la phase de leur évaluation interne puis externe. A la suite de son projet associatif, la Sauvegarde 56 a mis en place en septembre 2006 une démarche d’amélioration continue de la qualité centrée sur l’évaluation. Toutefois, comme toutes les autres organisations sociales, au-delà de ces principes d’action qui accompagneront de plus en plus le développement des compétences et des pratiques professionnelles, elle se trouve fortement interrogée par des éléments d’actualité, législatifs, politiques ou contextuels, ne permettant pas de saisir avec assurance ce que seront les contours et les orientations du travail social à court et moyen terme. L’incertitude prédomine à la veille d’échéances électorales dont on sait qu’elles seront déterminantes pour la conduite du changement dans notre pays.


Des valeurs fondatrices interrogées

Quelques exemples illustrant ces interrogations donneront une idée de l’actualité de notre association : l’une de ces incertitudes touche à l’avenir de l’action sociale et concerne son pilotage à l’échelon local dans un contexte d’incohérence de certains textes législatifs en préparation : l’un, la réforme de la protection de l’enfance, renforce le rôle de coordination des présidents de conseils généraux, quand l’autre, la loi de prévention de la délinquance, instaure un rôle accru des maires dans ce domaine. Reste finalement posée pour l’Etat la question du bon niveau de décentralisation en matière d’action sociale, tandis que les professionnels s’inquiètent, eux, dans ces débats touchant aux compétences territoriales de savoir si leurs missions, leurs déontologies et leurs modes d’intervention resteront reconnus. Si la réforme de protection de l’enfance leur apporte certaines garanties en la matière, basée sur une large consultation qui a mis en lumière les enjeux de la prévention, de la coordination des signalements et de la diversification des prises en charge, c’est tout le contraire en ce qui concerne la loi de prévention de la délinquance qui, elle, met l’accent sur la sanction plutôt que sur l’éducation, accentuant les contrôles et faisant obligation aux travailleurs sociaux de désigner aux pouvoirs publics les jeunes et leurs familles : bref ! une remise en cause radicale des principes ayant guidé le développement de la professionnalité depuis un demi siècle dans ce domaine.

Malgré un nombre considérable de protestations, émanant des champs de la psychiatrie, du travail social, de la justice, de l’éducation, de certains maires eux-mêmes, les travailleurs sociaux voient ainsi se profiler une transformation radicale de la finalité de leur action sans que l’on ait, à leurs yeux, pris soin de comprendre et d’entendre les valeurs qui la fondaient : ainsi de la dimension institutionnelle qui fait qu’un travailleur social est avant tout au service d’un projet et que c’est ce projet qui donne sens à son action, la qualifie, et que c’est au regard de ce projet que l’on pourra l’évaluer. Mais quel sera demain le projet qui organisera en France les politiques d’éducation et de prévention ? Les leviers comportementalistes sur lesquels les travailleurs sociaux devront agir n’auront-ils pas leur propre contre-productivité, ne contribueront-ils pas à fabriquer de nouvelles formes de délinquance, tandis que l’on aura abandonné pour longtemps le pari de la transformation globale et durable d’un jeune, d’une famille, d’un quartier, fondée avant tout sur une dynamique de relation et de confiance, un patient travail de remaillage au quotidien ?

Des choix budgétaires lourds de conséquence

Ces questions, bien sûr, traversent notre association, d’autant plus qu’elles ont été précédées ou sont accompagnées de choix budgétaires qui, en matière de protection judiciaire, par exemple, privilégient depuis plusieurs années la réponse pénale et l’enfermement. Cette logique, non seulement s’accentue, mais en vient même à réduire dans les budgets 2006 et 2007 les sommes dédiées aux jeunes majeurs ainsi qu’aux mineurs en danger. Les prix de journée pour les jeunes majeurs sont diminués, le nombre de jeunes susceptibles d’être accueillis est contenu, tandis que d’un autre côté la pression en termes de missions liées à l’urgence s’accroît sur les associations sans qu’aucuns moyens nouveaux ne soient dégagés. Le rapport de coût est de l’ordre de 1 à 4 entre les foyers accueillant les jeunes en danger ou délinquants et les centres fermés. C’est pourtant cette seconde voie de l’enfermement qui a été privilégiée sans que l’on ait imaginé du tout la possibilité de consolider les structures d’accueil existantes et d’en diversifier, le cas échéant, les missions. Par ailleurs, la question des heures de nuit et de la remise en cause du système d’équivalence vient encore un peu plus compliquer la donne en matière d’hébergement, que ce soit pour les foyers de jeunes ou d’adultes. En ce qui concerne la Sauvegarde 56, la fermeture du foyer de Kercado a permis, dans le cadre d’un protocole d’accord avec le département, la transformation et l’amélioration des modes de prise en charge et la consolidation des autres foyers d’accueil, dans l’esprit de la réforme proposée par Philippe Bas. Mais quid globalement demain de la fonction d’hébergement dans nos associations ?

En ce qui concerne l’action sociale auprès des adultes, les interrogations là non plus ne manquent pas. Dans le champ de l’insertion, au-delà de la fragilité structurelle des entreprises d’insertion par l’économique, filiales de la Sauvegarde, c’est le caractère trop aléatoire des financements liés à l’insertion qui interroge la pérennité d’une structure comme celle des Réseaux d’Accueil. L’association doit poursuivre sont travail de transformation afin de rester engagée dans ce domaine essentiel de l’action sociale, tout en vérifiant sa capacité à assurer les grands équilibres financiers qui lui ont fait défaut jusqu’alors. Des interrogations de même nature commencent à se faire jour dans le domaine de l’accompagnement social lié au logement. Les politiques d’immigration, pour leur part, n’infléchiront-elles pas à terme les choix qui ont prévalu lors de la création des centres d’accueil des demandeurs d’asile ?

Privilégier la dynamique de confiance et le projet

Ainsi, plusieurs logiques s’entrecroisent-elles aujourd’hui pour rendre plus difficile le pilotage d’organisations d’action sociale comme la Sauvegarde 56 : des logiques de structuration, comme la loi du 2 janvier 2006 centrant les dispositifs d’intervention sur l’accueil de l’usager, l’évaluation et le développement de la qualité, ou encore comme la réforme de la protection de l’enfance ; des logiques de remise en cause des valeurs fondatrices de la professionnalité et du secteur comme le primat du répressif sur l’éducatif dans le cadre de la loi de prévention de la délinquance ; des logiques enfin purement économiques et gestionnaires comme la LOLF (Loi organique relative aux lois de finances du 1er août 2001) interrogeant avant tout la pertinence et le bon usage de la dépense publique, mais se traduisant d’abord, à vrai dire, par une fragilisation sans précédent des associations d’action sociale dont on ne manque pas de rappeler le simple statut de prestataires de service convoqués dans un marché toujours plus concurrentiel. N’est-ce pas cette rupture de confiance entre les politiques associatives sur lesquelles ont reposé en France, depuis longtemps, l’essentiel de la réponse sociale et les pouvoirs publics qu’il faut aujourd’hui à tout prix éviter ? Un enjeu politique majeur !








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