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jeudi 6 juillet 2000
La politique de la Ville : habiter ou participer ?
par Geneviève ZOIA


La participation des habitants s’est constituée depuis vingt ans comme point nodal de la politique de la Ville et est en même temps son talon d’Achille. Cette participation, martelée aujourd’hui encore dans les discours, se manifeste cependant sous une forme négative, produisant d’ailleurs une forme de conscience malheureuse chez les professionnels (Il serait souhaitable qu’il y ait une véritable participation des habitants mais on n’arrive pas à la mettre en place) et de la frustration ou de la colère chez les habitants et chez les jeunes en particulier.


Examiner le fonctionnement de cette rhétorique de la participation permet de proposer quelques hypothèses relatives à ce qui ne peut plus être considéré comme un simple dysfonctionnement mais renvoie à un impensé de la politique de la Ville depuis ses origines. Ainsi, en même temps qu’elle en appelle à de la participation, l’action publique sur les quartiers produit des représentations des habitants. Au-delà de l’habitant de service , celui qui va agir comme représentant dans toutes les instances - et qui n’est pas propre aux quartiers -, nous avons relevé trois grandes figures de l’habitant des quartiers à partir notamment de la situation toulousaine que nous observons depuis une dizaine d’années.

L’habitant professionnel

Le premier habitant que le chercheur rencontre sur un quartier n’habite en général celui-ci que le jour. Il est parfois ex-habitant , porteur d’une histoire et du projet d’un quartier renvoyant fréquemment à la militance des années 70 ; il est aujourd’hui fréquemment un professionnel de l’action sociale ou un militant. Qui n’a vu un jour ou l’autre un grand pique-nique des habitants dans lequel la majeure partie des participants n’habitait pas sur le quartier mais en avait fait le lieu privilégié de son exercice professionnel ou de son engagement ? Il s’opère ainsi en permanence un glissement entre les représentants des habitants et ces professionnels (fonctionnaires ou associatifs) qui parlent au nom de. Il est bien difficile de ne pas voir là une confusion du point de vue de la place des acteurs publics ou para-publics. La nature même de l’action des associations est questionnée au premier chef par cette dialectique représentant/professionnel et le fait que les associations agissent le plus souvent sur mission publique, ne les empêche souvent pas de se définir comme émanation. L’intérêt évident de cet habitant professionnel est d’être conforme à ce que les institutions attendent d’un acteur : compétent, organisé, porteur de projet, peu suspect de dérive affective il est avant tout fiable.

L’habitant impossible, décalé, non conforme au projet

Il existe toujours, quels que soient les villes et les quartiers, des habitants plus ou moins organisés, engagés et porteurs de projets. Pourtant, alors même que l’appel à la participation est constant, celle-ci est dans le même temps discréditée par les qualificatifs appliqués aux populations concernées : les jeunes sont considérés comme mous, démotivés d’un côté et comme violents ou potentiellement violents de l’autre ; les familles comme défaillantes (elles ne prennent pas le relais des demandes scolaires) et simultanément comme enfermantes (les pères font porter le voile à leurs filles) ; les groupements ou associations porteurs d’un risque de communautarisme et comme manquant de culture de projet. L’habitant est toujours trop ou pas assez, et en tout cas non conforme à ce qu’on voudrait qu’il soit. Même son engagement n’est jamais le bon.

L’habitant de circonstance

À la suite des événements de décembre à Toulouse, et donc dans une situation de crise, nombreux sont ceux qui, faisant le constat d’une vie associative peu représentative de la population du quartier, se tournent en catastrophe vers des groupes qui se structurent en réaction à la mort d’Habib et aux émeutes qui ont suivi. C’est ainsi que l’association 9 bis (dénommée ainsi dans une référence territoriale à l’adresse de ses membres) va acquérir une notoriété nationale — médias accourus à Toulouse et cherchant des vrais jeunes organisés — et locale en étant reçue par quelques-uns des plus hauts responsables de l’action publique toulousaine, avant de finir dans une sombre histoire de hold-up à répétition et de course poursuite avec la gendarmerie à plusieurs centaines de kilomètres de Toulouse, ce qui lui vaudra l’appellation aujourd’hui largement reprise d’ association de malfaiteurs. L’impasse une fois encore, de construire sous cette forme un mode effectif de représentation risque de confirmer un habitant impossible et de se rabattre plus que jamais sur la figure de l’habitant/professionnel. La politique de la Ville articulait dans son projet partenariat et territoire autour de la participation des habitants. Si ce dernier axe n’est qu’un leurre, n’y a-t-il pas risque de produire une action publique face aux voire même contre les territoires ?

Post-Scriptum

Texte paru dans Lien Social le 6 juillet 2000 - N°538








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