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LE SOCIOGRAPHE - Recherches en travail social - Revue publiée par l'Institut Régional du Travail Social du Languedoc-Roussillon








samedi 20 novembre 2004
La vraie réforme de l’école se joue dès la Maternelle
par Arlette MUCCHIELLI


L’idée ô combien récurrente de réforme du système scolaire fait de nouveau couler beaucoup d’encre. Le Collège est la cible principalement visée, comme s’il était le lieu où s’enracinent tous les dysfonctionnements, alors qu’il n’est que la scène où s’expriment les symptômes (échecs scolaires, inégalités massives, violence des élèves et déprime des enseignants) de problèmes construits bien en amont. L’erreur est de placer la loupe exclusivement là où il y a souffrance. Cette attitude provoque d’une part le piétinement, d’autre part le découragement. Les traitements symptomatiques ne produisent le plus souvent que l’effet des cataplasmes sur les jambes de bois.


Pour changer un système qui ne se porte pas bien, interrogeons-nous d’abord sur l’origine des errances, des ratés. Les professeurs des collèges se plaignent du fait que beaucoup trop d’élèves qui arrivent en 6ème lisent encore très mal. Regardons tranquillement le point de départ. Comment les enfants sont-ils préparés à la lecture ? Notre démonstration va s’attarder sur les premiers pas scolaires, donc sur l’école maternelle, non pour l’attaquer, mais pour examiner comment l’améliorer.

Aujourd’hui en France tous les enfants de 3 ans (voire dès 2 ans et demi) entrent à l’école. Chacun y arrive déjà porteur d’un passé et d’une empreinte familiale, mais tous devront accomplir un long trajet, semé d’embûches pour certains, avant de savoir lire. Remarquons au passage que l’apprentissage de la lecture reste pour tous l’objectif quasiment unique. Le savoir vivre ensemble et ensuite travailler ensemble constitue pourtant à nos yeux un second objectif également prioritaire. Quoi qu’il en soit entrer à l’école ne va pas de soi et bien des larmes y seront versées, au moins les premiers jours. Quitter la maison, premier lieu de vie, ne plus être protégé par la maman (ou la pseudo-maman qu’est l’assistante maternelle), partager l’adulte, dont on dépend, avec tout un groupe, se trouver confronté à des lois, un règlement..., tout cela surprend et même en bouleverse plus d’un. L’école est d’abord vécue comme un lieu où sévit la compétition. Accéder à la coopération prendra beaucoup de temps et n’ira jamais de soi, répétons-le. Tout ou presque a été dit sur ce petit être bouillonnant, ce creuset de vie porteur de virtualités multiples, où tout se déverse, s’amalgame et se heurte. Y mettre de l’organisation et des priorités, depuis sa création il y a un siècle, l’école maternelle s’y attelle. Inutile de reprendre là les développements connus sur nature et culture.

Observons d’abord que l’école dispose d’environ 5 ans (jusqu’au CE1) pour apprendre aux enfants à lire, écrire, compter et travailler ensemble. C’est peu et c’est beaucoup à condition de bien lister les actions prioritaires. Sachant qu’il s’agit bien des principales missions, nous proclamons que toute réforme digne de ce nom a pour tâche d’y conduire tous les enfants d’une même classe d’âge, sans exception ou à quelques exceptions près de grand et rare handicap. Faute de quoi nous continuerons à introduire d’emblée la plus grande des injustices à l’école.

Nous savons que, dès le milieu de la première année de sa vie, l’enfant entre dans l’âge sensible des apprentissages multiples et, mieux encore, dans ce que la psychologie depuis Wallon appelle l’apprendre à apprendre. L’être humain naît avec des potentialités multiples et spécifiques à son espèce. Selon les conditions de vie offertes, certains pousseront rabougris, voire tordus, d’autres s’épanouiront. L’école ne peut pas supprimer les inégalités naturelles mais, connaissant les conditions les meilleures du bon développement, elle doit les respecter pour l’ensemble des enfants, y compris et d’abord pour les défavorisés.

Sans reprendre l’énumération des besoins vitaux bien connus de nos jours, pointons en tout premier la nécessité de maintenir intacte la curiosité spontanée de tout enfant. Découvrir le monde sans crainte, continuer à vouloir le connaître avec plaisir, représente à nos yeux la première responsabilité de l’école maternelle, entretenir en éveil l’esprit de chaque enfant, cultiver le sens de l’observation, améliorer les performances de son attention et de sa mémoire, installer en lui la posture d’écoute tout en évitant toutes les sources d’instabilité et de dévalorisation... voilà bien le premier objectif. Celui-ci ne se conçoit d’ailleurs que dans le développement d’une autre grande posture, celle du respect de l’autre.

Pas de stress, ou le moins possible, pas de tension inutile. Respectons l’enfant qui vit cette période aussi sensible que fragile car tout retentit sur cette délicate croissance, aussi bien positivement que négativement. Plaçons-le non dans une bulle protectrice mais dans un climat de coopération et d’écoulement tranquille du temps, et avec toutes les armes pédagogiques maintenant connues. Tout se met en place, accompagnons sereinement, sans culpabiliser, la mise en oeuvre et en forme de la construction humaine, en la civilisant lentement.

Deux acquisitions constituent l’essentiel du travail en Maternelle. Elles entrent dans la nécessaire réforme préconisée. Il s’agit des deux conditions sine qua non de l’apprentissage de la lecture-écriture-calcul : outre le savoir voir et entendre, il s’agit du savoir parler et de la mise à disposition pour chacun d’une psycho-motricité sans problème. Précisons ce point. Le corps représente indéniablement le point de départ de tous les apprentissages. Dès la naissance, oreille et bouche constituent les premières sources de renseignements sur le réel. Les yeux, les bras puis les jambes l’aideront ensuite à conquérir son espace. De la première représentation de son corps unifié, circulant avec aisance, à son rythme mais aussi à l’unisson avec son petit groupe, il accèdera progressivement à une représentation mentale, maillon fondamental du passage du concret à l’abstrait.

Sans doute, de nos jours, la sensori-motricité est-elle bien assurée à l’école maternelle. Toutefois l’usage de méthodes neuro-psycho-motrices plus complètes permettrait, en douceur et en chantant, d’aider les enfants moins en avance que la moyenne, à stabiliser leur équilibre et leur latéralité, à renforcer la coordination des mouvements, la musculature s’il le faut, à unifier et valoriser cette image de soi tellement indispensable ensuite, tout au long de la scolarité et de la vie adulte, à parfaire l’orientation dans l’espace de déambulation propre à chacun, tout autant que l’orientation dans son temps. Ces méthodes existent et, loin d’ennuyer les enfants à l’aise, elles les enrichissent un peu plus. Nous avons présenté la méthode OUROS que nous avons beaucoup utilisée et que nous enseignons maintenant, dans nos deux derniers livres. [1]

Examinons maintenant le langage, deuxième volet indispensable à cette éducation-prévention préparant tous les enfants aux savoirs fondamentaux. Comment l’école peut-elle accepter, sans se mettre un bandeau sur les yeux, de faire passer au CP des enfants ne sachant pas correctement parler ? Déjà les retards d’articulation pourraient très facilement être effacés par les techniques ad hoc. Pour les vrais retards, pourquoi attendre leur installation définitive pour réagir ? Un enfant de 3 ans pris chaque jour seul à seul pendant trois minutes par un enseignant compétent (ou par un rééducateur, ou encore par un spécialiste du langage) aura récupéré un niveau langagier suffisant au CP pour y aborder la lecture. Il restera d’ailleurs encore deux ans pour achever le travail.

Voilà l’objectif de la réforme visée, vrai défi pour le XXIe siècle : apprendre à tous à lire, écrire et compter en fin de CE1. Pour cela bien entendu donnons-nous les moyens d’accomplir cette réforme en organisant une préparation réelle et pointue des enseignants de maternelle, de CP et de CE1. Mis à part les cas très graves (mais ils sont heureusement rarissimes), l’école non seulement doit accueillir tous les enfants, mais elle peut, si elle veut bien s’en donner les moyens, faire acquérir à tous, les apprentissages de base. Ces exigences supposent acquises chez les enseignants de ce premier cycle, la connaissance parfaite du développement de l’enfant et ce dans tous les domaines, neurologique, sensoriel, moteur, langagier, affectif, cognitif ainsi qu’une formation pédagogique réelle à propos des capacités d’acquisition des enfants. La pédagogie devrait d’ailleurs rester l’enseignement majeur pour tous les enseignants quel que soit le niveau de leur enseignement. Nous préconisons simplement que la formation des enseignants de classes maternelles, CP et CE1 soit non seulement spécifique comme on l’a compris mais complète et parfaitement ciblée sur les objectifs attribués. Alors, mais alors seulement, il pourra être demandé aux autres enseignants de transmettre les connaissances, première mission de l’école. La réforme proposée ici nécessite donc de repenser en profondeur la formation des enseignants.










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Notes

[1] A. Mucchielli, Prévention et Traitement des troubles scolaires de l’apprentissage, Paris, L’Harmattan, 2001, et Prévention de la dyslexie à l’école, Paris, L’Harmattan, 2004.




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