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dimanche 9 mars 2003
Le travail social, chercheur d’homme
par Charles SÉGALEN


« L’humain est à la rencontre de sujets qui ne préexistent pas à ce qu’ils ont à se dire. » - Philippe Meirieu.


Dans le jargon d’Auschwitz, on appelait « musulman » le détenu arrivé à un tel état de dénuement que sa volonté en était complètement annulée. Personne ne semblait avoir pitié de lui, ni les bourreaux, ni les autres prisonniers. Les uns comme les autres lui reprochaient sa perte de dignité. « Telle est l’aporie propre à Auschwitz : un lieu où il est indécent de rester décent, où ceux qui ont cru conserver leur dignité et leur respect de soi n’éprouvent que honte devant ceux qui les ont sur-le-champ perdus », nous dit Giorgio Agamben [1]. C’est par cette perte de dignité que le « musulman » sort de l’humanité. « Avant même d’être le camp de la mort, Auschwitz est le théâtre d’une expérimentation toujours impensée, dans laquelle, au-delà de la vie et de la mort, le juif se transforme en musulman, l’homme en non-homme ». Le « musulman » reste une figure gênante, honteuse et fondamentalement impensée. Sauf pour Primo Levi qui le place au centre de son témoignage [2]. S’il témoigne, ce n’est pas pour lui-même, qui n’a rien à dire, mais à la place de celui qui ne peut pas le faire, notamment pour le « musulman », le non-homme, celui qui, mort ou vivant, n’est jamais revenu. Après Primo Levi, dire ce qui s’est passé vraiment dans les camps revient à écouter celui qui, habité par la peur et l’horreur, a perdu la parole. C’est sa réinscription dans le langage qui sauve cet impensé de l’indicible et rend pensable Auschwitz. C’est à chaque fois une épreuve, mais il y n’y a pas le choix, poursuit Giorgio Agamben, si l’on veut comprendre comment l’homme, survivant au non-homme, ne cesse de survivre à lui-même.

Dans la philosophie d’Agamben, exercice de création entre poétique et politique, ce témoignage débouche sur une éthique du sujet, lequel se manifeste au moment de la décision de prendre ou non la parole, de devenir homme ou non. « Si celui dont l’humanité fut détruite est le seul à vraiment témoigner de l’humain, alors cela veut dire qu’il pas possible de détruire intégralement l’humain, que toujours reste quelque chose ». On ne peut séparer l’homme du non-homme, l’homme est ce qui résiste à sa destruction infinie. L’homme c’est ce qui reste de l’homme. « Le témoin est ce reste ».

Cette présentation de l’ouvrage du philosophe italien est empruntée à Jean-Baptiste Marongiu dans Agamben, le chercheur d’homme [3]. Elle offre un éclairage au travail social aux prises avec ce phénomène dit d’exclusion, et tant il est urgent à son endroit de penser.

Rapprocher l’exclusion de la déportation, toutes proportions gardées, reste permis depuis le sort réservé à une catégorie de la population, objet d’un véritable racisme énonce plus loin Michel Autès et ayant en commun avec celle des camps la relégation dans des non-lieux de société où, aporie du système, « il est indécent de rester décent ». La perte d’humanité, ici, affecte les auteurs comme les victimes y compris celles qui, provisoirement, s’en sortent. Indignité qui génère sa part d’impensé - ce reste qui attend de lui survivre - convoquant pour sa réinscription dans le langage un témoin, le sujet. Sujet auto-nome, appelé alors à sacrifier à la pensée, « cette capacité de défaire les faits, de recréer le réel fabriqué » [4] pour mettre à jour ce que le vocable exclusion sert à ne pas dire, laisse en reste, en souffrance comme on le dit de l’objet quête de destination.

Le rapprochement entre exclusion et extermination ne cède à l’indécence que pour se dégager d’une prétendue décence s’attachant à y voir un phénomène conjoncturel et regrettable. Pure vision météorologique des choses et forme de négationnisme avant l’heure, sacrifiant au même culte de l’insignifiance, à la même passion de l’ignorance pour donner au final - autisme des gouvernants, a-t-on dit - dans l’hallucination à l’envers : on n’a rien vu, rien entendu dire. « Entre l’expérience concrète de la vie ordinaire sur notre planète et les récits publics conçus pour donner un sens à cette vie, le fossé, le gouffre, sont aujourd’hui bel et bien béants. C’est là-dedans que réside la désolation, bien davantage que dans les faits. N’est-ce pas pour cela qu’un tiers de la population française se montre prête à écouter M. Le Pen ? », écrivait John Berger en 1991 [5]. On ne doit en effet cette « gueule de bois » du premier tour des présidentielles qu’à un usage immodéré de « langue de bois » fait observer Michel Maffelosi [6], laquelle n’est employable, convient-il d’ajouter, que permise, à entendre notamment ce que le second tour, fustigeant le discours sécuritaire mais le reproduisant en déplaçant simplement la figure du Mal, aura servi comme tournée générale de ce cru.

Cette approche de l’exclusion fait écho aux réflexions de Michel Autès sur la marchandisation du travail social, laquelle entend substituer à la dette envers les plus démunis - « coeur de l’Etat social » - une logique de services rendus à des individus plus ou moins méritants. Ceux restés dignes. L’enjeu de cette marchandisation, « la vente du social par appartements », « l’urgence comme horizon », est de « civiliser les barbares », de gérer autrement dit « la société des subjectivités différenciées qui se substitue à la société de ceux qui ont quelque chose en commun. C’est pourquoi, comme on ne le dit jamais, l’exclusion a avec le racisme un lien indéfectible » [7].

« Il y a eu le nazisme, le stalinisme, maintenant il y a le néolibéralisme », disait déjà Geneviève Anthonioz-de Gaulle, présidente d’ATD quart monde.

Un libéralisme triomphant ?

Ce libéralisme dont il est question n’est jamais que la tentative de validation, récurrente dans l’histoire, de l’individualisme ; une recherche de caution sociale à la prédisposition de l’homme à disposer de l’homme. L’inclination à disposer d’autrui, comme d’une catégorie d’individus à disposer d’une autre, s’inscrit dans la nature sauvage et prédatrice, pulsionnelle, de l’animal humain. C’est l’envers de la civilisation. Deux cent ans de conquêtes civiques pour les droits de l’homme, de la femme, de l’enfant - contre l’individualisme, nous enseignent que la civilisation ne va jamais de soi. Elle s’impose, au travers la problématisation et la conflictualisation des intérêts contraires, par le mouvement social, celui-ci appelé à trouver dans le temps des dimensions à la mesure de cette nature de l’homme quand, chassée pas à pas, la bride sur le cou, elle revient au galop.

Ce libéralisme n’est en définitive qu’une ab-sens de société. Il véhicule une idéologie de gagnants qui s’attache immanquablement à l’institutionnalisation par défaut d’une société de perdants, laquelle, adoptant le chacun pour soi de la loi du plus fort, ne fait que reproduire la règle du jeu établie : la lutte de tous contre tous. C’est le fondement de la violence, son habilitation même, l’autoroute de la délinquance, qu’elle se manifeste sur les places publiques ou boursières. L’insécurité est avant tout sociale et, plus encore, sociétale. Et tandis que le libéralisme individualise et isole, le fondamentalisme et le populisme offrent de rassembler ; foyers du mal qu’il conviendrait d’éradiquer, dans la plus grande confusion des causes et des conséquences.

Les « doxosophes » (Bourdieu), ces techniciens de l’opinion qui veillent à ce qu’elle ne cesse d’opiner, entendent faire passer l’exclusion pour un raté du système. Or il n’y a pas plus d’exclusion, avance Miguel Benasayag, que de pays en voie de développement. Le système n’est pas extensible. Il donne à croire que l’addition de richesses individuelles assure la richesse de tous, alors que son développement ne fait qu’accroître le fossé entre riches et pauvres et que se mondialise ce constat que « les riches n’ont plus besoin des pauvres ». L’Argentine, hier fleuron du libéralisme, se réveille la moitié de sa population en dessous du seuil de pauvreté. Il a suffit que le FMI privilégie l’effort de guerre américain en Afghanistan pour abandonner à son sort une économie argentine vacillante, considérée, aussi soudainement qu’opportunément, indigne de ses grâces. Ce n’est pas le hasard si ses faveurs se sont alors portées sur la Turquie, désormais premier créditeur du Fonds, pays aux piètres performances libérales mais qui occupe une position géostratégique indéniable dans la perspective d’une intervention militaire en Irak [8]. Quand nul n’ignore, notamment depuis le 11 septembre, que le terrorisme s’enracine dans le déséquilibre économique mondial, force est de constater que les richesses engrangées par le néolibéralisme lui serviront autant à se défendre de la violence qu’il génère qu’à élargir l’horizon de son développement. Le modèle social néolibéral s’auto-limite. Et ce, non seulement d’un point de vue géopolitique mais encore pratique : « Si l’on donne un Solex à tous les Chinois, la planète explose ! » ajoute tout simplement Miguel Benasayag.

La marchandisation du travail social

L’Organisation mondiale du commerce (OMC), par l’Accord général sur le commerce des services (AGCS) signé en 1995, a programmé une libéralisation progressive de tous les secteurs de services publics. Au plus tard le 31 mars 2003 chaque Etat membre de l’OMC devra présenter la liste de ses libéralisations. L’éducation et la santé, à haut risque politique, seraient provisoirement en suspens.

Le libéralisme et sa marchandisation à l’oeuvre dans le secteur social participent d’une politique d’individualisation des problématiques, d’une politique autrement dit de dépolitisation : on s’emploie à rendre chacun, seul, responsable de son bonheur comme de son malheur, ce dernier réservé à certains.

Elle s’accompagne d’un déficit de garants métasociaux (Touraine), d’espaces de socialisation, en un mot de collectif : le travail, l’Etat social, le politique, la démocratie même quand les conditions de vie des gens viennent à dépendre davantage d’actionnaires que d’électeurs ; un déficit autrement dit de raisons d’être ensemble auxquelles sont sensées se substituer des façons d’être ensemble, creuset des idéologies moralisatrices et sécuritaires.

La marchandisation du travail social avance sous couvert de vocables euphémisants : responsabilisation, contractualisation. La façon dont elle se profile dans la protection de l’enfance illustre cette logique de renoncement et de reniement de la dette envers les plus démunis que rien, pour l’heure - politiques ou institutions - n’arrête. L’Etat, en effet, sous prétexte de décentralisation et d’harmonisation - d’alignement par le bas (législation et coût) - du dispositif européen, entend abandonner ses prérogatives de garant de la protection de l’enfance. La compétence du juge pour enfants au civil, avancée de la France permettant de prendre des mesures d’assistance éducative en fonction des besoins, non des préoccupations électorales à court terme ou du coût, est jugée, pour des raisons autant idéologique que comptable, arbitraire et nuisible, sensée conduire à ce placement « qui met fin au projet familial, seule richesse des plus pauvres », lit-on dans le rapport Naves-Cathala [9].

« On a trop reproché à l’Etat de réguler par le haut, argue Pierre Naves, à l’usager désormais d’évaluer la validité du service rendu ». Et de demander aux parents s’ils sont satisfaits de la mesure d’assistance éducative judiciaire dont ils font l’objet - leitmotiv du rapport - question comprenant plus de réponse que de question. Résultat, en vertu du principe de l’offre et la demande - contrat oblige - on fait cette fabuleuse découverte : le danger est soluble dans le marché.

Les dernières statistiques de l’Observatoire de l’enfance en danger de Paris sont parlantes : 11 % de signalements au Procureur en plus, 9 % d’AEMO judiciaires en moins tandis que l’AEMO préventive, sensée profiter de l’opération, chute également de 8 % [10]. Ségolène Royal, alors ministre déléguée à la famille n’hésitera pas à préconiser « 50 % de placements en moins », ne manquant pas de préciser au passage le coût de l’assistance éducative : 30 milliards de francs aux seuls conseils généraux.

Bien que le rapport Naves-Cathala ait établi que « aucun des enfants accueillis provisoirement ou placés dont la mission a examiné la situation, n’a été séparé de son milieu familial du seul fait de la pauvreté de ses parents » (le facteur précarité, en effet, sans nier son importance, n’apparaît qu’en treizième position comme élément déterminant du placement) il s’ensuit, orchestrée par le gouvernement précédent, une campagne de dénigrement du dispositif - récupération démagogique d’organisations de publics en difficultés (ATD quart monde, Fil d’Ariane) à l’appui - largement relayée par une presse de gauche méconnaissant ou « gauchissant » la réalité [11]. L’abandon annoncé de la compétence du juge pour enfants au civil, substituant la notion de contrat à celle d’obligation, généreuse intention, n’en demeure pas moins, dans un contexte de développement des violences sociales et, partant, intra-familiales, le signe du désengagement, de la dé-mission de la collectivité envers les plus démunis, ici les enfants et ce, un comble, pour leur bien. En relevant la famille de son obligation d’éducation, c’est plus avant l’Etat qui se dédouane d’une obligation d’éducation, renonçant à garantir le respect d’une mission d’intérêt général, propre du service public. Précédent et logique qui permettront bientôt à un ministre de l’Education nationale de supprimer d’un seul coup l’obligation et l’échec scolaires.

Ce qui se découvre au travers cette involution de l’alignement du social sur le secteur marchand, en vertu du contrat, consacre l’avancée du néolibéralisme, lequel ne conçoit plus d’obligation que d’individu à individu, le « contrat social », encombrant et coûteux, considéré comme une nuisance pour le marché. « La force du néolibéralisme est qu’il est mis en application, au moins en Europe, par des gens qui s’appellent socialistes » (Bourdieu). On pourra bientôt ajouter « et travailleurs sociaux ». Ce n’est pas le hasard si le Medef entend dissoudre le social dans le marché et redonner cours à la charité [12]. « Quand le disciple est prêt, le maître arrive », résume en quelque sorte, à ce propos, Saül Karz [13].

Cet abandon attendu de la compétence du juge pour enfant au civil, plus agi que parlé, contre lequel on n’entend guère les magistrats s’élever, n’est pas étranger à l’encombrement de leur cabinet au pénal. Injustement attaqués sur leur manière parfois expéditive de traiter le civil, leur disponibilité réduite en raison de l’explosion de la délinquance des mineurs, sans moyens supplémentaires et sans les revendiquer, les juges pour enfants, sur ce point, se font ignorer voire entérinent leur reddition [14].

Cette marchandisation et ce bradage d’une dimension fondamentale du dispositif de protection de l’enfance sont proprement occultés par le débat sur l’ordonnance de 45 qui, pour légitime, réduit l’opinion à prendre parti pour ou contre des Centres Educatifs Renforcés ou fermés dont on sait parfaitement, pour avoir abandonné la formule depuis plus de 20 ans, qu’ils sont inopérants. La bonne conscience a aussi son marché.

Mettre l’usager au centre des pratiques

Au fur et à mesure que la politique déserte l’espace du politique pour confiner, à défaut « de portage politique de l’action sociale » (Chauvière), à faire l’assistante sociale du Marché - en gérer les nuisances - le social est appelé à occuper l’espace vacant ou laissé en friche du politique. C’est une « offre » mais encore, historiquement, une vocation ; héritage, non seulement du caritatif mais autant du mouvement social. Le travail social, utilisé pour partie à des fins de contrôle et de normalisation reste convoqué là où, précisément, s’épuisent les normes. Au coeur de ce renversement épistémologique social/politique, « entre poétique et politique », le travail social demeure pour l’autre part et autant qu’il se l’accorde, un travail de la société sur elle-même. Attendu. Témoin de ce mal en souffrance, en reste d’être parlé.

Le leitmotiv de la réforme de la loi de 75 « mettre l’usager au centre du dispositif », pour louable, révèle ici toute cette dimension aporétique où se loge l’impensable. L’Eglise du 19ième siècle, en charge des plus démunis, n’a eu de cesse de les mettre au sein de son dispositif. L’histoire (Révolution française, mouvement ouvrier, décolonisation) nous enseigne au contraire que c’est du dispositif des plus démunis qu’est advenu leur salut. Nombreuses sont aujourd’hui les organisations de publics en difficultés, locales, nationales ou internationales, ni plus ni moins embryonnaires, atomisées ou utopiques que ne le furent un temps les organisations syndicales, porteuses d’avenir sur d’autres bases que celles libérales et marchandes, qui cherchent à occuper l’espace public, à réinventer le politique. On notera que les organisations de publics en difficultés sont quasiment les seules ces derniers mois (DAL, Mouvement des sans-papiers) à occuper et ce, remarquablement, le terrain social.

Invités de ce séminaire, Malika Zediri (Association Pour l’Entraide l’Information et la Solidarité des chômeurs et travailleurs précaires) et Jean-baptiste Eyraud (Droit Au Logement), ont clairement exposé comment leur action, consistant à porter collectivement les aspirations des plus démunis, amenait immanquablement une réponse des pouvoirs publics visant à renvoyer chacun à son sort, individuellement, auprès d’un service social, aussi habilité qu’impuissant à le résoudre excepté - pouvoir considérable - en matière d’individualisation à nouveau des problématiques ; d’organisation autrement dit de la file d’attente donnant simplement le droit, arrivé au bout, d’emprunter la suivante. « Les meilleurs acteurs de la redistribution sont au bas de l’échelle », affirme Jean-Baptiste Eyraud. Il reste à « imaginer, avec les usagers, des solutions qui ne préexistent pas à leur rencontre » (Miguel Benasayag) [15].

« L’idée que seul l’esclave et non le maître est en situation de comprendre leur relation et donc de la transformer, est aussi vraie aujourd’hui qu’elle l’était du temps de Hegel », rappelle Alain Touraine [16]. Le sujet, qui pense et dit ce qui ne l’a encore été - ce témoin - « ne se conçoit et ne se construit que comme acteur de mouvements sociaux » [17].

Robert Castel distingue la pauvreté, phénomène résiduel dans toute société, de la désaffiliation, rupture de lien, non pas social - la version « pauvre » - mais sociétal. C’est lorsque les systèmes de régulation traditionnels s’épuisent, dit-il, le Royaume et l’Eglise sous l’Ancien régime, l’Etat social et la culture ouvrière aujourd’hui, que les inégalités qui de tous temps existent, d’états, se mutent en processus. « Les premières formes d’industrialisation, reposent sur un étrange paradoxe, car le coeur de la modernité que représente le procès de production est porté par des populations qui occupent une position socialement marginale ». Et d’avancer que « la précarité collective pour des hors-statut de toutes sortes, s’il existe une forme négative et obscure de la désaffiliation, ne constitue pas moins le sel de l’histoire » [18].

L’avenir du travail social et des publics qu’il a en charge dépend essentiellement de leur capacité à des-individualiser les problématiques, à remettre en scène et à l’oeuvre le collectif. A réinventer, autrement dit, le politique.

Il n’y a pas à attendre de politique sociale, c’est la politique sociale qui nous attend.

Si, tel le « musulman », « le pauvre c’est celui qui ne se nomme pas lui-même » (Autès), l’exclusion, telle la shoah, dans ce qu’elle recèle d’impensé, participe d’un événement humain. C’est là, dans ce qui reste de l’exclusion, aux limites de l’humain, que réside la dignité et qu’est attendu le travail social, chercheur d’homme.

Post-Scriptum

Cet article est également paru aux éditions CULTURES EN MOUVEMENT, janvier 2003, dans « Aux limites de l’Humain », ouvrage collectif sous la direction d’Armand Touati, suite au troisième Congrès européen « Sciences de l’Homme et Sociétés » qui s’est tenu à Paris en juin 2002, et synthèse du séminaire sur le travail social animé par C. Ségalen.










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Collectif des Associations Citoyennes
 

REPOLITISER L’ACTION SOCIALE.ORG
 

NON à la disparition des Associations
 

Notes

[1] Giorgio Agamben, Ce qui reste d’Auschwitz, Bibliothèque Rivages, 1999.

[2] Primo Levi, Si c’est un homme, Laffont, 1999.

[3] Jean-Baptiste Marongiu, Agamben, le chercheur d’homme, Libération, 1.4.1999.

[4] Giorgio Agamben, op. cit.

[5] John Berger, Regarder le malheur en face, Le Monde diplomatique, Décembre 1991.

[6] Michel Maffesoli, Le temps du mépris, CULTURES en mouvement, Juillet-Août 2002.

[7] Michel Autès, Le travail social ou les aventures de Tintin au Congo, CULTURES en mouvement, Novembre 2001.

[8]
- Babette Stern, L’échec du FMI, pompier pyromane pour des pays en difficultés, Le Monde, 14.8.02.
- Jorge Beinstein, Le pourquoi d’une économie de pénurie, Le Monde diplomatique, Septembre 2002.

[9] Pierre Naves et Bruno Cathala, Accueils provisoires et placements d’enfants et d’adolescents, juin 2000.

[10] ODAS, Observatoire de l’enfance en danger de Paris, statistiques 2000.

[11]
- Enfants placés d’autorité, la double peine des parents, Libération, 27.7.2000.
- Et si on aidait les parents ? , Télérama, 21.2.2001.
- Tout est cousu d’enfance, le Monde diplomatique, Janvier 2001.
- Familles pauvres, ces enfants qu’on arrache (titre de la une), Moralisme (éditorial), Les mineurs placés viennent en majorité de familles en situation de précarité ; Pour cause de famille désunie ; Nous, parents de mineurs placés (articles du dossier), Libération, 16.5.2001.

[12] Marie-Jo Maerel, Le Medef veut « intégrer le secteur social dans le marché concurrentiel », ASH, 5 juillet 2002.

[13] Saül Karz, Et si le Medef avait raison ?, ASH, 30août 2002 (titre provocateur et malheureux, de nature à faire oublier le propos, pertinent, selon lequel la profession, dans sa pratique et par avance, peut donner raison au Medef).

[14] « La double compétence [civile et pénale] du juge pour enfants est de plus en plus résiduelle en Europe. Je ne suis pas sûr que l’on pourra garder ça » (Hervé Hamon, président du Tribunal pour enfants de Paris aux journées de Pratiques Sociales, octobre 2001).

[15] Miguel Benasayag, Nous n’avons pas à organiser l’attente et la paix sociale, ASH, 19 juillet 2002.

[16] Alain Touraine, Comment sortir du libéralisme ? , Fayard, 1999.

[17] Alain Touraine, Critique de la modernité, Fayard, 1992.

[18] Robert Castel, L’exclusion, l’état des savoirs, La découverte, 1996.




2 Messages de forum

  • > Le travail social, chercheur d’homme 5 avril 2003 17:02, par Hugo THIERY

    voilà bien la preuve qu’il n’y a pas de contre-indication à écrire tout haut le dimanche matin, ce qu’on "ressent" tout bas durant la semaine(de 35h)en ayant "le nez dans le guidon" et l’urgence pour seul horizon...
    Merci donc à Charles, pour sa pensée engagée et les chemins qu’elle nous fait emprunter à des auteurs aussi riches que S.Kartz ; M. Benasayag ; M. Autès ; Bourdieu et d’autres.

    Il doit exister des modèles différents que celui que nous tend le marketting néo-social-libéral.
    Il va falloir être inventif !!!

    Répondre à ce message

  • > Le travail social, chercheur d’homme 24 mai 2003 21:57, par morgane

    avec toute mon attention( il en fallait ), j’ai apprécié votre texte pour son grand réalisme... votre article force la réflexion, et nous oblige à nous rappeler qu’en tant que travailleur social nous disposons de connaissances précieuses( vos sources en sont) qui doivent s’entretenir pour pouvoir agir. il s’agit aussi d’engagement, à une période où trop facilement le doute nous fige.
    vraiment bravo.

    Répondre à ce message

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