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vendredi 30 août 2002
Socialisation de l’enfant et accompagnement des parents :
Les travailleurs sociaux doivent développer de nouvelles compétences...
par Jean EPSTEIN


Jean Epstein, Psychosociologue, passionné et passionnant sur la question de la place des parents et du rôle éducatif qu’ils ont à assumer, défend aussi l’idée que les professionnels doivent s’engager à leurs côtés. Il s’agit de s’inscrire dans une démarche particulièrement innovante qui consiste à développer de nouvelles formes de partenariats associant les parents et les professionnels. Pour autant Jean Epstein n’en est pas moins inquiêt sur certaines évolutions des métiers autour de l’enfance. Il s’en explique...


S44 : Vous êtes inquiêt quant à l’évolution des métiers autour de l’enfance ?

Il y a le risque d’une inadaptation de plus en plus flagrante entre ce que les parents demandent en termes de besoins de garde et les propositions quelquefois trop rigides des professionnels. Le mot clé, qu’il faut toutefois utiliser avec modération c’est le mot flexibilité. Aujourd’hui les besoins en matière d’accueil sont de plus en plus flexibles. Il nous faut trouver de nouvelles réponses ou du moins changer notre façon de travailler. Il nous faut élaborer de nouveaux types d’équipements qui répondent à des besoins qui n’existaient pas forcément il y a 10 ou 15 ans. Prenons par exemple les relais assistantes maternelles. Ce sont des structures formidables parce qu’elles sont nouvelles, multiples. Il y a 800 relais actuellement en France, on en attend, au niveau de la CNAF, 1500 à l’aube de 2005. Ces structures peuvent théoriquement répondre à tout dès lors qu’elles savent analyser les besoins locaux et s’adapter à ces besoins. Ce sont des structures souples et réactives. Il y a un risque si on met en opposition cette forme de structure avec d’autres. Or c’est un plus.

La politique que l’on a à mener face à la multiplicité des besoins des parents, c’est une politique de complémentarité et d’ajout des offres de prise en charge et non pas une politique de choix qui s’éliminent. Il faut éviter de faire s’opposer les professions et les structures entre elles. Par exemple les relais assistantes maternelles et les crèches familiales sont complémentaires. Les opposer est une erreur. Une logique de gestion des élus qui consisterait à fermer des crèches pour les remplacer par des relais serait particulièrement regrettable.

Revenons à l’essentiel : Nous sommes dans une période où il y a de nouveaux besoins des parents, il faut en conséquence s’inscrire dans de nouveaux rôles des professionnels. Nous sommes dans une période de mutation. C’est là où c’est un peu fragile.

S44 : Vous dites qu’il ne faut plus penser en terme de contrats de l’enfance mais plutôt en terme de contrats de famille...

Les Caisses d’Allocation Familiales savent que nous sommes en train de faire évoluer les « contrats enfance » qui allaient de 0 à 6 ans et les « contrats temps libre » qui allaient de 6 à 16 ans vers des contrats plus larges, des « contrats familles ». Ces contrats familles permettent à des élus de mener des actions beaucoup plus larges impliquant les parents et cessant de penser d’un côté la petite enfance et de l’autre l’adolescence. Il s’agit de penser en terme d’age 0-18 ou 20 ans et, de façon plus large, de mettre la famille au centre. La famille peut être concernée en même temps par des questions qui concernent les tous petits et les ados. Dans tous les cas, l’avenir est dans des structures où les parents sont acteurs. Les parents sont des acteurs compétents à impliquer aux côtés des professionnels. Nous sommes devant une vraie révolution à engager dans le cadre d’une culture du partenariat. Ces partenariats parents professionnels sont à développer de part et d’autre et ça ce n’est pas forcément simple.

S44 : D’accord, mais ne trouvez-vous pas que les questions de parentalité sont un peu trop à la mode, mises à toutes les sauces dès lors qu’il s’agit d’obtenir des financements ?

C’est sérieux et il faut faire attention aux mots utilisés. Nous ne sommes pas devant un effet de mode, nous sommes devant le début d’une prise de conscience de notre société qu’il faut aider les parents, qu’ils sont les premiers éducateurs de leurs enfants. Il faut des moyens. Mais attention effectivement aux effets de mode, aux gadgets. L’aide à la fonction parentale ce n’est pas du gadget et les risques d’excès existent. Par exemple avec le partenariat. Il faut éviter la dictature du partenariat. Il ne s’agit pas de se réunir pour se réunir et trouver la date d’une prochaine réunion ! Autre exemple, l’animation de groupes de parole. Cela ne se fait pas n’importe comment. Cela suppose de faire se rencontrer des gens et se parler. Ces prises de parole doivent être gérées par quelqu’un qui en a les compétences car parfois cela peut être très lourd. La place des professionnels est posée. Il y a besoin de réfléchir au rôle des parents et de les aider à assumer leur mission de parents. Personne ne peut le faire ou l’être à leur place. Or les parents sont un peu fragiles aujourd’hui. Ils sont souvent isolés. Il y a donc, entre autre, à lutter contre l’isolement et à les mettre en réseau.

S44 : Vous dites que la violence actuelle des jeunes s’explique aussi par quelque chose qui n’a pas fonctionné dans leur petite enfance...

Oui, ça on le sait tous. J’ai passé 5 ans dans le cadre du Conseil de l’Europe à étudier au sein d’une commission les facteurs qui favorisent la violence chez les jeunes. Nous avons mené une étude qui a permis de rencontrer 1500 jeunes auteurs de violences âgés de 8 à 15 ans. Nous avons aussi tenu compte des actes de violence qu’ils posent contre eux-mêmes telles les tentatives de suicide. Cette étude a porté autant sur le milieu rural qu’urbain. Avec eux nous avons essayé de connaître les causes de ces violences. Or, tous ces jeunes nous ont ramené à leur petite enfance et vers un certain nombre de repères qui n’avaient pas été construits dans de bonnes conditions. Cela ne veut pas dire pour autant que nous soyons enfermés dans la petite enfance. Nous avons constaté qu’avec de grands adolescents, il nous fallait repasser par des stades de la petite enfance pour leur permettre d’évoluer. Ce constat nous a conduit à réfléchir sur la notion de prévention. Or, la prévention des violences n’est pas d’attendre que les adolescents ou les pré-ados aient posé des actes. La vraie prévention, c’est ce que les Québécois appellent la prévenance. C’est la prévention précoce qui consiste à s’intéresser au lien enfant - parent dès le plus jeune âge. La prévention consiste d’abord à aider les parents dans leur rôle de parents. Cela nous ramène au tout petit en considérant qu’il ne s’agit pas d’une dépense mais plutôt d’un investissement. Nous connaissons des coûts importants lorsqu’il s’agit de soigner des jeunes qui ne vont pas bien. Cela coûte beaucoup plus cher que de les aider à se construire...

S44 : Et que pensez-vous de la tendance qui vise à pénaliser les parents d’enfants délinquants ?

Il y a un effet de mode là aussi tous les 4 ou 5 ans en France, notamment en période préélectorale. On va voir le phénomène bientôt s’amplifier. Ainsi l’idée court que les parents sont démissionnaires et qu’il faut en conséquence augmenter l’arsenal répressif légal dans le domaine pénal à leur encontre au prétexte qu’ils ne font pas leur boulot de parent. Ce discours anti-parents se développe à l’assemblée nationale et dans les médias. Je travaille beaucoup au Québec et j’ai envie de reprendre une expression. En fait les parents ne sont pas démissionnaires mais ils sont « démissionnés » comme on dit là bas. Au lieu de les accuser et de les inculper, il vaut mieux réfléchir aux moyens qui leur sont donnés pour qu’ils aident leurs enfants à se construire. Une loi répressive ne servirait à rien. Il vaut mieux essayer de comprendre pourquoi les jeunes sont seuls dans la rue à certaines heures de la nuit et par quel processus ils ont été « démissionnés ». L’important est aujourd’hui d’aider ces adultes à se « parentaliser », à prendre conscience de leur rôle. Certains ont tout simplement perdu confiance en eux. Il y a un travail de résurgence de la confiance à engager loin de tout jugement. En ce sens je ne suis pas sûr qu’un tribunal puisse régler ces problèmes. Une loi répressive ne résoudra rien.

Propos recueillis par Didier Dubasque

Post-Scriptum

Article paru dans la revue SOCIAL 44 - N° 43 - janvier 2002










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Publications Enfance
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7 Messages de forum

  • > Les travailleurs sociaux doivent développer de no 26 septembre 2002 14:37, par mat

    bonjour, je souhaitais réagir à l’article de Jean Epstein. Il évoque dans celui-ci les parents qui se trouvent en difficultés dans la relation avec leurs enfants et explique qu’il est nécessaire et important de porter notre attention au lien parent-enfant dès le tout jeune àge afin de faire preuve de "prévenance" par une remise en confiance de ceux-ci.

    Aider les parents dans leur rôle de parents fait partie de ma mission en tant qu’éducateur en centre d’hébergement et de réadaptation sociale accueillant des femmes avec enfants. Certaines mères se trouvent en grande difficultés avec leurs enfants et à leur arrivée, des référents sont désignés afin de les accompagner durant leur séjour.

    Cet accompagnement se fait à leur côté en prenant soin de ne pas prendre leur place en tant que parent.
    Effectivement celà passe par une remise en confiance progressive.

    Mais voilà, depuis juin 2002 l’Etat et le conseil général ont décidé de se désengager partiellement,financièrement, et de revoir à la baisse le budget alloué aux C.H.R.S. Un des objectifs officiels est de faire aussi bien avec moins de moyens, dixit le représentant de l’Etat, officieusement on se dirige vers des C.H.R.S offrant le gîte et le couvert, pour pouvoir continuer à masquer la misère en la cloisonant, mais sans accompagnement éducatif. la baisse de ces budgets va avoir comme conséquence des suppressions d’emploi qui vont agir sur la qualité du travail et de l’accompagnement proposé aux mères accuellies. Une petite présence éducative légitimera l’aspect éducatif et permettra à l’Etat de dire que l’aide aux personnes et surtout aux parents reste un de ses soucis majeur.

    Une des réalités est de dire que l’accompagnement des mères et surtout cette "prévenance" évoquée ne se fera plus au C.H.R.S où je travaille. Alors la question que je pose est : Ne pensez vous pas que les travailleurs sociaux aient conscience de l’importance de développer de nouvelles compétences mais que ceux-ci se demandent surtout comment ?

    Répondre à ce message

  • BONJOUR
    JE PARTAGE VOS ANALYSES JE SUIS CONSEILLER SOCIAL EN FRANCE EN REGION PARISIENNE , AUPRES D UNE POPULATION DE 1600 APPRENTIS ET ES ISSUS DE FAMILLES MODESTES ET SOUVENT DESTRUCTUREES ;AU LIEU DE LES ACCABLER VOIRE DE LES PUNIR PAR LA LOI ? IL FAUDRAIT CONCEVOIR DES OUTILS SUSCEPTIBLES DE FACILITER LEUR MISSION DE PARENTS !LES MENTALITES EVOLUENT LENTEMENT

    Voir en ligne : je partage votre analyse

    Répondre à ce message

  • > Les travailleurs sociaux doivent développer de nouvelles compétences... 27 novembre 2005 10:39, par Association 1.2.3. eveil groupe d’assistantes maternelles et de (...)

    je souhaite contacter j. Epstein pour mettre en place une confèrence pouvez- vous me donner ses coordonnées ? merci

    Répondre à ce message

  • bonjour
    Nous sommes parents de 5 enfants placès depuis hèlas 2 ans
    je vous confirme que nos service scociaux ;sont un peu spècial
    Dans l ain on place des enfants.
    Ensuite ;c est un long combat avec la dipas
    Sur deux ans l èducatrice a du voir 1 fois les maitresse ; et 0 celles des grands ; ils ne connaissent pas nos enfants
    Quand on leur tèlèphone c ’ est facile ; soit ils sont en rèunion ; congè ; rtt ; vacances ; c est très dur de les joindre
    Personne ne connais vraiment notre dossier
    Nous avons cru que les services s nous aideraient ; ça a fait tout le contraire
    Nous vivons un cauchemard
    Nous avons du prendre un avocat etc..
    Les placements c est gouffre finacier
    abientôt

    Répondre à ce message

  • recherche coordonnées J Epstein 20 septembre 2006 07:23, par C. Fourniol

    Bonjour, Je suis professeur en Sciences Médico Sociales, travaillant actuellement sur la conception de cours pour la rénovation du CAP Petite Enfance.

    Je souhaiterais entrer en contact avec Jean Epstein. Avez vous ses coordonnées ou celles de sa maison d’édition ?
    Merci
    Cordialement,
    caroline.fourniol@ac-grenoble.fr
    Caroline FOurniol

    Voir en ligne : Les travailleurs sociaux doivent développer de nouvelles compétences

    Répondre à ce message

  • Bonjour,
    le travail social en libéral commence à pointer son nez, ne serait-ce pas une idée à exploiter et à faire financer par l’état pour permettre au plus grand nombre une aide à domicile des familles qui ont besoin d’un soutien ?
    Cordialement.
    Isabelle M.

    Répondre à ce message

  • Bonjour,
    sur le travail social libéral...je relève le paradoxe suivant pour ne pas dire l’incompatibilité entre un service social payant et donc accessible à une catégorie de personnes, "clientèlisée" et l’article 2 du code de déontologie des Assistants sociaux.

    Art. 2 - De la non-discrimination
    Dans ses activités, l’Assistant de Service Social met sa fonction à la disposition des personnes, quels que soient leur race, leur couleur, leur sexe, leur situation, leur nationalité, leur religion, leur opinion politique et quels que soient les sentiments que ces personnes lui inspirent.

    Je ne crois pas à un service social remboursé par la sécurité sociale ou payé à l’acte...

    Mais vous avez raison, la question se pose...

    Stéphane

    Répondre à ce message

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