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vendredi 7 avril 2006
Pour une évaluation globale du dispositif français de protection de l’enfance !
par Jean LAVOUÉ


« Le socle de l’AEMO passe par une relation humaine engagée dans un processus de changement. » Voilà le parti-pris énoncé par Denis Vernadat pour ces XXVIèmes assises du CNAEMO [1]. Ce parti-pris, je le partage pleinement : c’est celui d’une intervention fondée sur la relation humaine, donc sur la relation entre des sujets, et orientée vers le changement. Cela suppose un travail de transformation incessant, passant par la parole de tous les acteurs, institutionnels, professionnels et usagers, impliqués dans ce processus. Ce parti-pris, je l’énoncerai autour de quatre grands défis qu’il nous faut aujourd’hui relever : celui de la clinique, celui du cadre judiciaire de l’assistance éducative, celui de la continuité des dispositifs de protection de l’enfance, celui enfin d’une évaluation que je qualifierai d’instituante et de globale.


Le parti-pris de l’humain

Je n’ai donc guère l’intention de vous servir un modèle de l’intervention en milieu ouvert, type bonne recette assurée, référentiel patenté, dispositif certifié ! Car il ne faut pas se voiler la face : rien ne plaide aujourd’hui, en faveur du développement d’espaces professionnels participatifs et coopératifs, centrés sur la relation humaine et les enjeux subjectifs et inter-subjectifs qui la caractérisent. Tout le monde souhaite en France du changement. Tout le monde en appelle à plus de participation. Mais les montages institutionnels sont tels, la prégnance des systèmes de contrainte si forte, que ces voeux se heurtent sans cesse à toutes sortes d’obstacles bien difficiles à surmonter. On conçoit de plus en plus clairement que le droit ne peut pas tout régler. « Le droit ne suffit pas. Et... trop de droits tuent le droit », souligne le juriste Jacques Le Goff. Quant à inventer les dispositifs de débat, de discussion, de recherche qui porteraient en eux-mêmes la culture des changements visés, il y a un monde ! Les commissions ou les concertations mises en oeuvre servent trop souvent de caution a posteriori, pour des décisions déjà prises. Ce sont rarement de vrais espaces de travail et d’élaboration, portés par la recherche d’une vision commune.

Quant à la comparaison avec nos voisins, elle a de quoi laisser songeur : ainsi l’approche territorialisée, communautaire, subsidiaire, co-responsabilisante, et partenariale présentée par exemple, au cours de ces assises, par un responsable de la sécurité sociale de l’Etat Portugais. Elle nous permet de mesurer la distance qui nous sépare encore en France d’un véritable projet pour l’enfance : en termes de méthodes, de lisibilité, de mobilisation des acteurs, de confiance partagée. A quand l’énonciation dans notre pays d’un projet aussi clair, aussi cohérent, visant avant tout l’efficience entre tous les acteurs ? Réformer, certes, il le faut ! Mais les textes se superposent, à la recherche d’un improbable partage plus harmonieux des compétences, alors que tout est structuré pour qu’elles se neutralisent en permanence ! Comme la perspective de se projeter ensemble dans une vision commune paraît encore un long chemin ! Quand quitterons-nous les approches légalistes manquant si souvent leur cible pour se centrer enfin sur la méthode et l’art de travailler ensemble autrement ?

Rien donc, j’y insiste, ne garantit actuellement une véritable dynamique de changement ; pas même les meilleures intentions du monde portant, par exemple, sur la question envahissante de l’évaluation. Comme si l’on avait enfin trouvé le sésame, la clé ultime, pour certifier la valeur et l’éthique de notre action ! Alors qu’on le voit bien, règne le plus souvent la méfiance, le soupçon entre institutions pour lesquelles l’évaluation ne se pose jamais en termes de co-construction, de projets partagés, mais toujours, avant tout, sur fond de pouvoir, de maîtrise administrative avec, en arrière-plan, l’ultime visée de la gestion des coûts elle-même rarement abordée en termes de co-responsabilité.

Certes, nous devons mobiliser toute notre intelligence collective pour cette « mise en valeur » de nos savoir-faire, nous efforcer d’en assumer davantage le sens, la finalité. Mais tant qu’une approche globale de la qualité, autour d’un projet cohérent entre toutes les institutions de protection de l’enfance, ne sera pas énoncé, de manière partenariale, entre tous les acteurs, et cela au plus haut niveau, que peut-on attendre de toutes ces micro-approches morcelées de l’évaluation qui n’interrogent en rien la logique en surplomb du contrôle administratif ? C’est ainsi que chaque service, chaque institution, aux prises avec les tenants d’un marché prometteur, se recentre sur sa logique interne, à la recherche de la dernière méthode pour espérer satisfaire peut-être un jour à l’impératif d’un contrôle dont on pressent déjà, faute d’une vraie capacité de pilotage scientifique, le caractère forcément incertain et arbitraire. Sans compter le cortège normatif et scientiste qui accompagne déjà cette évaluation - regardez du côté des services publics, la caricature par exemple de la « pseudo-démarche qualité » imposée à nos associations d’insertion, y conditionnant en quelque sorte leur survie, par les services de l’ANPE - et que tous nos conseils nationaux, départementaux ou associatifs auront bien du mal à contenir. Travaillons certes à la qualité de nos dispositifs mais ne cédons pas sur notre parti-pris qui est aussi une éthique : l’AEMO, mais c’est aussi vrai de toute action sociale, c’est d’abord l’engagement d’une authentique relation inter-humaine, dans une visée de changement, qui concerne tous les sujets et acteurs impliqués, institutionnels, professionnels comme usagers !

Premier défi : la clinique en question

Puisque j’ai commencé, en préambule, par une sorte d’invitation à ne pas céder sur notre désir professionnel, je dirai d’abord quelques raisons de cette mise en garde. Elles justifient, me semble-t-il, notre plus grande vigilance, et solliciteront, je pense, dans les années à venir, toute notre capacité de résistance et de stratégie adaptée. Le premier défi que nous devons relever porte sur la dimension clinique de notre intervention.

Les exemples pleuvent à nos portes : le démantèlement de la psychiatrie de secteur, le cadrage normatif des psychothérapies, les politiques pénalistes et sécuritaires qui s’affirment jour après jour, la volonté d’un contrôle toujours plus intrusif, prédictif et stigmatisant des familles, les logiques gestionnaires sans appel, les redéploiements ou abattements budgétaires alarmants, sans préavis, auprès desquelles la rationalisation budgétaire d’antan fait figure de pâle épouvantail : n’apprend-on pas ces jours-ci que des services de protection des jeunes majeurs allaient fermer, au profit de logiques d’enfermement !

Tout cela donne raison à une sorte d’accentuation du modèle bureaucratique et centralisateur français. Sa technocratisation rapide n’a absolument pas, en effet, modifié sa structure de fond. Pas davantage d’ailleurs que la décentralisation. Combien de fonctionnaires départementaux, étrangers à toute culture coopérative et participative, gardent fondamentalement des réflexes bureaucratiques autoritaires ? Faute d’une méthode adaptée pour accompagner en profondeur les changements de la structure administrative de l’Etat français, tout apport nouveau, toute réforme, même fondés sur les meilleures intentions du monde, semblent voués à être avalés par l’ogre bureaucratique et transformé dans une logique oublieuse du sens, des acteurs, et étrangère à toute dynamique de changement. Ainsi, il y aurait beaucoup à dire déjà sur la LOLF et sur ses conséquences désastreuses pour les « partenaires » des services de l’Etat. Quant à une transformation annoncée des dits services...

Exemple, dans le domaine des psychothérapies : sous couvert d’évaluation et de certification scientiste et médicale, n’assiste-t-on pas à une remise en cause explicite, à une tentative d’arraisonnement des rares espaces où s’était réfugiée en France la parole du sujet : le travail d’élaboration de l’intersubjectivité et du sens dans l’espace thérapeutique. On comprend la résistance des psychanalystes à cette entreprise de mise au pas de leur discipline.

Autre exemple qui nous touche, lui aussi de près : « Il faut détecter chez les plus jeunes les problèmes de violence. Dès la maternelle il faut mettre des équipes pour prendre en charge ces problèmes ». C’est ainsi que, fort des rapports Bénisti et de l’INSERM, - on sait depuis la mobilisation inquiète qu’ils ont suscitée - s’exprime le 2 novembre 2005, en pleine crise des banlieues, le Ministre de l’Intérieur [2]. Après que l’on se soit ingénié à les exacerber, voilà comment sont posées les bases de compréhension de symptômes traduisant avant tout un malaise d’appartenance, de reconnaissance, d’acceptation, d’intégration dans notre société ! On ne se pose plus la question de savoir à qui s’adresse ce symptôme de l’enfant ou du jeune violent : à qui est-il destiné ? La question du rapport du sujet à l’autre est purement et simplement niée. Or, c’est précisément sur elle que nous travaillons d’abord, notamment en milieu ouvert : ces symptômes polymorphes de l’enfant, du père, de la mère, à qui s’adressent-ils ? Certains aimeraient une grille simple de diagnostic, une réponse unique et valable pour toutes les situations relevant d’une même catégorie ! A quoi bon, dès lors, des synthèses ? A quoi bon des supervisions ? A quoi bon des équipes pluridisciplinaires, à quoi bon tout ce travail de parole, si l’enfant n’est plus considéré comme un sujet, « si l’on élude brutalement l’adresse de son trouble ? Il devient simplement un malade, atteint de troubles de conduite. Qui fera place, dès lors, à ce tiers que l’enfant attend à son insu ? C’est l’impasse totale et totalitaire sur la subjectivité. Les enfants, les ados sont des individus chargés de tares les rendant responsables de transgressions... Mission est donnée au corps social de fonctionner selon une logique excluant la subjectivité. » [3]

En dépit de discours rassurants sur la qualité et l’évaluation, je crois enfin, pour prendre un dernier exemple illustrant cette mise en cause de la clinique, qu’on ne doit pas minimiser le danger d’une instrumentalisation de la question de l’évaluation du travail social par le modèle bureaucratique et technocratique. On commence, comme je l’indiquais, à mesurer les effets déstructurants des évaluations normatives et objectivantes conduites dans les services publics, l’hôpital, par exemple. Aussi nous faut-il, je crois, nous engager pleinement sur cette question de l’évaluation, et j’y reviendrai, sans céder sur notre culture de l’analyse, notre travail de la parole, nos savoirs-faire cliniques en équipe. Ce sera l’axe central de mon intervention sur lequel je conclurai tout à l’heure.

Je crois, qu’au fond, domine de plus en plus, aujourd’hui, une logique de rationalisation économique et technocratique de la santé publique comme du secteur social. Cette logique s’accompagne de mesures de désinstitutionnalisation massive. N’y a-t-il pas là pour une société qui a érigé l’objet marchand en maître une manière formidable d’obtenir l’ordre et la soumission, tout en régulant les précarités ? L’homme précaire, dépendant de ce spectacle incessant de l’objet éphémère, l’homme privé de lien, de demande subjective : un corps simplement à contrôler... Voilà un programme autrement plus simple et efficace que celui qui consiste à relier, à instituer, à éduquer, à intégrer, à façonner ensemble une société commune ! A l’encontre de notre projet humanisant d’action sociale travaillent donc dans le corps social des germes de déstructuration de l’humain qu’il nous faut savoir nommer.

Me serais-je contenté de vous apporter les recettes du métier, l’art de faire, le tour de main, en vous disant que tout peut aller mieux demain, alors que nous sommes, je crois, à un moment critique, au sens où il s’agit d’un moment de décision éthique ? Le doute se généralise sur la portée de l’action éducative et sociale. La psychiatrie est en déclin. La psychanalyse malmenée. Au travail social revient une tâche de plus en plus sécuritaire. Toutes ces logiques sont articulées entre elles sur fond de normativité croissante. Les prisons n’ont jamais été aussi pleines. Seraient-elles devenue l’horizon de tous nos abandons du travail sur le sens, le lien, la parole... ? « C’est l’horreur, voire l’ordure des sociétés marchandes, écrit Olivier Douville, qui nous reviennent en pleine face aujourd’hui, dans cette mise à la casse actuelle du corps, de la parole et du lien ! » [4]

Les phénomènes massifs d’exclusion et de grande misère ont certes débordé les stratégies contenantes des institutions existantes... Mais n’est-ce pas d’autant plus à cet endroit que doit porter tout l’enjeu de notre mobilisation professionnelle ? Dans une ré-insitutionnalisation, une reliance entre des sujets désaffiliés et une société qui tourne à vide ! Il nous faut inventer davantage encore de dispositifs intermédiaires, des espaces communs, capables de refaire aussi des mémoires communes. « Beaucoup de montages ordinaires entre l’être, le lieu, le temps, sont démolis, déchirés » [5]. Nous sommes témoins d’errances, de clochardisations, de ruptures sans précédent : « Si le mot souffrance signifie douleur, il désigne aussi une attente. Attente de point d’accueil, c’est à dire de présence. La souffrance psychique réclame une mise en place de lieux et de réseaux de prises en charge. » [6]

Face au déni de la dimension anthropologique de la souffrance psychique par la rationalisation d’enjeux gestionnaires, face au morcellement des finalités humaines en réglementations administratives et en procédures, face à la tendance à la bureaucratisation ou à la technocratisation, nous nous trouvons en plein risque de confusion... Aussi est-il « essentiel et vital que les professionnels de la protection de l’enfance élaborent leurs propres conceptions, les critères fondamentaux de leur pratique et son étayage théorique, afin de les faire connaître et reconnaître dans un projet. Sinon, il existe un vide face à une logique administrative qui a ses propres finalités et qui n’est pas informée, le plus souvent, des valeurs et de la réalité de la clinique de terrain. » [7] Beaucoup d’équipes et d’établissements sont en travail, et ont créé des espaces de transformation sur ces questions. Ayant acquis une certaine autonomie pour penser leur projet, ils se situent plus en partenaire à l’égard des « directives » de leur tutelle qu’en exécutants de consignes et de procédures. C’est cette place vitale qu’il nous faut aujourd’hui instituer en soulignant particulièrement les enjeux du groupe, « chaînon manquant » [8], lieu par excellence du travail d’ « introjection » et d’intériorisation d’un changement vécu, dans cet espace clinique à affirmer !

Deuxième défi : l’enjeu du cadre judiciaire de l’Assistance Educative

Le deuxième défi sur lequel je souhaiterais m’arrêter est celui du cadre original et opérant de l’Assistance Educative en France. N’ayant guère ailleurs son équivalent, ce cadre judiciaire, souffrant lui aussi de son défaut d’articulation avec le pouvoir administratif, subit depuis quelques années des attaques toujours plus vives. D’autres approches pourraient, bien sûr, être inventées. On sent ce besoin d’évolution dans la volonté de réforme française. Les autres pays européens, en particulier, fonctionnent sur d’autres modèles souvent fondés sur le principe de subsidiarité. On perçoit bien, par exemple, la cohérence et la dynamique largement préventive du dispositif portugais qui, avant de recourir au juge, vise à faire concourir et coopérer en amont l’ensemble des acteurs intervenant dans le champ de l’enfance. En France, d’une part, nous sommes loin d’un tel projet affirmé de coopération et de participation ; et, d’autre part, c’est toujours par la loi que nous commençons à vouloir changer les choses, sans considérer que l’essentiel serait de changer l’esprit de la loi et la méthode pour l’appliquer : viser, par exemple, avant tout, la capacité, la compétence, l’autonomie des acteurs ainsi que l’émergence des solutions au niveau même où les difficultés se posent. Aussi, par défaut d’un modèle alternatif clairement énoncé, et étant donné le contexte que je décris, en bon pragmatique que je suis, j’ai tendance à défendre ce qui est opérant et ce qui marche ! C’est le cas de la coopération entre magistrats et associations de protection de l’enfance. Et la coopération, lorsqu’elle fonctionne, elle produit vraiment de la qualité. Qui peut le dénier en ce qui concerne depuis trente ans le développement des outils de l’assistance éducative par les associations ? J’ai beaucoup commenté la clinique originale développée dans ce cadre [9]. Peut-être, d’ailleurs, cette coopération trop étroite entre services judiciaires et associations dérange-telle ! Plutôt que de s’en inspirer, il peut être tentant de chercher à la réduire ! J’en énoncerai juste aujourd’hui quelques points essentiels.

Tout d’abord, je suis persuadé qu’il nous faut aussi inventer d’autres espaces de travail pour les familles, fondés sur la libre demande, en dehors mêmes des dispositifs administratifs existants. Mais en l’absence aujourd’hui d’une alternative clinique, juridique et équitable dans le cadre des départements, je crois, comme beaucoup, qu’il y a un véritable risque de voir affaiblie en France la justice civile des mineurs au profit d’une justice des seuls parents maltraitants ou opposants et des mineurs délinquants : une justice de la sanction et de la faute.

Le cadre de l’assistance éducative posé en 1958, s’est élaboré dans un maillage serré entre savoir-faire éducatifs, disciplines des sciences humaines et cadre judiciaire ordonné à une pédagogie de la parentalité. Je ne développerai pas ici toute cette grammaire relationnelle qu’il met en oeuvre, faite de compétences multiples ; elle repose surtout sur l’originalité de ce cadre qui, tout en marquant les défaillances des parents, souligne avant tout la volonté de les accompagner et de les mettre en mouvement dans un véritable dispositif temporaire de coéducation ordonné à leur réussite, à leur compétence, à leur responsabilité et au soin qu’ils apportent à éduquer leurs enfants. Au fil des années ce cadre n’a cessé de s’enrichir, les professionnels de se former, de découvrir les nouveaux ressorts de cette compétence des familles, ainsi que les nouveaux contextes et symptômes où s’exprimait leur souffrance. Il n’a pas cessé non plus, il faut le reconnaître, de s’appauvrir, les moyens mis en oeuvre paraissant toujours plus décalés au regard des besoins nouveaux et notamment des réalités démographiques : travail dans l’urgence, traitement du symptôme, brièveté des prises en charge ne permettant plus le travail sur le fond dans une perspective de changement, renforcement du travail administratif et diminution du temps consacré à la clinique... Fragilisé, le cadre devient d’autant plus facile à questionner !

Quoiqu’il en soit, il est à craindre aujourd’hui, pour d’autres raisons encore, de conflit légitimité entre pouvoir d’ordonner et pouvoir de payer, d’encombrement de l’appareil judiciaire, de priorité surtout donnée à la gestion, que ce cadre original et opérant soit peu à peu contourné et réduit. Il ne sera sans doute pas remis en cause explicitement, mais la redéfinition des conditions de saisine du Juge en modifiera certainement la portée. Il subit, par ailleurs, les attaques frontales d’idéologues de la protection de l’enfant [10] qui, sous couvert de pouvoir médical, prétendent qu’en France on aide trop les parents, pas assez les enfants. Les orientations récentes données par Philippe Bas à sa réforme, fort heureusement, ne semblent pas avoir donné prise à ces attaques ! Je dirai cependant tout à l’heure, en conclusion, quelques risques qui me paraissent se dessiner en creux derrière le avancées significatives de cette réforme. Ces risques ne sont pas sans lien avec les défis que j’énonce !

Cette justice pénalisante qui s’instaure, qui résulte du renvoi des seuls parents opposants ou dangereux, c’est à dire des parents coupables, vers les tribunaux, entraîne une collusion de fait entre le parent et sa faute ; tout le travail intergénérationnel de reprise subjective de l’histoire de chacun est rendu difficile. On se retrouve dans un contexte d’écrasement des places, d’objectivation de la faute. Enfants et parents sont réduits à leurs places de victimes ou de maltraitants. « Au sein des juridictions et de l’ensemble du dispositif de protection des enfants, la force de la procédure d’assistance éducative réside dans le fait qu’elle offre une alternative à la sanction que constitue le retrait de l’autorité parentale et qu’elle permet de ne pas déléguer à la seule justice pénale la fonction de dire les interdits... La seule réponse judiciaire ne consiste pas à sanctionner une défaillance ou à entériner un dysfonctionnement familial. La justice peut aussi intervenir pour protéger un enfant en accompagnant et en soutenant des changements profonds dans la famille, par une approche éducative. C’est une justice qui entraîne dans son sillage, stimule et accompagne un changement d’éducation, quand ce changement est possible. » [11]

Pourquoi, jusqu’à présent, ce dispositif était-il opérant dans le parcours des familles en difficulté ? Parce que ce n’était pas une machine à condamner. Parce que ce n’était pas non plus une machine se contentant d’expédier vers les services du département le résultat de ses décisions. Il s’agit d’un dispositif symbolique et humain fondé sur une éthique du droit, présente sur l’ensemble du territoire national et mis en oeuvre au nom des citoyens les plus fragilisés. Les enfants y sont des sujets à part entière, reçus et entendus. La finalité de l’intervention est leur protection. Les parents y sont aussi des sujets, référés à l’autorité qu’ils détiennent et aux manquements qui leur sont reprochés : un espace de transformation et de progression leur est offert. Leurs droits de recours sont clairement énoncés. L’articulation du cadre juridique porté par le magistrat et du cadre clinique porté par les professionnels de la protection de l’enfance fondent une véritable éthique de l’intervention où chaque sujet, référé à l’institution à laquelle il est assujetti, Justice, Famille, Institution de protection de l’enfance, est appelé à se mettre en travail de parole, dans un procès humanisant. L’ensemble de l’institution éducative, ordonnée au cadre juridique fixé par le magistrat est le véritable atelier de la transformation recherchée. S’il y a un art de faire dans cet atelier, il réside dans une certaine manière de rendre opérantes et vivantes « les lois de la parole ». La loi du 2 janvier 2002, par l’harmonisation des outils qu’elle préconise en faveur de l’usager, ne fait que formaliser quelques aspects de cette médiation vivante au service d’institutions familiales en souffrance. Chacun des acteurs y engage sa responsabilité personnelle, professionnelle, institutionnelle. Travailler sur l’autorité, sur le lien, sur la séparation, sur la différence, sur le traumatisme, sur la transmission, avec des sujets à l’épreuve et traduisant par des symptômes multiples leurs difficultés, implique bien d’autres savoirs-faire que ceux de la formalisation de l’accueil ou de la consultation des usagers une fois le service rendu ! Cela exige des professionnels et des institutions une capacité de se remettre sans cesse au travail sur ces questions, de se former pour cela, de se laisser interroger par ses propres histoires de vie, personnelles, et institutionnelles. Aucune procédure administrative ne saurait remplacer le caractère symbolique d’un tel dispositif. Autour de la référence à la loi rappelée par un magistrat, ce dispositif permet de mettre en mouvement, dans le cadre vécu des lois de la parole, deux institutions dont la mission de l’une, l’institution de protection de l’enfance, est d’aider l’autre, l’institution familiale, à symboliser les préjudices graves qui l’ont traversée, et à retrouver structure et fluidité afin de favoriser l’expression grandissante des sujets qui la constituent.

Ce qu’il m’importe ici de souligner, alors que l’on m’invite à parler des dispositifs ou des référentiels à mettre en oeuvre, c’est l’enjeu des cultures professionnelles partagées. On a parfois élevé des frontières entre les approches théoriques. Il me semble que ce qui importe par-dessus tout, c’est de trouver le langage commun entre les professionnels composant un ensemble agissant au service des familles. Le plus souvent c’est au niveau d’une équipe que cela se joue. Une institution, offrant par son projet un cadre de référence, peut être composée de plusieurs équipes développant chacune une culture ou une sensibilité de l’intervention spécifique. Ce qui est décisif, c’est l’existence et la capacité d’énonciation de cette culture, de ces référents théoriques, sans accaparement des uns ou des autres, mais dans le respect des places et des fonctions de chacun : un vrai travail interne d’articulation des différences au service des familles. C’est aussi la capacité d’être référé et relié à des ensembles plus vastes, d’être inscrit dans des systèmes d’appartenance agissant en réseau. Ce niveau plus large est difficile à mettre en oeuvre pour toutes les raisons déjà énoncées et sur lesquelles je reviendrai. Beaucoup d’équipes d’AEMO ont pourtant, me semble-t-il, acquis cette compétence après, pour certaines d’entre elles, avoir pu se fonder dans des postures identitaires centrées sur leurs modèles théoriques et cliniques, se protégeant de contextes institutionnels peu coopératifs sur lesquels elles pouvaient toutefois exercer leur influence ; un peu à la manière dont de nombreuses associations s’étaient développées sur des postures défensives à l’égard d’un Etat et plus tard de départements n’engageant aucune logique participative avec les acteurs. Aujourd’hui, institutions et associations s’inspirent le plus souvent des méthodologies et des savoirs-faire coopératifs développés au sein d’équipes professionnelles ayant rodé leurs projets. Elles peuvent aussi s’efforcer de promouvoir le changement, non seulement au sein de leurs organisations, mais encore en direction des dispositifs inter-institutionnels dans lesquels elles se trouvent engagées. C’est là, je crois, l’un des enjeux institutionnels fondateurs, qui doit absolument être porté par les fonctions d’encadrement aujourd’hui : celui d’être garants de cette contenance institutionnelle et inter-insitutionnelle permettant le développement de cultures d’équipes professionnelle fortes, autonomes et référées, fondées sur des approches théoriques et des modalités de communication partagées.

Troisième défi : la continuité des dispositifs de protection de l’enfance

Ce défi de l’Assistance Educative, et de la préservation du dispositif clinique qui le fonde, s’ouvre sur un troisième défi : les organisations administratives, les associations, le champ social dans son ensemble vont-ils être capables de dépasser idéologies et clivages, et de construire une véritable culture inter-institutionnelle protégeant et promouvant ces espaces cliniques ? C’est toute la question de la continuité des dispositifs de protection de l’enfance notamment visée par la réforme de Philippe Bas. Quels enjeux organisationnels fondamentaux peuvent garantir des savoirs-faire partagés, non seulement au niveau d’une équipe, mais encore à l’échelon d’une organisation dans son ensemble, voire d’un département, et pourquoi pas sur le plan des orientations nationales. Or, là encore, force est de constater les défauts de contenance institutionnelle du dispositif français de protection de l’enfance !

Les pouvoirs publics éprouvent les plus grandes difficultés à inventer et à animer des méthodes associant de manière authentiques les partenaires à l’élaboration des projets, des schémas, des conventions. Certains semblent y parvenir mieux que d’autres, mais aucune méthode n’est garantie à l’échelle du territoire national. Les départements et la Protection Judiciaire de la Jeunesse apparaissent trop souvent incapables d’élaborer ensemble des dispositifs associant à part entière, dans une véritable coopération, tous les acteurs de la protection de l’enfance. On observe une visée volontariste de maîtrise de l’action sociale et de ses finalités, sans que soient créés des dispositifs intermédiaires d’élaboration inter-institutionnelle pour atteindre ces objectifs ; des représentations fortement imprégnées de rivalités ne permettent pas de transformer les conflits et tensions institutionnels en facteurs de changement. Or n’est-ce pas le coeur même de la pratique de l’intervention auprès des familles en souffrance ?

Il me semble que les services publics ne pourront pas indéfiniment différer la question de l’évaluation de leurs propres dispositifs et pratiques. Ils ne pourront se contenter de logiques descendantes quand la visée profonde de l’action sociale est non seulement la prise en compte de la place des usagers mais encore la reconnaissance de celle de tous les acteurs de l’intervention.

Les associations ont, pour leur part, entamé un mouvement de transformation interne. Les projets associatifs mettent en oeuvre des changements importants dans leurs organisations et dans leur manière de faire travailler ensemble leurs acteurs. Les structures charismatiques et autoritaires, aux hiérarchies intermédiaires souvent fragiles, laissent de plus en plus en plus la place à des structures coopératives en réseau où l’essentiel du changement porte sur l’intégration collective des savoirs-faire techniques dans le cadre de projets partagés. Toutes nos associations ont eu ainsi, et ont encore à travailler sur ces représentations longtemps clivées, notamment entre milieu ouvert et placement. C’est l’absence d’élaboration partagée entre les professionnels intervenants dans ces différents champs qui a aussi retardé la transformation en profondeur des dispositifs de protection de l’enfance. L’internat, le placement familial, l’accueil de jour, l’action éducative en milieu ouvert, l’investigation, le placement éducatif à domicile, le placement séquentiel, tous ces outils, et d’autres encore demain, constituent la palette dont enfants et parents doivent pouvoir se servir en s’appuyant avec confiance sur des professionnels développant les mêmes champs de compétence, d’analyse, de qualité d’accueil, de visée globale de changement. Nous devons oeuvrer sur les représentations qui traversent nos institutions tout en créant les dispositifs qui vont véritablement permettre aux professionnels de mettre au travail ensemble ces représentations et intériorisations, afin d’inventer des réponses adaptées aux attentes des personnes, enfants, parents, familles.

Ce travail nécessaire de changement au sein de nos associations se fait non sans difficulté car les représentations qui structurent notre culture professionnelle ont aussi leurs attaches à l’extérieur de nos organisations. Il arrive, lorsque le changement s’enclenche fortement en interne, que ce soit alors à l’extérieur que les résistances deviennent les plus fortes. Il peut être tentant, en effet, de vouloir continuer à maîtriser une institution longtemps dérangeante mais dont le modèle a touché ses limites, en la maintenant dans la fragilité par laquelle il lui a été nécessaire de passer afin d’assumer les changements nécessaires. Seule alors, une vision affirmée et une dynamique d’action portant sur les environnements eux-mêmes, voire le changement de certains acteurs, garantiront la réussite globale et l’invention de vrais dispositifs au service de la protection de l’enfance.

A quand de véritables dispositifs départementaux opérant de telles transformations dans le travail entre tous les acteurs institutionnels ? Faute d’une telle capacité de mobilisation des acteurs, et de méthodes pour y parvenir, la France ne cesse de s’inventer des débats idéologiques, ou des exclusives, sur fond de soupçon et de disqualification de ses meilleures ressources : les enfants ou les parents, le judiciaire ou l’administratif, les politiques ou les fonctionnaires, le secteur public ou les associations, l’économique ou le social... Cultures bureaucratiques et coopératives se neutralisent en permanence. C’est une lutte de pouvoir incessante qui dessert les objectifs recherchés, ne met jamais au travail ensemble tous les acteurs, désespère les meilleurs d’entre eux. Non pas qu’il faille nier les tensions structurantes qui traversent toute organisation sociale ! Mais lorsqu’elles stérilisent à ce point la création et l’inventivité, opposent les acteurs les uns par rapport aux autres, ne promeuvent aucune méthode, aucun pilotage, aucune intelligence des synergies à développer, aucun chef d’orchestre, on ne peut effectivement que se désoler au spectacle d’un tel gâchis ! Et chacun de chercher à effectuer de son côté le moins mal possible son travail en se disant, tout de même, que quelque chose ne tourne pas rond !

C’est dans cette nécessité où nous sommes aujourd’hui de construire des espaces intermédiaires que réside, me semble-t-il, la chance des associations. Elles peuvent aider à la transformation des logiques bloquées que je viens d’évoquer. Comme le dit Alain Touraine, l’idéal laïc républicain, s’il veut continuer à fonder un certain modèle français, doit absolument inventer ses espaces intermédiaires de transformation, de mise au travail des cultures, des croyances, des singularités d’acteurs et de groupes sociaux afin de prendre corps dans une véritable citoyenneté partagée. Qu’est-ce qui viendra résoudre autrement l’irréductible conflit entre les communautarismes d’un côté, et un Etat toujours plus normatif et sécuritaire sans véritable dynamique d’intégration, de l’autre ? Les associations d’action sociale peuvent être des maillons de tels espaces intermédiaires où sont mises au travail les valeurs, les croyances, les paroles, l’inter-subjectivité des personnes. Le travail clinique avec les familles lui-même repose sur l’existence de tels espaces intermédiaires garantis par la dimension institutionnelle et inter-institutionnelle.

L’espace public, en France, comme le préconisait également de son côté Renaud Sainsaulieu [12], doit absolument développer ces instances intermédiaires, riches de cultures, de valeurs, de compétence partagées dans l’aide aux personnes. Les pouvoirs publics, seuls, sont impuissants à intégrer. Mais ils peuvent garantir et promouvoir de tels espaces permettant l’intégration des diverses cultures... Voilà où porterait le vrai changement ! Les associations de protection de l’enfance ont toute leur raison d’être à cet égard. Aujourd’hui, les fédérations se regroupent, à l’initiative d’acteurs qui voient à l’évidence les nouveaux enjeux collectifs du travail social se profiler. Je pense que c’est là le rôle clef joué par les associations d’action sociale aujourd’hui.

Les associations ont toujours été pionnières à leur manière. On interroge aujourd’hui leur technicité. Le ministère, relayé par les départements, s’efforce de structurer sur un mode technocratique et gestionnaire l’activité du secteur social et médico-social. Les valeurs, le droit des usagers, sont désormais énoncées par l’Etat. Les associations, elles-mêmes, sont souvent nommées du bout des lèvres (confer le rattrapage in extremis, à cet égard, de la Loi du 2 janvier 2002). L’essentiel porte sur leur cadrage et leur tarification aux conditions les plus contraintes. Que reste-t-il donc à ces organisations qui ont fait vivre depuis cinquante ans en France, sur la base de l’engagement de leurs militants, des valeurs humanistes qui les guidaient, de la professionnalisation permanente de leurs salariés, le large secteur de l’action sociale et médico-sociale ? Et bien, face à une décentralisation qui peine à trouver ses méthodes de pilotage et d’animation, à créer les espaces d’élaboration partagée, face à des pouvoirs locaux tentés par la recréation de pouvoirs centraux, il leur reste l’essentiel : l’invention entre partenaires associatifs d’un travail en réseau fort, authentique... C’est ce qui se passe dans beaucoup de départements, à l’initiative d’associations parfois malmenées dans le cadre des schémas territoriaux ou poussées dans leur isolement et leurs divisions. C’est ce qui se passe au niveau national avec la création, dans le domaine de la protection de l’enfance, de la CNAPE qui est une bonne nouvelle concernant la vie associative, et plus largement le champ social en France. Voilà une organisation qui devrait, demain, pouvoir se positionner fermement, tant sur les méthodes que sur les options politiques en matière de protection de l’enfance. Eviter, par exemple, que sur la question essentielle de la délinquance, on ne se retrouve une nouvelle fois face à une solution unique, pensée sur un mode centralisé, clivant les dynamiques et les aspirations professionnelles : on en mesure aujourd’hui les graves conséquences budgétaires pour l’éducation au sens large, et pour les jeunes majeurs en particulier...

L’organisation de la vie associative, sa mise en réseau, sont les plus sûrs ferments des changements de cap sur lesquels s’engage l’action sociale aujourd’hui. Mais ce mouvement trouvera ses limites si les administrations n’en saisissent pas la chance et la portée et ne s’engagent pas elles-mêmes dans la voie d’un pilotage partenarial, mobilisateur des compétences. La rivalité entre institutions, administrations, associations, ruine en France toute idée de réussite partagée. Si les associations s’organisent, et ce troisième défi, nous sommes je crois en train de le gagner, ce n’est qu’avec les pouvoirs publics qu’elles pourront reposer au bon endroit les questions de la qualité, de l’évaluation, du dialogue, et au fond de l’efficience des réponses apportées en France aux usagers de l’action sociale...

Quatrième défi : pour une évaluation « globale » et « instituante » !

Je terminerai enfin avec la question de l’évaluation avec laquelle j’ai ouvert cet exposé. Elle nous mobilisera fortement au cours des années à venir ; il nous faut tout faire pour placer l’évaluation au service de la défense de l’institution. Le Conseil National de l’évaluation y travaille déjà fortement. Mais je crois qu’il aura besoin de notre contribution à tous ! J’ai dit aussi les fortes tendances à la désinstitutionnalisation engagées dans notre pays, sous de nombreux motifs, plus ou moins masqués et dont l’argument gestionnaire n’est pas le moindre.

Au fond, pour traduire ce quatrième défi, je dirais que l’évaluation elle-même peut être la plus belle résistance à une évaluation que je qualifierai de « globale » et d’ « instituante ». L’évaluation normative, morcelée, objectivante, et désubjectivante peut constituer la plus forte attaque du mouvement même de l’évaluation, c’est à dire de cette « mise en valeur » de la dynamique institutionnelle autour du sens et de la parole qui la fondent ! L’évaluation véritable ne peut-être qu’au service de l’activation de tous les espaces intermédiaires dans nos institutions comme entre nos institutions ; au service des projets élaborés par les acteurs eux-mêmes ; au service de ce travail incessant d’ajustements des projets, où l’on entende de plus en plus la parole des sujets : bref ! une évaluation centrée sur l’élaboration, ouverte à l’analyse, aux processus d’introjection, aux associations d’idées, à tout ce qui fait lien, à l’encontre des mécanismes de pensée démétaphorisants et aliénants... une évaluation donc pour laquelle la fonction groupale s’avère essentielle [13].

Comme toujours, tout part du projet : du projet associatif, du projet d’établissement... Je dirais aussi, comme d’une utopie, du projet du département ou de l’Etat en matière de protection de l’enfance ! C’est dans le projet lui-même que la question de l’évaluation doit se trouver inscrite. C’est sur la base du projet que l’on va pouvoir évaluer de manière toujours plus fine, si ce que l’on fait est bien en accord avec ce que l’on a dit, décidé, et écrit ensemble. L’évaluation consistera pour l’essentiel à faire circuler la parole à propos du projet entre tous les acteurs concernés par les processus de changements recherchés. Tous les acteurs, c’est à dire, bien sûr enfants et parents aussi. Nous avons encore du chemin à parcourir afin de mettre en oeuvre de manière toujours plus inventive le droit des usagers, c’est à dire leur droit à être acteurs de leur propre changement et à pouvoir évaluer eux-mêmes ce changement.

Je dirais que l’évaluation instituante suppose d’abord de quitter le registre des gratifications liées à une relation d’aide binaire, linéaire, toujours quelque peu en surplomb par rapport aux personnes aidées, avec tous les relents d’attitudes moralisantes, voire paternalistes qui constituent un peu le fond de notre histoire sociale. Cela concerne tous les professionnels : les cadres à l’égard des salariés ; les intervenants sociaux à l’égard des usagers. Remplir des grilles, respecter des procédures ne suffit pas à opérer de tels changements. Cela peut accompagner, mais seul un travail de groupe, réunissant tous les acteurs concernés, permet d’analyser de telles attitudes productrices de dépendance, souvent fondées sur la séduction et de s’en dégager en renonçant à leurs bénéfices secondaires et aux satisfactions narcissiques qui l’accompagnent ; seul ce dégagement permet un authentique investissement dans l’alliance professionnelle et institutionnelle, au service des personnes accompagnées et de leur groupe d’appartenance en souffrance. Comment, sans ce travail d’analyse toujours à reprendre, pourrions-nous opérer ce déplacement-là et situer notre désir professionnel avant tout dans le soin des contenants institutionnels et dans la culture des liens inter-subjectifs ? Ce sont ces savoirs-là, ces dispositifs-là, ces références-là que les professionnels de l’action sociale ont à mettre en oeuvre et en valeur, c’est à dire en sens, en évaluation permanente. C’est toute la portée des espaces de supervision, d’analyse des pratiques, pour tous les professionnels ; ils concernent également, et je dirais peut-être, surtout, les cadres de l’action sociale...

Cette lecture du changement à l’oeuvre dans nos institutions ne dispense pas, bien sûr, les services publics de s’engager eux-mêmes dans une évolution analogue : ils ne pourront pas, disions-nous, éviter indéfiniment de quitter la posture du pouvoir hors d’atteinte qui les caractérise et ne leur permet pas de conduire les dynamiques de changement attendus. Peut-être qu’à cet égard, les crises répétées que connaît ces derniers temps la France signalent, elles aussi, les changements profonds en train de s’effectuer entre le peuple français et son appareil d’Etat. Comme l’écrivait Michel de Certeau, lors de la disparition de son maître et ami, Louis Beirnaert, et sa remarque vaut sans doute pour toute épreuve de transmission impliquant un véritable changement de perspective : « Le conflit est un moment inévitable quoique désolant, dans l’itinéraire qui conduit de l’identification à un objet d’amour jusqu’au respect de l’autre. » [14] Et nul doute qu’il y a beaucoup de désillusion et de dépit, en effet, dans cette forte contestation : au-delà des hommes, et des images idéalisées du pouvoir dont ils restent porteurs, ne vise-t-elle pas, avant tout, dans un enjeu fondamental de reconnaissance et de respect, à remettre en cause des postures et des méthodes inappropriées face aux changements attendus ?

L’essentiel n’est-il pas, pour revenir à notre engagement professionnel, de s’efforcer de faire d’abord entrer chacun dans cette alliance institutionnelle que constitue le projet ? C’est cette alliance inter-humaine que nous évaluerons, à laquelle nous donnerons toute sa valeur. Cela suppose que le projet soit la recherche d’une telle alliance entre les membres d’une association, d’un service, d’une équipe, comme entre cette équipe et la famille avec laquelle elle travaille. Tout ce que nous mettons en oeuvre de professionnalité, de technicité, de qualité, de dispositifs, de référentiels, de protocoles, tout cela doit au final servir le projet de cette alliance de travail entre institutions professionnelles et familiales où la place et la parole de chacun conditionnent la protection de l’enfant qui est la raison d’être de ce travail.

Un indicateur par lui-même ne donne rien, pas même une batterie d’indicateurs. Ils ne peuvent être qu’au service de la synthèse, de l’analyse, du sens... et donc de la parole de ceux qui s’en servent. Ils ne peuvent servir qu’à réinterroger le projet : le projet de travail avec tel jeune, telle famille, le projet d’équipe, de service, le projet associatif, le projet du département... Il s’agit d’un support à la mise en circulation de la parole. Les indicateurs ne sont que des supports à une amélioration permanente des dispositifs en rapport au projet d’ensemble. Encore faut-il qu’il y ait projet !

L’usage des indicateurs par l’administration, dans le contexte que nous connaissons malheureusement trop bien, ne pourra pas être le nôtre. Il y aura forcément des conflits d’usage à propos des indicateurs que nous élaborerons. Le sens que nous y verrons ne sera pas celui recherché par l’administration. Notre seule réponse, qui n’est pas que stratégique, parce que ce qu’elle avance est vrai, sera de renvoyer à l’administration la complexité de ce que nous faisons. A ce qu’elle demandera de manière réductrice et simplifiée, nous répondrons par l’ensemble du champ, du contexte qui a à voir avec ces questions éminemment complexes que nous traitons ; complexes parce que pétries de relations inter-humaines, fondées sur la parole, et donc tissées de doute et structurées de manque, irréductibles à toute équation. Continuons à inventer les langages de notre clinique de l’intervention, à élaborer notre culture propre. En espérant qu’un jour les pouvoirs publics, sortis de la logique du soupçon, sauront aussi animer, promouvoir et reconnaître... Anticipons donc à partir de nos organisations notre culture de l’évaluation ! N’attendons pas que les commandes arrivent sur un mode forcément comptable et réducteur !

Enjeux et limites de la réforme de la protection de l’enfance

Je conclurai en disant quelques mots sur le projet de réforme de la protection de l’enfance. Le Ministre vient d’en faire connaître les premières orientations. Derrière des avancées heureuses, la reconnaissance de la prévention, l’affirmation du rôle des parents, la diversification des prises en charge avec le souci de la continuité et de la cohérence, la complémentarité entre milieu ouvert et placement, le développement de la formation, on repère quelques oublis dommageables, quelques blancs inquiétants, qui ne sont pas sans lien avec les défis que je viens d’énoncer.

J’ai parlé d’un défi clinique : en matière de prévention, les outils essentiellement de diagnostic, sont centrés sur les individus et non sur les groupes ou leurs contextes ; la prévention spécialisée dans sa dimension de clinique sociale n’est pas mentionnée. L’approche individualisée des symptômes laisse peu de prise aux éléments sociaux. Le risque d’une logique du contrôle est bien là. Entre droit des usagers (loi 2002-2) et contrôle (cf. tous les rapports ministériels depuis), on perçoit, une fois encore, la grande difficulté à dégager une option claire, et surtout à faire confiance aux approches collectives et aux espaces intermédiaires de transformation ! La centration sur le symptôme enferme les publics dans des logiques de filière (délinquance ou assistance éducative), aux compétences et aux financements clivés (que devient la double habilitation ?), dont il leur sera bien difficile de sortir !

J’ai parlé d’un défi du cadre judiciaire de l’assistance éducative : très clairement le conseil général renforce ses prérogatives en matière de signalement, acquiert une maîtrise plus grande dans la gestion des flux et des coûts ; le cadre judiciaire est explicitement réservé aux situations de danger grave, aux parents opposants. Hormis la création d’une cellule départementale de signalement - comment sera-t-elle constituée ? -, rien n’est précisé du droit de recours des usagers dans le cadre administratif, ni du dispositif clinique de prise en charge et d’accompagnement qui le spécifie. Les risques que j’évoquais d’une justice sanction sont loin d’être levés. Les chances d’une véritable réponse clinique à « la demande de justice » s’éloignent.

J’ai parlé d’un défi de la continuité des dispositifs de protection de l’enfance : le département est qualifié de chef de file, mais rien n’est dit des modes de pilotage, des réseaux d’acteurs, des espaces intermédiaires de transformation collective, d’une vision partenariale d’ensemble. D’un département à l’autre tout reste soumis à l’initiative et au bon vouloir des acteurs. La justice, le Parquet, la psychiatrie, l’école, grands partenaires de la protection de l’enfance sont singulièrement discrets, voire absents... L’Etat n’aurait-il pas à confirmer là son rôle de garant d’un cadre et d’une méthode commune ? Pourquoi l’ensemble des ministères concernés ne sont-ils pas fortement associés à une réforme de cette importance ?

J’ai parlé d’un défi de l’évaluation globale et instituante. Nulle part l’institution n’est nommée : l’institution où l’on prend soin, où l’on éduque, où l’on accompagne, où l’on partage valeurs, cultures, sens, où se joue pour une part essentielle notre travail d’éducation, d’humanisation, d’écoute et de parole... Il est prévu une évaluation de la réforme, mais celle-ci ne reposant ni sur un projet d’ensemble, ni sur une vision partagée, comment cette évaluation permettrait-elle aux acteurs de s’engager ensemble dans une voie de changement ? On comptera les signalements. On mesurera sans doute la décrue de l’assistance éducative et le relais de la prévention administrative. L’inconfort des institutions éducatives et des professionnels ne fera sans doute pas partie des items évalués ! La faible culture participative et évaluative qui nous caractérise se traduit d’ailleurs par le peu de changements constatés entre les premières orientations annoncées par le ministre en novembre 2005, et les axes de la réforme proposés en mars 2006. L’ensemble des concertations et assises départementales, et pour cause étant donné la brièveté du débat, n’ont sûrement pas produit toutes les propositions novatrices escomptées !

A eux quatre, ces défis illustrent la complexité du champ de notre intervention professionnelle, face à la transformation totale, et je dirai violente, que nous connaissons aujourd’hui des rapports humains et sociaux dans un contexte de marchandisation sans limites. Je crois que la Protection de l’Enfance se trouve au carrefour des contradictions du système administratif français avec ses niveaux de compétence qui ne se rencontrent jamais. Elle en est sans doute l’un des symptômes, mais nous en connaissons d’autres ! Dans le domaine de l’Assistance Educative, l’Etat délègue près de 80% de son action aux associations de protection de l’enfance ; mais tout se passe comme si ses services ne faisaient pas fondamentalement confiance aux acteurs missionnés ! C’est ce pacte de confiance entre pouvoirs publics et acteurs de la société civile qu’il nous faut aujourd’hui retrouver. En matière de protection de l’enfance, ayons le courage ensemble du diagnostic et efforçons-nous de créer les conditions d’un véritable changement de méthode et de paradigme ! Je le dis avec conviction : l’Etat doit prendre ses responsabilités et avoir le courage d’initier lui-même une véritable évaluation de ses dispositifs d’action. Il doit en priorité regarder ce que produisent ses propres services, centralisés, déconcentrés, décentralisés, et ce qu’ils empêchent en matière de changement et de qualité. Il doit s’interroger sur ses méthodes. Il y a là un enjeu politique de premier plan pour la France ! Aucun des problèmes récurrents auxquels nous nous heurtons ne pourra être traité si les services publics dans leur ensemble ne sont pas engagés eux-mêmes dans une logique de transformation culturelle et structurelle. N’est-ce pas là un devoir national face aux incompréhensions croissantes qui leur sont chaque jour adressées ?

« Qu’il faille penser complexe, c’est dorénavant une idée toute simple » nous dit Edgar Morin ! Simplicité qui rejoint peut-être la sagesse exprimée par un autre de nos philosophes : Blaise Pascal distinguait entre esprit de géométrie et esprit de finesse, en soutenant que, même en mathématiques, on ne pouvait user de la seule déduction mais qu’il fallait aussi avoir recours à l’intuition. Autre manière de dire, avec les mots qui étaient les siens, et ceux de son temps, qu’avec la raison, il fallait aussi laisser parler le coeur ! Pour le travail d’humanisation qui est le nôtre, et face aux défis qu’il nous faut relever, c’est cette respiration-là, je crois, qu’il nous faut ensemble retrouver !

Post-Scriptum

Carrefour National de l’A.E.M.O., Brest, le 24 mars 2006










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Cour administrative d'appel de Marseille, Arrêt du 29 juin 2017 n°16MA04489, 16MA04490, art. L313-15, art. 47 CC, VISABIO, Guinée, extrait de registre d'état civil, jugement supplétif, passeport biométrique
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Notes

[1] Denis Vernadat, texte du Président du Carrefour National de l’Action Educative en Milieu Ouvert pour les Assises de Brest, les 22-23-24 mars 2006.

[2] Déclaration de Nicolas Sarkozy au journal Le Parisien du mercredi 2 novembre 2005.

[3] Olivier Douville, « Le marché de la sécurisation psychique, ou de l’altérité réifiée », in Le journal des psychologues, N° 235, mars 2006, p. 39.

[4] Ibid., p. 41.

[5] Idem.

[6] Idem.

[7] Jean-Claude Rouchy, Monique Soula Desroches, Institution et changement, processus psychique et organisation, Ed. Erès, Coll. Transition, Ramonville St-Agne, 2004.

[8] Idem.

[9] Jean Lavoué, Eduquer avec les parents, l’action éducative en milieu ouvert : une pédagogie pour la parentalité ?, L’Harmattan, Paris, 2000, La demande de justice en protection de l’enfance, L’Harmattan, Paris, 2004.

[10] Cf. notamment Maurice Berger, L’échec de la protection de l’enfance, Dunod, Paris, 2003.

[11] Laurence Bellon, L’atelier du juge, Ed. Erès, Ramonville Saint-Agne, 2005, p. 219.

[12] Renaud Sainsaulieu, Des sociétés en mouvement, la ressource des institutions intermédiaires, Paris, Desclée de Brouwer, 2001.

[13] Jean-Claude Rouchy, Monique Soula Desroches, op. cit.

[14] Cité par François Dosse in Michel de Certeau, Le marcheur blessé, Ed. La Découverte et Syros, Paris, 2002, p. 319.




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