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mercredi 31 octobre 2001
Pour une politique citoyenne en santé mentale
par Marcel JAEGER


La psychiatrie publique en France ne se sort pas de ses contradictions. Elle est toujours ballottée dans sa fonction de soin et dans sa fonction de protection de l’ordre social : à la fois réponse indispensable à la souffrance psychique et mise à l’écart du monde ; à la fois questionnée sur son incapacité à répondre à des demandes croissantes et suspectée de porter atteinte aux libertés individuelles.


Sa particularité, en effet, est de comporter dans son arsenal des mesures de contrainte (hospitalisation d’office, hospitalisation à la demande d’un tiers, unités pour malades difficiles...), qui, au vu de situations d’urgence, paraissent souvent indispensables, mais qui lui valent une sévère condamnation par le Comité pour la prévention de la torture et des peines ou traitements inhumains ou dégradants du Conseil de l’Europe. Les professionnels de la psychiatrie qui ne cessent de faire évoluer leurs institutions se seraient bien passés de cette mauvaise publicité. Car la psychiatrie ne se résume pas à la notion d’obligation de soins : l’hospitalisation « libre » est majoritaire dans les modalités d’hospitalisation à temps complet et surtout, la plupart des interventions se font en extra-hospitalier. Ce qui est exact, c’est que des mesures radicales doivent être prises pour la faire évoluer, non seulement dans son cadre institutionnel étroit, mais dans la perspective plus large d’une politique de santé mentale.

Reste une question centrale : comment construire une nouvelle politique de santé mentale avec ceux que l’on appelle, d’un mot peu gracieux, les usagers ? La représentation active des usagers est une thématique forte dans la législation hospitalière en général. Le nouveau Code de la santé publique s’ouvre sur le titre « Droits des personnes malades et des usagers du système de santé ». Il leur donne en apparence une place prioritaire, même si beaucoup d’insuffisances justifient le combat mené par le Collectif interassociatif sur la santé. Pourtant, ce qui vaut pour la santé en général a plus de mal à se concrétiser en psychiatrie : les associations d’usagers sont faibles et, à part de rares usagers dans les conseils d’administration d’hôpitaux, seuls les parents de malades mentaux sont représentés dans le conseil départemental de santé mentale et à la commission départementale des hospitalisations psychiatriques.

Que vaut la parole d’un fou ?

Cette différence de traitement entre les usagers de la psychiatrie et les autres usagers de la santé est fortement liée à la question de la validité de la parole des « fous » : que vaut une parole susceptible d’être envahie ou polluée par le délire ? Comment les usagers de la psychiatrie peuvent-ils être reconnus et entendus, alors qu’ils ont souvent, de par leur pathologie, des difficultés à être autonomes ou à être reconnus capables de raison ? L’accord semble pouvoir se faire sur leur information, beaucoup moins sur leur consultation et encore moins sur leur participation. Cependant, l’écart est énorme entre les 300 000 patients passant en hospitalisation complète sur une année dans 60 000 lits (le noyau dur des « vrais malades mentaux » ?) et les 1 200 000 personnes ayant affaire, toujours sur une année, à la psychiatrie publique, pour des soins le plus souvent hors de l’hôpital ; sans parler des 12 à 15 millions de personnes connaissant souffrance mentale et précarisation, d’après le Haut comité de la santé publique, ni de la surconsommation de médicaments psychotropes dans la population générale. Dans la plupart des cas, le besoin de soins médico-psychologiques ne signe pas l’existence d’une maladie mentale et il ne s’agit pas de psychiatriser la souffrance existentielle. Encore faut-il pouvoir répondre à des situations de détresse qui excèdent les contours de la seule psychiatrie publique. C’est bien pour cette raison qu’un large débat doit être engagé et que la politique de santé mentale ne doit pas être laissée aux seuls experts, aussi soucieux se montrent-ils des usagers.

Usagers, oui. Citoyens, faut voir...

L’institutionnalisation de l’aide à autrui, dans la santé comme dans l’action sociale, s’est payée d’une dépendance croissante des bénéficiaires et dont les prestataires finissent par reconnaître les effets négatifs. On peut comprendre ainsi que le thème des droits des usagers domine désormais dans les discours politiques et dans la législation. A première vue, tout le monde trouve son compte dans cette reviviscence des valeurs philanthropiques et dans le recentrage autour des personnes pour lesquelles la collectivité consacre des moyens non négligeables. Pour autant, une question s’impose : pourquoi parle-t-on plus de droits des usagers que de droits du citoyen, comme si s’opérait un décrochage de la première notion vis-à-vis de la seconde ? En fait, certains citoyens, usagers sous la dépendance d’autres citoyens censés assurer leur bien-être, ne sortent jamais de la sous-citoyenneté.

Mais comment peuvent s’exprimer les usagers alors que, par définition, ils ne sont pas en position de peser sur la décision publique, voire n’ont pas cette préoccupation ? Quelle citoyenneté pour les malades hospitalisés sous contrainte, même s’il ne s’agit que d’une minorité des patients ? Et qu’en est-il dans le secteur social et médico-social, où la réforme tant attendue de la loi de 1975 paraît loin de suffire à sortir de l’étroite logique des droits des usagers ?










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1 Message

  • > Pour une politique citoyenne en santé mentale 2 novembre 2001 16:47, par Maïté PERZO

    Monsieur,

    C’est avec grand intérêt que j’ai lu votre article "pour une politique citoyenne en santé mentale" car, actuellement en 1ère année CAFDES à l’IRTS de Marseille, nous étudions tous les secteurs tels que santé, social et médico-social et nous abordons bien sûr la réforme de la loi 75. J’ai été moi-même chef de service dans un foyer d’urgence (association 1901) et nous recevions des enfants de quelques jours à 18 ans dont très souvent les parents étaient en grande difficulté sociale mais aussi psychique. Bon nombre d’entre eux suivaient un traitement psychiatrique en hospitalisation ou en extérieur. J’ai souvent été confrontée, lors de réunion d’analyse de la pratique et de régulation à la position parfois très tranchée de certains éducateurs, à savoir : comment peut-il ou peut-elle s’occuper de son ou ses "gosses" alors qu’elle ou il est fou ? (je reste très correcte dans les termes car bien souvent ils sont plus "injurieux" vis à vis de ces familles. Même si le travail de lien avec ces familles n’est pas toujours aisé, il m’a toujours été intolérable de ne pas rappeler les droits de ces personnes (autorité parentale...) mais aussi leur place de citoyen à place entière. Je crois qu’il ne faut perdre de vue que la "raison" est vraiment une notion bien fragile et que l’homme peut à tout moment, en fonction de son histoire de vie, de sa fragilité ou non "basculé" dans le monde dit "fou". Le respect de la personne, quelle qu’elle soit est fondamental pour moi. C’est ce qui m’a permis de travailler en partenariat avec des travailleurs sociaux dans des situations parfois très complexe, respecter l’autre, c’est le reconnaître là où il en est avec ses compétences mais aussi avec ses fragilités. A ce sujet, votre livre sur l’articulation du sanitaire et du social est non seulement à lire mais à travailler avec l’ensemble de tous les professionnels qui accompagnent et soutiennent des personnes, enfants, adolescents, malades, personnes âgées dans le quotidien.

    L’autre point qui me fait réagir, c’est le sens que l’on peut donner aux mots. Je m’explique : si réformer la loi 75 ne doit rester qu’au niveau de textes revus et corrigés avec l’utilisation de "l’usager au coeur du dispositif..." ou le besoin "d’évaluation", le travail en "réseaux" en "partenariat" ou encore les mots "d’éthique" ou de "déontologie" sans que véritablement les "mentalités corporatiste" ne changent, je crains fort que ces mots soient une fois de plus "noyés" dans des discours "pompeux" où une fois de plus l’Etre Humain en tant que tel sera oublié, où, les personnes en difficultés ne pourront pas accèder au véritable sens leur permettant enfin de se saisir de leur réelle signification.

    Enfin, pour terminer sur une note plus optimiste, j’ai déjà eu l’occasion d’expérimenter le travail en partenariat avec des travailleurs sociaux convaincus du bien fondé de cette "intervention". Le résultat positif a dépassé ce que nous espérions modestement en attendre. Donc, l’espoir est permis .... de toute façon, je pense que nous n’avons plus le choix, ni le droit d’exclure des personnes à qui nous nous devons d’apporter l’accompagnement et le soutien auxquels ils ont droit (principes des droits fondamentaux repris dans la loi de lutte contre l’exclusion). Travailler le paradoxe fait partie de notre "lot quotidien". Il ne peut en être autrement.

    Maïté PERZO

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