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jeudi 26 avril 2001
Prévenir l’exclusion par le maintien en activité
par Jean-Claude LE MAIRE


En ces temps de béate admiration de la baisse des indicateurs du chômage, des effets de la « reprise » économique, la tentation est forte pour certains de s’interroger sur l’utilité de l’insertion par l’activité économique (IAE).


Attention aux faux-semblants ! Si l’économie insère en période de croissance, l’actualité nous le rappelle, elle exclut également en masse et pas seulement en période de crise ! Dans ses phases d’adaptation, elle a transformé beaucoup d’emplois à durée indéterminée en emplois précaires (CDD, intérim, temps partiel) et alourdi la facture sociale par le recours intensif aux départs en préretraite. A chaque embellie de l’offre d’emploi, on assiste, comme aujourd’hui, au phénomène « d’écrémage » permettant aux personnes les plus aptes à travailler de bénéficier de la reprise de l’embauche. Parallèlement, le nombre des laissés pour compte, subissant des situations de plus en plus éloignées de l’emploi, n’a fait que croître ; ils ne sont que partiellement comptabilisés au titre de noyau dur du chômage. D’où la situation paradoxale des milliers d’offres d’emplois qui ne peuvent être immédiatement pourvues par les millions de chômeurs encore inscrits ou non à l’ANPE.

Pour certains, il est tentant dès lors d’affirmer que beaucoup de ces personnes aujourd’hui au chômage ne veulent pas ou ne pourront plus accéder au marché du travail, d’où la nécessité de concevoir des formes de travail adapté faisant insidieusement éclore des esquisses de « CAT sociaux ».

Il est urgent de corriger les errements de la mise en oeuvre de la loi contre les exclusions ! A la lueur de ses premières années d’application, on peut dire que la loi du 29 juillet 1998 contient les ingrédients pour une lutte efficace contre les exclusions, à condition qu’elle soit appréhendée et animée territorialement par l’ensemble des acteurs politiques et socio-économiques et non pas administrée à coups de circulaires et d’instructions administratives - plus ou moins bien assimilées - entravant parfois la cohérence des actions et le travail dans la continuité.

Quelques urgences

Stopper l’atteinte au maillage du territoire par les associations intermédiaires (AI) ! En 1998 une étude [1] du ministère de l’Emploi soulignait que : « Plus de 500 000 personnes ont exercé une activité occasionnelle ou réduite de plus de 78 heures au cours du mois de juillet 1998. Il s’agit souvent d’un travail à temps complet, mais rarement d’une activité permanente. La pratique fréquente d’une activité réduite au cours de la recherche d’emploi semble favoriser le retour vers l’emploi. »

C’est le constat toujours mis en avant par les associations intermédiaires et leur réseau le COORACE ; il est nécessaire d’aider les chômeurs à rester actifs, pour favoriser leur réactivité en cas d’offre d’embauche ; en quelque sorte prévenir l’exclusion par le maintien en activité.

Les textes et mesures d’application de la loi ont multiplié les entraves à l’exercice des activités des associations intermédiaires vers le secteur marchand, et donc induit une telle baisse d’activité que, sur les 1 100 qui existaient en 1999, nombre d’entre elles sont aujourd’hui en difficulté de survie économique ou ont cessé leur activité. Une majorité de leurs bénévoles sont aujourd’hui découragés de n’avoir pas été entendus, et baissent les bras alors que c’est maintenant qu’on a encore plus besoin d’eux ; quel gâchis !

Est-ce cohérent de supprimer ces associations de proximité quand on constate que les personnes aujourd’hui au chômage de longue durée sont de moins en moins mobiles et ont besoin d’un accompagnement de plus en plus soutenu dans leur parcours d’insertion ?

Ne pas se cantonner à une gestion budgétaire des mesures pour l’emploi : les écarts sont de plus en plus grands entre les demandeurs d’emploi et les offres de travail disponibles, nous y décelons, malgré nos alertes émises lors de la préparation de la loi de finances à l’été 2000, les incidences néfastes de la diminution des CES. S’il est heureux que le nombre de CES employés indirectement par la puissance publique (hôpitaux, éducation nationale...) soit enfin circonscrit, il est dommageable que, pour les personnes en insertion et pour des raisons budgétaires, la durée des conventions CES soit bien souvent limitée à quatre mois. Cela rend par contrecoup inopérante l’excellente disposition de la loi qui permet le cumul d’un CES et d’une activité salariée complémentaire à partir du quatrième mois.

Est-ce cohérent avec la nécessité d’accompagnement dans la durée d’une part, et d’autre part avec le renforcement de la capacité des personnes à effectuer un travail soutenu qui leur permettra de retrouver progressivement un niveau d’activité proche des attentes des employeurs ? Les inciter et les soutenir dans la reprise d’activité cumulée c’est aussi les aider à dépasser le « seuil de pauvreté » !

A l’occasion du centenaire de la loi de 1901, du rôle attendu des associations dans la mise en oeuvre des contrats de pays et d’agglomérations, souhaitons que le monde associatif soit enfin entendu.

Post-Scriptum

Texte paru dans Lien Social le 26 avril 2001 - N°574










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Notes

[1] Premières Informations et Premières Synthèses 1998.11 - N° 45.1 : Les demandeurs d’emploi en activité occasionnelle ou réduite




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