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mardi 23 mars 2004
Proposition de l’AITEC pour un appel commun
par 789vegs


L’Association des intervenants,techniciens, experts et chercheurs (AITEC)est actuellement en discussion avec plusieurs organisations pour la mise en place texte d’un appel commun.


Voici le texte en cours de discussion. POur plus d’informations ou pour prendre contact avec l’AITEC : julien@reseau-ipam.org

Contre la confiscation des droits et des libertés Ni képis, ni vigiles :

Libération encore.

Militants du mouvement associatif ou syndical, travailleurs sociaux, magistrats, enseignants, infirmières, médecins, chercheurs, nous constatons depuis de nombreuses années une dégradation accélérée des droits sociaux et des libertés qui, arrachés par des luttes sociales et démocratiques, fermentent de génération en génération, l’espérance de libérations. Sous la pression d’un gouvernement déterminé à mener froidement une contre-révolution libérale et conservatrice, c’est une guerre sans précédent contre les pauvres qui est menée, comble du paradoxe, au nom de leur bien et de celui de leurs enfants. Cette politique anti-populaire et populiste prétend gouverner par la peur : la peur de la répression mais aussi la peur de l’autre, une peur qu’accroît une insécurité sociale grandissante.

Dans un contexte international marqué par une lutte contre le terrorisme qui sert d’alibi à la répression, à la surveillance généralisée et à la destruction des libertés, partout en Europe le pouvoir fait table rase des conquêtes sociales. Ce pouvoir arrogant qui substitue à l’action sociale et éducative la répression des populations les plus démunies prétend abolir notre héritage commun de luttes pour les droits sociaux et les libertés, pour le droit d’asile et la libre circulation. Cette atteinte à notre histoire commune, à notre intelligence partagée s’accompagne d’une politique répressive de plus en plus radicale, qui s’en prend majoritairement aux “ pauvres ” et s’étend progressivement aux classes moyennes précarisées et aux professions de l’art, de la recherche, de la santé, de l’éducation, du social. Tandis qu’on démantèle la recherche française et les services publics, tandis qu’on réduit la culture et l’art au rang de simples marchandises, on prétend faire le bien des pauvres en supprimant leurs libertés et leurs droits sociaux. Ces libertés, ces droits sont pourtant le fruit de leurs luttes, de celles de leurs aînés, de celles, demain, de leurs enfants. Ces libertés, ces droits sont apatrides et inaliénables : elles appartiennent au monde entier, à tous et à chacun.

Un pouvoir qui gouverne par la peur, gouverne aussi par nos peurs. Nous refusons de plier devant la terreur que le gouvernement veut instaurer entre nous et nos semblables Nous affirmons que nous, citoyens, par les solidarités que nous mettons en œuvre chaque jour, nous assurons mieux qu’un Etat policier, la protection de ceux qui nous entourent et celle de nos enfants. Notre protection ne nécessite ni képi, ni vigile : c’est par l’espérance et elle seule, c’est par la vigilance de nos luttes que nous assurerons le droit pour tous à un logement, à la santé, à un travail digne, la seule protection qui assure dans un même temps la liberté et la sécurité.

Le pouvoir gouverne en détruisant notre dignité : celle de nos enfants livrés à la répression, celle de nos parents ou grands-parents âgés traités comme un surplus, celle de ceux qui, en âge de travailler, sont accusés par le gouvernement de ne pas travailler assez, de ne pas assez aimer leurs enfants, de ne pas aimer convenablement leurs parents. Le pouvoir ne nous assure ni tranquillité, ni sécurité. En privatisant le social, en livrant l’espace privé au pouvoir policier, en accusant la famille de carence, d’insuffisance, de pathologie, il nous interdit d’amour, de vie, de création. Il nous abjure de ne plus penser.

Cette mise au pas teste nos capacités de résistance et de solidarité : elle est un défi pour chacun de nous. C’est pourquoi nous affirmons que l’attaque contre les pauvres est aussi une guerre contre l’intelligence et les libertés de tous. L’exclusion qu’elle accroît ne saurait être l’affaire des seuls exclus

• Une politique résolument anti-sociale

En s’attaquant au droit au chômage (diminution de la durée d’indemnisation), à la santé (réforme de la Sécurité sociale et diminution drastique des budgets de la recherche et des hôpitaux), à l’éducation (non-renouvellement des postes d’enseignants, diminution du nombre d’éducateurs dans les établissements scolaires, fermeture de classes, introduction de la Police dans les écoles et les universités), à la retraite (allongement de la durée de cotisation et diminution des pensions), au droit au logement (multiplication des expulsions sans relogement, restriction budgétaire sur les logements sociaux...), aux parents isolés, aux intermittents du spectacle, le pouvoir a confisqué le fruit des luttes passées. En poursuivant, le démantèlement des services publics, via les politiques de libéralisation/privatisation et/ou des réformes actives et en remettant en cause l’accès aux services pour tous, l’égalité de traitement, les solidarités, (énergie, télécommunications, hôpitaux, école), c’est l’avenir de nos enfants qu’il ampute irrémédiablement. Par sa politique répressive quotidienne, par l’intrusion partout de la police, c’est notre présent, ce sont nos libertés et nos solidarités ici et maintenant qui sont criminalisées, interdites de vie.

• De précarisation généralisée

Notre société d’aujourd’hui, ce sont :

- des salariés, soumis à la concurrence sur le marché du travail, à la pression d’un chômage de masse, relégués au rang d’unique variable d’ajustement des politiques économiques et de l’emploi, contraints de supporter seuls le coût de nouvelles dispositions (de la réforme des retraites à la protection des retraités de la canicule...) ;
- des retraités pauvres : avec l’augmentation de la durée de cotisation dans un contexte de chômage massif qui accroît la concurrence sur le marché du travail, de nombreux/ses salariés sont contraints à travailler au-delà de soixante-cinq pour obtenir une pension complète, ce qui conduit au retour de la pauvreté des “ vieux ” ;
- des chômeurs précarisés : avec la diminution de la durée d’indemnisation des chômeurs et des bénéficiaires du Revenu minimum d’insertion (RMI) ,avec l’instauration du Revenu Minimum d’Activité, un sous-travail sous rémunéré ne donnant droit ni au chômage et ni à une retraite indexée sur le salaire ;
- des jeunes, pour qui l’accès aux études reste entravé par la nécessité de bénéficier de droits continuellement refusés, pour qui les avancées en matière d’accès à l’emploi ou aux formations professionnelles sont remises en cause (emplois jeunes).

• Ordre moral, apartheid social et répression

Le pouvoir prétend substituer à la solidarité sociale une solidarité familiale, mais accuse, dans le même temps, les populations démunies de « communautarisme ». Comment la solidarité familiale ne serait-elle pas dépendante de la situation et des revenus de chacun, comment ne serait-elle pas pour les pauvres une solidarité matériellement pauvre ?

Cette accusation n’est pas une simple figure de rhétorique, elle s’accompagne de la création de nouveaux délits : des jeunes se réunissant dans des halls d’immeubles faute de logement autonome, faute de place, sont devenus des criminels :le droit des enfants est remis en cause avec l’abaissement de l’age où on peut les juger au pénal ; des délits de mauvaise parentalité sont créés avec stages obligatoires à l’appui ou incarcération des parents en cas de récidive des enfants. Le statut du Juge des enfants chargé de trouver un équilibre entre punition et protection est remis en cause.

• Atteintes au droit à l’éducation

L’augmentation de la part de financement des actions éducatives et des personnels non enseignants par les collectivités territoriales, le Département et la Région, dite loi de décentralisation, crée de facto des inégalités entre Régions et villes riches et pauvres. Associée à un gel du budget de l’Education Nationale, au non-renouvellement des postes d’enseignants à la retraite, à la diminution du nombre d’aides éducateurs, à la diminution des ressources du peri-éducatif, à la remise en cause du Collège unique : c’est l’école pour tous/tes, qui est menacée ; or, ses réels dysfonctionnements ne peuvent servir de prétexte à la remise en cause de ses principes d’inclusion : pour en améliorer le fonctionnement, des vrais moyens (humains et financiers) sont nécessaires. Les orientations actuelles visent au contraire un apartheid social masqué.

Élevé au rang de priorité numéro un au moment des élections d’avril 2002, le thème de “ l’insécurité ”, jamais définie clairement, a servi de prétexte à la mise en place de politiques contraires aux droits de l’enfant et du citoyen, à la restauration d’un ordre moral “ traditionaliste ”, redéfinissant la place assignée à la famille dans le nouveau contrôle social et mettant en cause radicalement la conception établie des politiques préventives, familiales et éducatives, et avec elles la nature du lien social. Parallèlement, le débat sur le voile, inspiré par des calculs démagogiques, a servi de prétexte pour montrer du doigt les populations issues de l’immigration et remettre en cause les solidarités interculturelles construites de longue date par les pratiques citoyennes.

La remise en cause des droits de l’enfant par la loi “ Sécurité et liberté ” est la conséquence de cette politique démagogique, paternaliste et méprisante : cette loi permet de livrer à une sanction pénale les enfants dès l’âge de 10 ans, et de les placer en détention provisoire dès l’âge de 13 ans. Elle interdit l’espace public aux jeunes : les regroupements dans les halls d’immeubles sont passibles de 2 mois de prison et 3750 euros d’amende. Elle redéfinit le rôle des éducateurs de la Protection Judiciaire de la Jeunesse en gardiens de prison dans les nouveaux “ centres fermés ”. Elle autorise l’emprisonnement de parents au nom d’un tout nouveau délit de “ mauvaise parentalité ”. De surcroît, en cherchant à installer, à la place des éducateurs, des policiers dans les établissements scolaires (mesure repoussée récemment dans un collège), la politique éducative et sociale actuelle substitue aux logiques d’intégration et d’apprentissage de la citoyenneté, une logique d’incorporation, l’école s’assimilant alors à une caserne ;

• Justice de village

Pour achever ce retour à un ordre anti-républicain et anti-social comparable à la période de l’occupation, une justice expéditive de village est instituée par l’accroissement des pouvoirs des maires en matière d’éducation et de prévention. Toute association chargée de suivi éducatif sera désormais contrainte de signaler le nom des jeunes dont elle assure le suivi, en contradiction avec le secret professionnel ;

Cette loi instaure, au nom de la lutte “ contre la délinquance et la criminalité organisée ” un délit de “ bande organisée ” pour tous les crimes et délits commis à deux ou plusieurs personnes, susceptibles de donner lieu alors à une procédure d’exception. Elle augmente, pour cette procédure, la durée de la garde-à-vue jusqu’à 4 jours y compris pour les mineurs de 16 à 18 ans, sans avocat avant la 48e heure. Elle permet de ficher les personnes pour une durée pouvant aller jusqu’à 30 ans, y compris les mineurs de 13 ans. Elle autorise les perquisitions de nuit et la pose de micros et de cameras dans des lieux privés ; elle augmente le pouvoir de la Police et du Parquet au détriment de la défense et du juge des enfants. Elle permet aux maires d’être informés par le procureur des affaires et enquêtes en cours concernant ses administrés. Elle prive du droit de recours les justiciables abusés. Elle instaure le plaider coupable, c’est-à-dire, pour une infraction de 5 ans, la possibilité pour un prévenu de marchander sa peine (jusqu’à un an de prison) avec le procureur, en présence de son avocat.

• Libération encore

Face à la restauration d’un ordre conservateur, traditionaliste et libéral à la fois, qui s’attaque à toutes les garanties en matière de liberté, de justice et de protection sociale, notre volonté de conquérir une autre société est intacte. C’est elle qui nous lie à notre passé, un passé de soulèvement contre les tentatives restauratrices et c’est elle qui nous lie à un futur possible. C’est pourquoi, nous appelons, avec l’ensemble des collectifs, associations, syndicats, militants et citoyens qui ont mené, depuis des mois, des combats incessants, à une nouvelle lutte de libération. Nous sommes aujourd’hui dans une situation d’urgence qui exige de relever massivement le défi en s’appuyant sur le socle commun de nos luttes, sur cet élan vital qui nous fait entrevoir combien la liberté de l’autre nous est chère, combien elle est nôtre, combien elle accroît notre liberté. L’air qui se raréfie pour l’exilé, l’immigré ou ses enfants, l’air qui se raréfie pour les enfants, les pauvres, les précarisés, pour les chercheurs, les créateurs, ceux qui enseignent, ceux qui soignent mais aussi ceux qui sont enseignés, soignés, c’est l’air que nous respirons tous.

Nous ne livrerons ni nos voisins, ni nos collègues, ni nos aînés et nos enfants aux prédateurs. Nous n’accepterons pas la fable des luttes sectorielles. Les libertés de ceux qui luttent sont toutes les nôtres, elles grandissent et grandiront avec celles de nos enfants, à l’abri de nos libertés, de nos droits, de notre protection solidaire enfin libérés.








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