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mardi 18 novembre 2003
Refonder
par Jean-Michel BELORGEY


« Le social » n’est pas aimé. Ni par les entreprises qui le pensent en termes de prélèvements fiscaux et sociaux, ou, plus trivialement, de « charges sociales ». Ni par les décideurs publics, qu’ils soient de droite (parce que c’est la philosophie de la droite de nier les responsabilités collectives, et de mettre l’accent sur les responsabilités individuelles, et la sanction que mérite leur défaillance), ou de gauche (car la gauche a pris la mauvaise habitude de croire que son destin dépend des séductions qu’elle peut exercer à droite, et le néolibéralisme y fait autant de ravages qu’à droite).


Ni par le tout venant des forces organisées, qui ne voient le social qu’à leur porte, et le pourfendent ailleurs, alors même que les défis sociaux d’aujourd’hui ne présentent plus le même visage que ceux d’hier. Ni même, souvent, par ceux qu’on en croyait les vestales : travailleurs, établissements, et services sociaux, gagnés, pour les premiers, par la lassitude, trop sensibles un temps aux sirènes politiques, démobilisés aujourd’hui sur ce terrain aussi ; pris entre deux feux, les seconds, et trop soucieux parfois de leur survie (on ne peut faire sans être, mais on peut aussi en venir à être sans faire) pour rester fidèles, autrement qu’en paroles, à leur vocation.

Autant dire que refonder n’est pas un mince enjeu. Mais refonder quoi ? Les stratégies ? Les pratiques dans un cadre stratégique renouvelé, ou, si les attentes à cet égard sont déçues, et il y a toutes les chances qu’elles le soient, à cadre constant, ou plutôt, dégradé (les redonnes consommées en matière d’A.S.E., d’Institutions sociales et médico-sociales, celles en cours en matière d’intégration des étrangers, de R.M.L, de protection de la jeunesse, de toxicomanies, etc...).

Les acteurs du social, du très social surtout, sont à la fois des professionnels (dans la meilleure hypothèse et des citoyens (s’ils n’inclinent pas à l’oublier). Il leur appartient d’agir sur les deux terrains. Comme citoyen pour les décideurs, par ignorance, bêtise, ou parti pris, ne jouent pas à la baisse la cohésion sociale, et à la aussi les souffrances et les humiliations individuelles et collectives des plus faibles. Comme professionnels pour que si incompétents, vindicatifs, et forcément du coup oppressifs et mutilants que puisse être les choix politique effectués, il soit possible d’optimiser les chances de ramasser les miettes.

La nouvelle étape de la décentralisation, qui s’amorce, réaffirmera la tendance à couronner quelques têtes pour élargir la clientèle des pouvoirs, à rétrocéder des compétences pour désorganiser des rapports de force, invisibiliser des enjeux, favoriser les contingentements et la maximisation des tendances à la répression de l’anomie, des effets aussi de prise en otage. Cela risque de rendre de plus en plus difficile la tâche des travailleurs sociaux. Il faudra néanmoins qu’ils s’astreignent, en tant que professionnels, et cela à peine de forfaiture, l’accomplir, en tant que citoyens à préparer des lendemains meilleurs. En n’ignorant jamais qu’ils sont certes des préposés, mais que l’usager est la raison d’être de l’existence, et qu’en s’appuyant sur lui, en même temps que sur l’expérience acquise, sur le terrain et/ou par leur réflexion personnelle, ils sont en mesure d’équilibrer (non pas de s’en libérer), le mandat qui leur est décerné par les pouvoirs. L’Europe n’a pas mis le « social » au premier rang de ses préoccupations, sauf, dans une certaine mesure, un social porté par les forces ayant traditionnellement pignon sur rue, politiquement solvables, et par-là même plus ou moins politiquement compromises. L’avenir de la défense du monde du travail est inséparable pourtant de la mise à jour d’un juste dosage entre son expression par le canal des forces syndicales, et son expression par les travailleurs eux-mêmes. Le recours à l’une ou l’autre solution à l’exclusion de l’autre ouvre les voies à la collusion avec le patronat. Mais, au-delà du monde du travail, il faut parvenir à ce que soit pris en compte la condition de ceux qui en sont, involontairement la plupart du temps, contrairement à la rumeur, exclus ; et, pour cela, rejetés, mis à l’écart, et/ou mis en tutelle, sous le signe d’un dualisme plus ou moins suave, plus ou moins féroce, féroce même quand il est suave. Et, au-delà de ce qui concerne les nationaux, parties prenantes ou non au monde du travail, il faut encore parvenir à ce que l’essentiel des efforts de l’Europe, de ses législateurs communautaires ou nationaux, de ses exécutifs, de ses juges, ne soit pas consacré à s’arc-bouter contre une invasion étrangère dont elle ne viendra à bout, si elle y parvient, qu’en sacrifiant l’essentiel de ses valeurs de démocratie et de liberté.

L’étrange conjugaison, qui prévaut aujourd’hui en Europe occidentale, de la primauté du marché, avec son cortège de privatisations, de dépéréquations, de démantèlements, des dispositifs de solidarité, et du renforcement, pour tous ceux que l’échec sur le marché n’autorise pas à s’abandonner, comme les triomphateurs, aux débordements libertaires, de disciplines sociales peu ou prou oppressives, c’est contre cela qu’il faut s’inscrire en faux, lutter au quotidien sans trouver dans quelque préalable que ce soit une excuse pour se retirer sous sa tente. A cette fin, il faut savoir faire preuve de l’imagination citoyenne voulue à l’occasion des urnes, par l’action syndicale non corporative, par la vie associative non boutiquière et non routinière, le combat dans les prétoires, l’intelligence, la ruse, la rue.

Refonder, oui. Sans trop d’égards donc pour le passé, de crispation sur les droits acquis. Ou on ne refondra rien ; on ne sauvera même rien, ou ce qui ne vaut pas la peine de l’être. Mais en ne cédant rien aux rumeurs, ni aux modes. En refusant les slogans -la dénonciation de l’Etat Providence, de l’assistanat, de l’incitation à la paresse ; la responsabilisation, etc...-, et leur cortège de sous-entendus ignobles.

Refonder : renoncer aux complicités comme aux illusions, y compris vertueuses, à la fascination des avoirs inutiles comme à la tentation des pragmatismes anti-intellectualistes ; accepter les régulations, non sans auparavant, vérifier de quelles éthiques elles se réclament ; ne pas sacrifier le présent à l’avenir ; ni l’avenir au présent.








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