Un regard...
en 650 articles
et 365 signatures d'auteurs
sur l'essentiel de la presse du TRAVAIL SOCIAL









dimanche 20 juillet 2003
Synthèse des thèmes abordés dans les ASH en mai et juin 2003
par Hélène CORNIERE


« 7.8.9 » a estimé judicieux, comme précédemment, d’effectuer une synthèse des thèmes abordés par l’hebdomadaire ASH, en mai et juin 2OO3, lesquels sont au centre de nos préoccupations.


A LES TENSIONS ont occupé, au cours de cette période, une place prépondérante, essentiellement du fait d’orientations gouvernementales largement contestées par de multiples acteurs de terrain.

-  Ainsi, le service social scolaire s’est fortement mobilisé contre le projet de décentralisation. Il souhaite demeurer au service de l’Etat, garant d’une politique nationale, et non pas travailler sous la coupe d’élus dont les idéologies et les politiques diffèrent selon les localités. A ce débat particulièrement sensible s’en est ajouté un autre inhérent aux résultats d’une recherche interministérielle consacrée au thème récurrent de la déscolarisation. Les assistants sociaux ont vivement réagi aux observations effectuées par les enquêteurs dont l’interprétation est remise en cause. Par exemple, l’étude précitée dit que la situation familiale et individuelle constitue la clé d’interprétation essentielle de la situation scolaire, au détriment d’une prise en compte du rôle de l’école dans l’échec, l’absentéisme et la déscolarisation. Les assistants sociaux contestent cette affirmation : ils apportent bien sûr des éléments de compréhension sur le registre familial, mais leur analyse dépasse de loin ce contexte et interroge le rôle de l’institution.

-  La question du RMI et du RMA a fait aussi l’objet de nombreuses et vives réactions.

a) Le Conseil général devrait assurer, au 1er janvier 2004, le pilotage intégral du RMI, tant pour son volet prestation, que pour son volet insertion. Par conséquent, le CG serait compétent pour toute décision relative à cette prestation : attribution, renouvellement, suspension, dans un contexte plus contraignant, puisque un contrat d’insertion devra être conclu obligatoirement dans un délai de trois mois suivant le paiement de l’allocation, et que la commission locale d’insertion (CLI) perdra ses prérogatives en matière d’approbation du dit contrat. Les opérateurs contestent ces orientations, lesquelles accroissent le risque de mettre en échec les personnes fragiles, prêtes à accepter des engagements qu’elles ne seront pas en mesure de tenir, avec pour conséquence la perte de leur seul revenu le RMI. C’est la raison pour laquelle ces acteurs ont demandé des aménagements.

b) Le RMA devrait être un contrat de travail à durée déterminée et à temps partiel ; réservé aux allocataires du RMI le percevant depuis au moins deux ans. Il est destiné non pas aux personnes les plus en difficulté, mais pas non plus proches du marché du travail par les biais classiques Le bénéficiaire, à nouveau sur les rails du travail, devrait percevoir un revenu au moins égal au SMIG horaire pour les heures travaillées, payé par l’employeur, lequel percevra des aides à cet effet. Mais dans le contexte actuel, existe t’il 500 000 places sur le marché du travail pour ces personnes, s’interrogent certains acteurs de terrain, étonnés que l’on finance les entreprises pour ces embauches au moment même où l’économie est de rigueur sur les budgets d’insertion. Cela risque de produire plus un effet d’aubaine pour l’entreprise qu’une véritable chance d’insertion pour cette catégorie de salariés, objectent-ils.

-  Les actions et les dispositions menées ou prises en direction des étrangers ont aussi largement défrayé la chronique. Ainsi, la Ligue des Droits de l’Homme et Médecins du Monde ont largement dénoncé les expulsions de Roms des terrains sur lesquels ils étaient installés. Ces observateurs alertent l’opinion publique pour plusieurs raisons : les expulsions se réalisent dans des conditions de plus en plus violente tandis qu’aucune solution décente de relogement n’est proposée. Par ailleurs, certains Roms ont été placés en centre de rétention, et d’autres renvoyés en Roumanie. Ils sont également désormais concernés par " le délit de pauvreté ", lequel peut les rendre passibles d’expulsion.

-  Sur un plan plus général, le gouvernement s’attelle, par le biais du projet de loi Sarkozy, au durcissement des conditions d’entrée et de séjour en France. Néanmoins, il a, sous la pression, " reculé " au niveau de la double peine. Quelques exemples illustrent concrètement cette orientation : La durée de présence obligatoire pour prétendre à une carte de résident serait portée de trois à cinq ans, et subordonnée à " l’intégration satisfaisante de l’étranger dans la société française "

-  Le regroupement familial et les mariages seraient aussi davantage " cadrés ". Enfin, un dispositif régional d’accueil et d’évaluation , piloté par l’Etat, devrait prendre en charge les mineurs isolés, particulièrement nombreux en Ile de France Il devrait favoriser, dans la mesure du possible, le retour des mineurs dans leur pays d’origine. La Commission nationale des droits de l’homme a procédé à une vive attaque du projet de loi qui " affecte à maints égards le droit d’asile ".

B DES MODES D’ORGANISATION OU DES STRUCTURES INNOVANTES malgré un dénominateur commun budgétaire réduit, se battent pour continuer à exister et à offrir une aide adaptée à la situation, mais aussi à la sensibilité des usagers.

Ainsi, des appartements faisant partie du contingent HLM, spécialement équipés pour les personnes atteintes de maladies neuro-musculaires, leur permettent de vivre de la même manière que d’autres citoyens autonomes ; tandis que les appartements de coordination thérapeutique, jusque là réservés aux seules personnes touchées par le VIH, s’ouvrent à des patients atteints d’autres pathologies.

Du côté des enfants, certains relais parentaux, en proposant un accueil ponctuel et rapide, jouent un rôle important de soutien à la parentalité et de resserrement des liens familiaux ; D’autres services, même s’ils utilisent d’autres moyens tels que les séjours chez des assistantes maternelles, travaillent autour des mêmes visées. Il convient de souligner que les opérateurs qui agissent au sein de ces structures font des constats quantitatifs et qualitatifs :la demande ne cesse de croître ainsi que la lourdeur des situations. La contradiction avec les moyens alloués est donc évidente.

Les adolescents et les jeunes majeurs " en rupture ", constituent une préoccupation récurrente pour les travailleurs sociaux, lesquels se heurtent à une insuffisance de réponses adaptées. Néanmoins, des micro-réalisations ouvrent des perspectives, même si la question de l’essaimage reste en suspens.

Ainsi le relais départemental de Vendée leur propose un hébergement d’urgence tout en prenant le temps d’écouter et de trouver le relais pertinent susceptible d’intervenir sur un long terme. En évitant le morcellement des réponses, on limite le " décrochage " de ces populations , souvent réfractaire au premier.

Face à l’ampleur des besoins en termes de protection de l’enfance, dans un contexte sociétal complexe et diversifié (femmes isolées, affaiblissement de l’autorité parentale, parents en souffrance psychique), ces initiatives constituent des réponses qualitatives à l’échelon des problèmes.

Mais promouvoir les bonnes pratiques, en faciliter l’essaimage, suppose évaluation et coordination.

C’est dans cet objectif qu’un Observatoire de la Protection de l’Enfance pourrait voir le jour en 2005.

Il permettrait de disposer de données fiables et partagées entre l’ensemble des structures, lesquelles s’avèrent être plusieurs centaines dans chaque département !

Pour ce faire, des études pluridisciplinaires, la réalisation de " conférence de consensus ", comme il en existe dans le domaine médical,, sur le diagnostic et la méthodologie, pourraient être mises en oeuvre.

C) Certains PUBLICS, grâce à l’état d’esprit qui anime ces structures innovantes, bénéficient de réponses adaptées, lesquelles sont l’antithèse des réponses dites " rationalisées " Ainsi, en Bretagne, un établissement recevant des personnes âgées a résolument bousculé les pratiques inhérentes " au tout sécuritaire ", pour permettre aux résidents de garder une certaine liberté,, comme circuler à l’extérieur ou se lever à l’heure de leur choix. Dans un ordre d’idées proche, un autre établissement, s’adressant au même public, a " révolutionné " la question de l’argent. Les résidents payent eux même les frais de leur séjour dans l’institution, et disposent d’argent personnel, au grand étonnement des familles, lesquelles, dans l’ensemble, estiment que les aînés n’ont plus besoin de rien à partir du moment où ils vivent en institution !Il s’agit de moyens concrets garantissant dignité et citoyenneté par opposition aux discours creux valorisant l’une et l’autre malgré l’absence de contenus réels.

Accueillis le jour ou hébergés, les personnes qui séjournent à l’association " les invités au festin " de Besançon, bénéficient d’une dynamique comparable, qu’elles aient été exclues de par leur souffrance psychique ou désinsérées. Cette initiative, basée sur leur participation active, est complémentaire des soins et s’inspire de la philosophie des lieux de vie.

L’association Emmaus France, quant à elle, considère avoir inventé le RMA avant les dispositions gouvernementales. Mais il n’a " rien à voir " avec ce dernier ! En effet, chacun retrouve certes une dignité par le biais du travail, mais celui ci est adapté à la mesure de chacun et combiné à l’accueil . De cette manière, la coproduction de solidarité à Longjumeau prédomine sur des critères de rentabilité souvent inatteignables.

En revanche, des blocages subsistent pour certaines populations ; Ainsi, la présence de personnes atteintes de troubles psychiques en prison pose un éventail de problèmes d’ordre quantitatif et qualitatif. Elles sont de plus en plus nombreuses, esseulées, rejetées, parfois agressées, et donc bénéficient moins que les autres des activités carcérales. Par ailleurs, leur réinsertion socio-professionnelle étant problématique, elles accomplissent souvent la totalité de la peine. Enfin, le lien avec les secteurs psychiatriques, déjà débordés, n’est pas aisé à la sortie car l’étiquette de détenu véhicule un fantasme de violence. La situation, faute de perspectives, est extrêmement préoccupante puisque 55% des entrants en prison présentent au moins un trouble psychiatrique. Sont aussi oubliées les personnes handicapées victimes de maltraitance en institution. Même si rares sont les faits graves ou spectaculaires,, une succession de petits actes créent les conditions de l’isolement et de la souffrance de ces personnes, lesquelles sont en proie à un sentiment de culpabilité ou de honte, tandis que leurs familles adoptent aussi " la loi du silence ", de peur de perdre une précieuse place en établissement. C’est pourquoi un rapport effectué par une commission sénatoriale propose d’améliorer le dispositif de signalement, par le biais d’un service d’accueil téléphonique et la levée du secret professionnel des médecins à l’ensemble des cas de maltraitance envers les personnes vulnérables.

D) LES PERSONNELS, à travers les expérimentations relatées au cours de cette période, ont aussi largement exprimé constats et propositions.

- Sur le plan économique, ils dénoncent tous la raréfication des moyens ainsi que la contradiction qui existe entre d’une part, l’augmentation des besoins, et d’autre part la nécessité de répondre à ceux ci de façon adaptée à la sensibilité des publics.

- Ils évoquent aussi la dominance des pratiques sécuritaires, qui se traduit par une législation de plus en plus contraignante. Il ne s’agit pas d’en nier la nécessité, mais de remettre en cause le fait qu’elles ne peuvent constituer le seul axe de travail ! Se pose donc la question de concilier ces règles et le droit à l’autonomie des publics. C’est par exemple à quoi se sont attachées les institutions novatrices ayant en charge les personnes âges. Cette nécessaire compatibilité doit être mise en débat.

- La souffrance psychique de populations très diverses préoccupe, bien sûr en soi, les professionnels, mais aussi parce que son insuffisante prise en compte par les institutions chargées d’une autre mission rend celle ci difficilement réalisable, voire provoque des dérives. Ainsi les TS en milieu carcéral deviennent des " pompiers de service ", amenés de plus en plus à intervenir, non pour assurer un travail d’accompagnement, mais pour régler des problèmes dus à l’intolérance à l’institution. C’est pourquoi des propositions de formation, tant des surveillants que des conseillers d’insertion et de probation, pas mieux armés dans le domaine des connaissances psychiatriques, sont émises.

- Des inquiétudes, et tant mieux, ont aussi été exprimées quant à la similitude de définition de la prestation de service dans le secteur marchand, et le travail social dans le contexte de la relation de service . Elle menace à long terme notre métier : on finit par oublier le travail essentiel à force de vouloir s’inspirer du secteur marchand en matière de prestation de service. Il est intéressant et honnête d’émettre des critiques qui ne concernent pas les seuls décideurs !

- Reste que si des intervenants ont su faire reconnaître leurs actions innovantes tels que ceux des lieux de vie, lesquels pourront désormais recevoir aussi des adultes en situation de précarité, l’insuffisance de personnels, conjuguée à une notion de responsabilité qui pèse de plus en plus lourd, préoccupe largement l’ensemble des acteurs

D’autant que la pénurie de travailleurs sociaux plane sur un horizon proche.

Hélène Cornière, " Mouvances et Réseaux Villages "








# Dans la même RUBRIQUE
11 Articles

Un bilan des États généraux du social
Dans un mois, les États généraux du social
Action sociale et valeurs de la République
Refonder
C’est toute l’action sociale qui est sinistrée
MANIERES DE PENSER LE SOCIAL
Edito du journal N°1 des Etats Généraux du social
Compte rendu de l’Assemblée Générale du 14 mai 2003
Service public et/ou service du public
USAGERS : UNE MALTRAITANCE QU’ON NE PEUT PLUS CACHER
APPEL



Une Réaction, un Commentaire...?


  • (Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.)









 

Vos Réactions...


Sur le Forum...

29 décembre 2016
RECONNAITRE ET VALORISER LE TRAVAIL SOCIAL - Un Rapport et 23 Propositions
ces recommandations sont pertinentes.

8 décembre 2016
La maltraitance des personnes âgées vulnérables
Madame, Merci pour cette analyse précise dont j’ai hélas trop tard compris les mécanismes. En effet, je sors de mon silence avec une (...)

13 juin 2016
La maltraitance des personnes âgées vulnérables
la matraitance peut etre du aussi a l etat psychologique des enfants .Enfant depressif, narcissique desociabilise car eux meme sont a la (...)


13 février 2016
La place du social dans la santé
article à lire et à imprimer

7 décembre 2015
"Plume", la revue du CLICOSS 93
est ce possible de recevoir la revue du clicoss 93 du mercredi 07/01/2007 , ?je faisais partie de cet atelier ! merci ,si cela est possible (...)

2 novembre 2015
Définition du Travail Social
Le travail social se base essentiellement sur le sens de l’amour de l’outre ,le sens d ’altruisme , la justice sociale , le (...)


Information équivalences diplômes assistan ...
Enquête métier
Recherche de stage gratifiable
CDI ASS
référence éducative [1]
journal et handicap
ETP ou passer son chemin?!
prepa concours
Besoin d'un Réseau de travailleur social su ...
Éducatrice Spécialisée en libéral
Urgent:offre d'emploi CDI+CDD 78 (meulan ,le ...
URGENT OFFRE EMPLOI CDD 95
Poste d'Auxiliaire de Puericulture et EJE en ...
CDD d'AS 6 mois Lyon
Postes d'éducateurs et éducatrices de rue ...
Dernier document mis en ligne

Le baromètre 115 synthétise les demandes et réponses faites au numéro d’urgence au cours du mois de juillet 2016 dans les 45 départements étudiés et à Paris.

Droits de diffusion

Conformément à la législation sur la propriété intellectuelle, l'ensemble des documents publiés sur OASIS ne peuvent être reproduits sans autorisation. Hormis sur Internet, sont autorisées la reproduction et la diffusion non commerciales des articles du magazine, sous réserve de citation obligatoire des sources.
© OASIS - 1999/2015

| Se connecter | Plan du site | RSS 2.0 |  Contacts |