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mardi 25 février 2003
Une marche des femmes contre les ghettos et pour l’égalité
par Joël PLANTET


Les filles des quartiers affirment avoir été maintenues à l’écart du débat sur la parité, l’avoir vécu « comme les soldes chez Hermès »... Certaines d’entre elles ont décidé d’attirer l’attention des pouvoirs et opinion publics. A travers toute la France, une marche fait actuellement avancer la cause. Un tournant dans le combat féministe français ?


En juin 2000, le Secrétaire général des Nations unies, Koffi Annan, avait reconnu que si la violence à l’égard des femmes avait été rendue illégale presque partout depuis 1995 - date de la quatrième Conférence mondiale sur les femmes - elle avait pourtant, de fait, bel et bien augmenté. Selon la Banque mondiale par exemple, plus de 20 % des femmes dans le monde ont été victimes de violences physiques ou d’agressions sexuelles. Et en France ? « La friche économique et politique que sont « les cités » ou encore « les banlieues » a permis que se constituent des îlots où non seulement la révolution féministe n’a pas lieu, mais où se développe une sorte de fondamentalisme machiste », éditorialisait ces derniers jours Philippe Val dans Charlie Hebdo.

Dans le cadre d’États généraux préparés depuis deux ans, elles ont été 250 femmes à lancer, fin janvier 2002, à la Sorbonne à Paris, un appel intitulé Ni putes ni soumises. Les revendications portaient essentiellement sur ce que le sociologue Éric Debarbieux avait dénommé « l’oppression quotidienne » : certains « jeunes organisés en bandes mafieuses, intégristes de tous bords et extrême droite sont devenus des alliés objectifs sur la question des femmes », constatent ainsi amèrement les initiatrices de la marche dans le journal Pote à pote. Dans la foulée, l’oppression économique, les violences de tous ordres, les traditions culturelles archaïques, les interprétations abusives de textes religieux sont également dénoncées. Notant une grande différence entre les dernières générations, la sociologue Nacira Guérif, auteur du livre Des « beurettes » aux descendantes d’immigrants nord-africains, parle, par exemple, des mêmes discriminations à l’emploi que pour les garçons.

Le quotidien des femmes et des jeunes filles des quartiers reste trop souvent lié, estiment les marcheuses - qui parlent de « régression constante » de leurs conditions -, à des faits de sexisme et de violence subie (physique, sexuelle, morale, verbale...), de discrimination, de précarité (financière, sociale, professionnelle), sur fonds de poids des traditions et de la religion. La manière de vivre la sexualité est souvent problématique, cachée, non protégée, entraînant une image dégradée, parfois violente.

Les discriminations en débat

Organisatrice de la manifestation, la Fédération nationale des Maisons des Potes [1] entend bien concrétiser une dynamique collective : des commissions de femmes des quartiers ont été créées, de même que des comités départementaux de vigilance ; des questionnaires ont été lancés pour des doléances capitalisées dans un Livre Blanc des Femmes des Quartiers, présentant à la fois valeur de diagnostic et de témoignage ; des partenariats ont été établis avec les associations concernées (SOS Femmes battues, Planning familial, etc.).

Les « marcheuses » - de fait, il s’agit d’une petite caravane de deux voitures - sont parties le 1er février de Vitry sur Seine, la ville même où Sohane, 17 ans, s’était fait brûler vive. Leur tour de France les fera traverser une vingtaine de villes, chaque comité départemental organisant actions et débats autour des problèmes mentionnés dans leur manifeste de revendications. Une manifestation nationale parisienne clôturera le périple le 8 mars.

A Narbonne, le 10 février dernier, après qu’une délégation ait été reçue par la sous-préfecture (le sit in prévu devant l’office HLM a finalement été annulé), le débat a porté sur les discriminations face au logement ; trois jours plus tard, à Pertuis, des mini-débats et une projection étaient organisés. Soraya Mekdad, issue de l’immigration, conseillère municipale de cette ville de 18 000 habitants et fondatrice de l’association Des femmes et des sens, est convaincue du travail qu’il reste à faire : « C’est loin de n’être qu’un problème de banlieue », nous a-t-elle assuré, forte de son parcours personnel. Fin janvier, une réunion d’information avait réuni soixante personnes, à l’issue de laquelle a été créé un comité de vigilance.

Une expo à Vitrolles, des spectacles et un débat (« S’aimer dans les quartiers ») à Marseille, un autre sur l’intégrisme à Lyon. Le 21 février, la caravane arrive à Strasbourg, un débat sur les violences urbaines y étant prévu. Lundi prochain à Metz, on parlera de participation des femmes et d’accès à la citoyenneté ; le surlendemain à Charleville-Mézières, du poids des traditions ; à Lille, le 28, un débat aura lieu autour du viol collectif, avec Samira Bellil, auteure de Dans l’enfer des tournantes.

La marche symbolise le chemin qu’il reste à faire : les réponses se conjuguent bien évidemment en termes d’éducation et d’emploi, de mixité sociale, de politique d’urbanisation à échelle humaine, d’éradication de ce véritable sentiment d’insécurité qu’ont trop souvent les filles et femmes des quartiers, mais aussi de reconnaissance des associations et de démocratie locale.

Post-Scriptum

Article paru dans la revue LIEN SOCIAL - N° 654 du 20 février 2003










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Tribunal administratif de Dijon, Ordonnance du 03 juillet 2020 n°2001398 (réf. susp.) Pour refuser l'octroi d'un titre de séjour mention salarié ou travailleur temporaire, art L 313-15, le préfet, qui estime que la véritable identité de l'intéressé n'est pas établie en se bornant à relever que les documents produits à l'appui de sa demande de titre de séjour (jugement d'autorisation d'inscription de naissance et un extrait de registre d'état civil) n'ont pas fait l'objet d'une analyse par la police aux frontières, sans critiquer sérieusement leur authenticité, et qu'une procédure judiciaire antérieure a débouché sur un rappel à la loi par officier de police judiciaire, commet une erreur d'appréciation de nature à faire naître un doute quant à la légalité de la décision contestée. Suspension de la décision et injonction de délivrer sous 48h une autorisation provisoire de séjour autorisant à travailler
Cour de cassation, Chambre criminelle, 6 janvier 2021, n° 20-81.242, Caractérise le délit de faux au sens de l'article 441-1 du code pénal le fait, par la prévenue, de prendre la qualité de représentante légale d'un jeune homme dont la minorité n'est pas établie, sur des documents destinés à formaliser l'inscription scolaire de celui ci, et de certifier, par sa signature, l'exactitude de ces renseignements, dès lors que ces agissements ont permis que l'intéressé soit effectivement inscrit dans un établissement scolaire, ce qui a entraîné nécessairement des conséquences juridiques et ce qui est de nature à causer un préjudice pour le service de l'ASE auquel l'intéressé était confié et qui était tenu d'assurer la prise en charge de ses frais d'entretien et d'éducation. L'inscription effective de l'élève démontre que la prévenue a fait usage des documents qu'elle a renseignés de façon erronée. S'ils consacrent le droit à l'éducation, ni l'article 28 de la Convention relative aux droits de l'enfant de 1989, non plus que les articles 2 du premier protocole additionnel à la Convention européenne des droits de l'homme, L. 111-1, L. 122-2 et L. 131-1 du Code de l'éducation, n'autorisent quiconque à falsifier des documents et à en faire usage à cette fin et ne sauraient donc constituer un fait justificatif au sens de l'article 122-4 du code pénal.
CP – Me Gabriel Lassort : « Le département de la Gironde met à la rue des dizaines de jeunes en période de trêve hivernale et d'urgence sanitaire »
 



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Notes

[1] Marche nationale des femmes - Contact : Pote à pote 190 bd de Charonne - 75020 Paris. Tél. 01 44 93 23 23 - www.macite.net




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