dimanche 18 mai 2003



« Quoi de neuf dans le domestique ? »

le Sociographe






Quelques lieux du domestique

Lorsque nous avons décidé de mettre en place un numéro sur la question du domestique, chacun de nous avait des représentations toutes particulières de ce que pouvait recouvrir le terme domestique. Selon que nous étions plutôt dans le travail de l’éducation spéciale, ou de l’éducation des jeunes enfants, ou encore dans l’intervention sociale ou bien dans l’économie sociale et familiale ; nous nous représentions le domestique en foyer, en crèche, comme accès au logement ou encore comme entretien de la maison. Nous n’avions pas de référence commune nous permettant de traiter du domestique de manière transversale.

Qui plus est, selon le regard historique, sociologie, ethnologique, psychologique ou autre, nous avions tous un point de vue singulier dont l’ensemble paraissait assez éparpillé. Nous avions envie de nous confronter sur ce sujet dans un débat qui opposerait le « domestique » et ses valets, ou encore le « domestique » et ses professionnels.

Cette deuxième perspective, bien que non-exclusive, paraît valide au regard de la manière dont notre « appel à auteur » a fonctionné. Il nous a fallu donc travailler sur ce qui pouvait, dans le domestique, traverser les réalités vécues, les pratiques, les professions et les champs disciplinaires.

Au regard des textes que nous publions aujourd’hui nous avons retenu du domestique la question du contenant et du contenu dans sa dimension dialectique.

En effet, on peut décliner cette dialogie par le dedans et le dehors de l’habitat, mais aussi par le fond et la forme, par le rentrer et le sortir, etc. Pour autant, si nous en restions là, nous étions à coup sûr dans l’impasse du chiasme et de la dichotomie. L’idée de quelque chose qui permet la clôture non-étanche, comme investigation de l’autre et de l’ailleurs, nous a amené à revisiter les frontières. Il s’agissait en effet, de comprendre le « domestique », non comme un signifiant, mais comme un objet permettant de donner accès au signifiant. Le « domestique » fonctionnerait comme un contenant culturel qui « non seulement rend cohérent l’espace social, mais aussi et surtout, le système intérieur des individus qui leur permet de clôturer leur espace psychique, c’est dire son importance psychique ! » (T. Nathan, L’influence qui guérit, Paris, Odile Jacob, 1994, p. 154).

Ainsi, semble être confronté à cette difficulté, les individus qui présentent un désordre psychique ou « ethnique » comme semble le montrer les textes de S. Visintanier, D. Fleurdorge et de J. Donzelot avec des désordres plus socio-politiques.

Les lieux collectifs aussi, semblent se heurter à la difficulté pour chacun de pouvoir avoir accès à un lieu qui articule cohérence sociale et cohérence psychique et où peuvent se jouer les significations intimes (cf. les textes de L.M. Froelig, et C. Dematéïs).

Quant aux professionnels, comment peuvent-ils investir un « domestique » avec leurs fonctions professionnelles ? Le « domestique » n’est-il pas ce qui met le travail à l’extérieur ? Comment intervenir donc dans la sphère domestique sans faire effraction (cf. le texte de P. Hedin et D. Koslowski, et ailleurs, le texte de Y. Comeau et C. Demers) ?

C’est donc à juste titre que F. Alfoldi propose des contre-indications à l’utilisation du terme de « domestique » dans la réflexion sur le travail social d’aide à domicile.

Cependant, éviter le propos, ne serait-ce pas risquer de se priver d’une réflexion certes à grand risque, mais aussi à fort potentiel de création ? À vous d’en juger.


Post-Scriptum

Article d’introduction - Le Sociographe N°11.
Sur le WEB : http://www.irts-lr.fr/





Pour citer cet article :

le Sociographe - « « Quoi de neuf dans le domestique ? » » - OASIS - Le Portail du Travail Social - http://www.travail-social.com. - mai 2003.