jeudi 5 juin 2003



Edito du journal N°1 des Etats Généraux du social

Michel CHAUVIERE





Aujourd’hui, la solidarité nationale se délabre. La réforme du régime de retraite met dans la rue des milliers de travailleurs du privé et du public. Et pourtant, les principales menaces ne sont pas sur ce terrain. Le social comme la santé coûtent trop chers, nous dit-on, il faut être réaliste. C’est pourquoi, ces secteurs dépensiers doivent être soit repris en mains localement, soit ouverts au marché, pour plus de « productivité », de manière à faire baisser les prix. Cette stratégie consacre en réalité un terrible recul.


D’abord, un recul planifié des protections collectives que nos aînés avaient arrachées par une lutte séculaire. La Sécu fait chez nous plus que distribuer des allocations ou rembourser les soins. Elle mutualise les risques sociaux, elle égalise les droits face aux aléas de la vie. Elle incarne donc une ambition de solidarité et de qualité du système de santé et d’action sociale. En France, la Sécu fait lien social. Et ce n’est pas rien !

Ensuite, un recul de l’intelligence sociale concrète, réalisée notamment dans l’initiative associative et dans la qualification des professionnels de la santé et du social. Ce recul-là est moins médiatique, mais il est tout aussi grave. Le mépris ressenti par beaucoup de salariés du secteur sanitaire et social est la raison profonde de nombreux mouvements sociaux. L’Éducation nationale connaît aussi cette situation.

De toutes les « charges indues » qui alourdiraient le coût du travail et freineraient la compétitivité des entreprises françaises sur le marché mondial, nos élites ne veulent plus ou alors a minima et sur un mode toujours plus instrumental. Conformément aux orientations de l’Organisation mondiale du commerce et de l’Union européenne, le Social au quotidien comme la Santé et même l’Éducation sont appelés à devenir un vaste secteur de services rentables pour des usagers/clients solvables. Quant au reste, outre les assurances individuelles et la police, il faudrait compter sur les solidarités privées, sans obligation, sans droit ou alors avec des droits dérisoirement contingentés pour les plus pauvres comme pour les travailleurs précarisés.

Pour toutes ces raisons, il faut appuyer et aider le mouvement social qui se développe aujourd’hui en France. Les États généraux, nés du double constat qu’il est une " souffrance au quotidien qu’on ne peut plus cacher " et que le sacrifice sinon de tous, du moins de certains acquis serait irréparable, ne sauraient s’inscrire en dehors de lui. Intervenants ou usagers, quel que soit notre statut, mais tous citoyens, il est plus que temps de reprendre la parole.

Michel Chauvière, François Astolfi, Jean-Michel Belorgey, Jacques Ladsous, respectivement président et vice-présidents de 7.8.9. Vers les États généraux du social.




Pour citer cet article :

Michel CHAUVIERE - « Edito du journal N°1 des Etats Généraux du social » - OASIS - Le Portail du Travail Social - http://www.travail-social.com. - juin 2003.