vendredi 17 octobre 2003



Interview du directeur général de l’action sociale

Guy BENLOULOU





Jean-Jacques Trégoat, nommé en juillet dernier directeur général de l’action sociale, fait le point sur les mesures en cours et les chantiers qui l’attendent


Quelles sont les mesures envisagées pour favoriser l’application de la loi de janvier 2002-2, et rassurer le secteur social et médico-social qui s’inquiète des manques de moyens dans ce domaine ?

La loi 2002-2, rénovant l’action sociale et médico-sociale, n’est pas une loi de programmation mais une loi d’organisation et de modernisation ; les 13 premiers décrets d’application qui ont été largement concertés sont en cours de publication : la mise en œuvre effective pourra donc démarrer sans attendre la fin de l’année, notamment pour ce qui concerne l’accentuation de la participation des usagers ou la simplification des règles budgétaires et comptables ; ces mesures introduiront déjà plus de fluidité dans le fonctionnement des structures ; par ailleurs nous pilotons des concertations techniques très poussées sur l’évaluation de l’activité et des bonnes pratiques de prise en charge : l’affichage d’indicateurs partagés et la montée en charge du conseil national de l’évaluation sociale et médico-sociale permettront de donner au secteur des objectifs plus lisibles. Diverses autres mesures devraient permettre d’accompagner cette modernisation du secteur :
- La décentralisation, dans le cadre du projet de loi de décentralisation ainsi que celui intervenant en matière de revenu minimum d’insertion et de revenu minimum d’activité, mais aussi les mesures de simplification, par ordonnance, qui visent à simplifier et clarifier le paysage complexe de l’action sociale et le maquis des compétences. Nous savions que la loi 2002-2 n’avait pas traité ce sujet, c’est maintenant fait avec l’affichage du Département comme chef de file de droit commun de l’action sociale.
- La rénovation de la loi d’orientation relative aux personnes handicapées : c’est un chantier majeur qui permettra d’adapter la réponse au handicap, aux enjeux du XXIe siècle, et également de promouvoir une prise en charge plus lisible, mieux articulée et plus conforme aux désirs des personnes.
- La poursuite de l’action en matière de lutte contre les exclusions pour recadrer et remobiliser le dispositif de prise en charge des plus vulnérables.
- La relance d’un plan d’action et d’investissement d’urgence en faveur des personnes âgées les plus dépendantes.

Le budget annoncé pour améliorer la prise en charge des personnes âgées semble soulever des polémiques au regard des besoins. Comment comptez-vous impulser une amélioration dans ce secteur ?

Les besoins sont immenses puisqu’il faut affronter les questions pressantes de l’urgence, et les besoins massifs de création et rénovation, en maintenant la préoccupation d’adaptation contractuelle et de qualité totale qui sont au cœur de la démarche initiée en 1997 par la réforme tarifaire des établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes. Le gouvernement est conscient de la pression de la demande et du fait qu’il s’agit d’une obligation collective de la nation ; les concertations engagées témoignent de la bonne volonté de tous, notamment de faire des propositions directement opérationnelles et qui tiennent compte d’un environnement contraignant en termes budgétaires mais aussi en termes de capacité de recrutement ou de formation.

Comment analysez-vous le rôle et les missions des travailleurs sociaux dans les secteurs d’interventions de l’action sociale, d’autant que la coordination des services et des professionnels n’est pas toujours évidente ?

Les travailleurs sociaux sont aux avant-postes de l’action sociale et, vu les difficultés sociales et sociétales que nous vivons, il est compréhensible qu’ils soient parfois désemparés ou inquiets. La DGAS a depuis quelques années plaidé avec succès pour un plan de formation qui tienne compte des besoins qui peuvent être anticipés. Le schéma national des formations et les schémas régionaux en sont les outils. La création de 3 000 nouvelles places en centre de formation sera achevée en 2004 au moment où ces formations seront ensuite décentralisées à la Région. Celles-ci sont déjà sensibles au problème, par leur implication dans les schémas régionaux. Nous avons des groupes de travail avec leurs représentants pour préparer au mieux le transfert ; par ailleurs, les Départements et organismes sociaux (caisses de Sécurité sociale, CCAS...) seront de par la loi associés à la définition des besoins en travailleurs sociaux. Je crois que tout est fait pour que ce transfert soit une chance de mieux ancrer et développer la formation des travailleurs sociaux, préalable à des interventions sociales de qualité. J’ajoute que le rôle de l’État (certification, orientation et contrôle pédagogique) est maintenu, voire renforcé avec un rôle encore plus stratégique du Conseil supérieur du travail social (CSTS) et plus scientifique de la Commission professionnelle consultative (CPC). Sur le fond, je ne doute pas que la clarification du pilotage de l’action sociale permette aux travailleurs sociaux de mieux faire entendre et prendre en compte, au plus près du terrain, leur technicité et leur souci de coordination au service des usagers, qui est posée d’ailleurs comme une exigence par la loi.


Post-Scriptum

Texte paru dans LIEN SOCIAL N° 681 du 9 octobre 2003





Pour citer cet article :

Guy BENLOULOU - « Interview du directeur général de l’action sociale » - OASIS - Le Portail du Travail Social - http://www.travail-social.com. - octobre 2003.