dimanche 5 octobre 2003



C’est toute l’action sociale qui est sinistrée
Edito du journal n°2 des Etats Généraux du social


Michel CHAUVIERE





La canicule et ses conséquences dramatiques pour les personnes âgées les plus vulnérables, surtout quand elles sont isolées à domicile, nous révèlent trois dysfonctionnements préjudiciables, par delà l’incurie de l’action gouvernementale.


D’abord, cette affaire s’impose comme un enjeu national et non local. C’est toute notre solidarité collective organisée qui est en question et non les solidarités aléatoires au niveau familial ou dans la proximité. Du moins, il est clair que la solidarité nationale est la condition de toutes les autres, si l’on veut être sérieux et efficace dans l’aide qu’il est indispensable d’apporter à ceux qui sont fragiles et exposés.

C’est une affaire qui repose également et de manière brutale la nécessité des professionnels. Quand survient une telle catastrophe, qui concrètement peut assurer aux personnes les plus en difficulté la présence, l’accompagnement et le suivi qu’elles nécessitent (parce qu’il arrive aussi qu’elles ne puissent pas le demander elles-mêmes !) ? Bien peu les familles, sauf exceptions. Peu les bénévoles, sauf s’ils sont organisés comme de vrais professionnels. Pas les élus, ce n’est pas leur rôle. Pas les entreprises marchandes qui vendent de l’hébergement, de la restauration, du loisir, de la téléalarme..., mais pas de la présence humaine dans les moments les plus pénibles. Il ne reste donc que la solution des professionnels tout à la fois très spécialisés et davantage responsabilisés.

C’est enfin une affaire qui révèle combien la gestion du secteur public et assimilée en " flux tendu ", combien la toute-puissance des managers et experts par rapport aux gens de terrain, combien la mise en concurrence avec le secteur lucratif, ne peuvent conduire qu’à des catastrophes sociales de ce type.

En définitive, dans ce drame, quelle autorité politique autre que celle des " urgentistes " et des statisticiens a donné de la voix ? Qui est intervenu sur la question bien en amont des conditions minimales de bon fonctionnement de la solidarité au quotidien, au travers des institutions, des professionnels et des volontaires qui œuvrent dans ce sens ? Ce désastre n’étant pas que sanitaire, où était donc la direction générale de l’action sociale ? Il est temps de retisser le compromis sans lequel aucune politique globale d’action sociale n’est possible.




Pour citer cet article :

Michel CHAUVIERE - « C’est toute l’action sociale qui est sinistrée » - OASIS - Le Portail du Travail Social - http://www.travail-social.com. - octobre 2003.