vendredi 7 mai 2004



Le travail social en défense de l’interculturalité et de la citoyenneté, face aux dérives de la globalisation

Raymond CURIE





L’identité culturelle est une question qui oriente le débat sur le mode de production et d’expression des comportements humains. Sans vie sociale et culturelle, l’homme ne peut pas accéder à la condition humaine, les exemples d’enfants sauvages à travers l’histoire nous le rappellent.


La culture est une dimension essentielle, c’est par son intermédiaire que les hommes évoluent, les codes culturels variant d’un groupe à l’autre.

Selon Jean-Claude Ruano-Borbalan [1] directeur de la revue Sciences Humaines, la réflexion sur la fragmentation ou l’unification culturelle ne date pas d’hier ; une forte tradition philosophique et historienne a fait de l’existence des civilisations distinctes et durables l’un des fondements de la compréhension de l’histoire.

Une autre analyse remontant aux philosophes des lumières à Hegel, Marx et Weber a fait de la modernité occidentale un universalisme destiné à la terre entière.

Trois grands débats en découlent :

- Y a-t-il unification de la culture, sous le poids de la globalisation des échanges économiques et notamment suivant le modèle de diffilsion des produits occidentaux entraînant ainsi la disparition de nombreuses spécificités culturelles ?

- Les valeurs et pratiques de la modernité (sécularisation, démocratie, droits de l’homme, individualisme. ..) ont-elles vocation à se diffuser à l’ensemble de la planète ?

- Comment articuler les revendications et résistances des communautés ethniques, religieuses ou politiques sans tomber dans des replis sectaires ?

En ce qui concerne le travail social, celui-ci est confronté depuis plusieurs années à l’apparition de nouvelles logiques sous l’influence des politiques libérales. Avec le développement de la globalisation, les Etats privilégient la loi du marché au détriment des acquis sociaux. Certaines orientations et méthodes du travail social sont remises en cause, le management et l’idée de la rentabilité progressent alors que la notion même de service public s’effrite. Dans le même temps en France, une dérive sécuritaire s’est développée avec les lois Perben et Sarkozy : la précarité est réprimée et le projet de loi sur la délinquance obligerait les travailleurs sociaux à devenir délateurs. Plus que jamais des résistances et des alternatives sont à défendre.

C’est pourquoi dans ce contexte des professionnels veulent affirmer et réactualiser des valeurs et une éthique qui prennent leurs racines dans la Révolution française, les luttes sociales, certaines grandes idées du CNR (Conseil national de la résistance) en 1944 et les idées critiques issues de Mai 68.

Pour ce qui a trait à l’immigration et aux rapports entre les cultures, c’est la défense de l’interculturalité et de la citoyenneté qui mérite d’être encouragée, ces idées trouvant leur ancrage dans la connaissance des spécificités culturelles tout en soutenant une orientation universaliste avec le respect fondamental des droits de la personne humaine.

Confrontés au développement de la globalisation, et pour éviter une uniformisation basée sur les cultures dominantes des pays riches, avec notamment une influence américaine de plus en plus forte, mais pour éviter aussi les replis sectaires ethniques et religieux, les travailleurs sociaux les plus conscients souhaitent développer une approche favorisant les échanges interculturels tout en rappelant l’importance de la laïcité et de la citoyenneté. La critique sociale leur permettant de développer des actions, mais aussi d’aider des usagers en difficulté à prendre position et à se défendre, aussi bien pour des personnes issues de l’immigration que pour des français de souche. L’objectif étant une adaptation critique à la société française.

A l’heure actuelle, de nombreux professionnels se regroupent dans différents collectifs pour préparer les Etats généraux du social prévus pour fin octobre 2004. Parmi l’ensemble des réflexions et revendications qui s’élaborent, il semble important de défendre l’interculturalité et le droit à la citoyenneté réelle, pour l’ensemble des personnes vivant sur le territoire français tout en souhaitant qu’une telle approche se développe dans d’ autres pays. Ces mêmes idées peuvent être défendues par le biais des organisations syndicales n’ acceptant pas la logique libérale mais aussi par d’autres organisations impliquées dans les mouvements sociaux.

Ce type de questions a déjà été abordé dans le cadre des Forums sociaux et des rencontres internationales organisés par le mouvement altermondialiste mais d’une façon plus large. Un autre monde est possible, des projets sont crédibles et les travailleurs sociaux à leur niveau peuvent y contribuer .


Notes

[1] (l)Jean -Claude Ruano Borbalan « Planète @ culture. corn » in Sciences Humaines no110, novembre 2000.




Pour citer cet article :

Raymond CURIE - « Le travail social en défense de l’interculturalité et de la citoyenneté, face aux dérives de la globalisation » - OASIS - Le Portail du Travail Social - http://www.travail-social.com. - mai 2004.