lundi 4 octobre 2004



La déscolarisation, une nouvelle forme de déviance juvénile ?

Maryse ESTERLE-HEDIBEL





Alors que la question de l’absentéisme et de la déscolarisation est aussi ancienne que l’école publique, elle est aujourd’hui considérée comme un problème social majeur et tend de plus en plus à se poser dans les termes du débat sur l’insécurité. La massification de l’enseignement secondaire, les objectifs de porter 80 % d’une classe d’âge au niveau du baccalauréat et l’ensemble des élèves au moins jusqu’au niveau du CAP et du BEP (loi d’orientation de 1989) rendent d’autant plus visibles les arrêts de scolarité avant 16 ans.


De fait les conséquences du décrochage scolaire sont aujourd’hui plus sérieuses qu’elles ne l’étaient en période de quasi plein-emploi, où de nombreux jeunes quittaient l’école sans avoir obtenu de diplôme, tout en trouvant facilement une insertion professionnelle. Le niveau de diplômes requis pour occuper un emploi s’est aujourd’hui élevé, et les perspectives socio-professionnelles des élèves qui quittent le système scolaire sans diplôme et/ou avant l’âge de 16 ans se sont considérablement réduites.

Par ailleurs, la déscolarisation est considérée quasiment comme un problème relevant de l’ordre, sinon de la sécurité publique : sans encadrement, que deviennent les jeunes hors école ? Sont-ils en risque de délinquance, exposés à des trafics divers, errant dans les rues sans protection ? Et leurs parents seraient-ils complices et donc punissables de l’inassiduité ou du retrait scolaire de leurs enfants ? Ainsi la scène de la déscolarisation se déplace de l’école vers la cité, les jeunes absentéistes et déscolarisés faisant partie des "classes dangereuses", appelant un contrôle accru. Au cours des années 1980-1990, le thème de l’échec scolaire est relayé par celui de la déscolarisation, qui se trouve à la confluence de trois présupposés liés entre eux dans le débat public : montée de l’insécurité, augmentation et rajeunissement de la délinquance juvénile, développement des "violences".

Dans le débat public et dans le discours de l’institution scolaire, on s’intéresse alors aux caractéristiques psycho-sociales des jeunes déscolarisés, afin d’identifier un ou plusieurs profils types d’élèves déscolarisés, en insistant sur les arrêts de scolarité "volontaires", et sur la responsabilité individuelle des intéressés dans ces processus, ce qui pose la question de "l’inadaptation scolaire".

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Revue du CESDIP

Post-Scriptum

Cet article résulte des résultats d’une recherche "Les arrêts de scolarité avant 16 ans, étude des processus (Roubaix, Nord)" - recherche réalisée entre 2001 et 2003 dans le cadre de l’appel d’offres du ministère de l’Éducation nationale, du ministère de la Justice, de la délégation interministérielle à la Ville et du FASILD. Financement : FASILD Nord-Pas-de-Calais (via l’IUFM du Nord-Pas-de-Calais) et CESDIP.

Article paru dans la revue du CESDIP





Pour citer cet article :

Maryse ESTERLE-HEDIBEL - « La déscolarisation, une nouvelle forme de déviance juvénile ? » - OASIS - Le Portail du Travail Social - http://www.travail-social.com. - octobre 2004.