vendredi 7 janvier 2005



Un bilan des États généraux du social

Joël PLANTET





Quelle suite pour l’amorce de mobilisation initiée par les États généraux du social ? Début décembre à l’IRTS-Paris, les responsables de l’association ont dressé un inventaire, évalué l’impact - auprès des professionnels comme des politiques -, et fait émerger quelques pistes en termes de perspectives. Une assemblée générale extraordinaire est prévue en janvier


Du 18 au 25 octobre dernier, les initiatives des États généraux recensées sur le territoire ont été variées et plutôt créatives : minute de la colère à Amiens et dépôt d’annuaires téléphoniques devant la préfecture de Grenoble pour réagir contre les menaces autour de la délation, théâtre-forums, ciné-débats ou cafés socio, etc. Ces actions seront d’ailleurs répertoriées dans un ouvrage à paraître en 2005.

Un clivage a toutefois été remarqué dans la mobilisation, entre d’une part « la France du Nord, de l’Est et du Sud-Est, très présente », et d’autre part une France de l’Ouest « plus passive ». La faible mobilisation globale des professionnels du social, notamment dans le secteur public, atteste, selon les responsables de l’association 7, 8, 9 Vers des États généraux du social, d’une réelle difficulté de prise de parole. Enfin, hormis la CGT du ministère des Affaires sociales, les syndicats sont restés plutôt muets.

Toutefois, l’objectif est, pour les initiateurs, bel et bien atteint : « transmettre aux politiques, par les cahiers de doléances et de propositions, la parole des usagers maltraités par la régression sociale que l’on repère sur l’ensemble des dispositifs ». Considérée comme « temps de germination et rampe de lancement », l’impulsion pourrait désormais se prolonger par de nouvelles formes d’organisation. La dissolution de 7, 8, 9 VEGS a été jugée prématurée par certains participants à cette réunion de bilan, mais la « fin nécessaire de cette première forme de mobilisation » a néanmoins été réaffirmée par plusieurs membres du conseil d’administration. D’ores et déjà, quelques chantiers sont lancés : sur les expulsions locatives (avec le maire de Bobigny), sur le secret professionnel (avec plusieurs collectifs de travailleurs sociaux), ou sur les formations sociales, avec le conseil régional d’Ile-de-France. Dans cette foulée, le travail des collectifs locaux pourrait continuer à vivre, en réseau. À Nancy, un groupe multi-associations s’est créé, avec vocation de poursuivre quelque chose ; à Dieppe comme au Mans, un café citoyen s’est mis en place... Dans les Vosges, la fédération des œuvres laïques (FOL) et la fédération nationale des associations de réinsertion sociale (Fnars) ont décidé d’envisager ensemble une prolongation, de même qu’Amiens réfléchit aussi aux moyens de continuer... À Caen, un groupe de réflexion sur le thème de la santé mentale s’est installé ; une démarche de rencontres avec les politiques sera poursuivie à Clermont-Ferrand ; une université d’été a été programmée à Bègles... Etc.

Plusieurs autres pistes collectives ont été évoquées : biennale de l’action sociale, radio du social, comité de veille ou de vigilance, inscription de la conférence permanente des organisations du social (CPO) dans des propositions précises, création d’associations d’étudiants ou de formateurs en travail social, observatoire critique de l’action sociale...

7, 8, 9 VEGS et les médias

Les cahiers de doléances et de propositions ont donc été remis aux élus nationaux et locaux, de même qu’aux associations significatives du champ social et médico-social. De nombreux retours, estime 7, 8, 9 VEGS, valident la méthodologie utilisée, en reconnaissant comme expertise les synthèses dégagées par les différents « fronts ». À partir de réalités locales, certains autres axes ont d’ailleurs été ajoutés aux douze existants, servant parfois de base de réflexion à certains instituts de formation...

Quelques rencontres avec des politiques ont eu lieu, et d’autres contacts sont en cours. À l’ordre du jour, un rendez-vous avec la commission des affaires sociales de l’Assemblée nationale, et une autre avec celle du Sénat. Par ailleurs, l’idée d’une journée d’étude - qui pourrait avoir lieu à l’Assemblée nationale - à partir des propositions des cahiers de doléances « fait son chemin ». « Nous avons appris à mieux connaître le milieu de la presse. Mais beaucoup reste à faire », reconnaissent les responsables de l’association : certes, la presse professionnelle, l’AFP, Le Monde et Libération s’étaient déplacés pour la conférence de presse d’ouverture. Mais peu d’échos se sont fait entendre par la suite, hormis dans L’Humanité ou Le Monde (rien dans Libé !). Les points de vue travaillés par Michel Chauvière et Jean-Michel Belorgey n’ont à ce jour pas été publiés dans les journaux nationaux. En province, les quotidiens régionaux ont plutôt mieux « couvert » l’événement. À la radio, France Info et France Culture se sont fait l’écho de l’initiative, notamment par l’émission sur Le métier d’éducateur, d’une durée de 1h30. Par ailleurs, un film est en cours de montage, retraçant les temps forts de la semaine francilienne.

Autre indicateur, le site des États généraux du social a reçu, en un an, 35 000 visiteurs, certains textes étant consultés jusqu’à deux mille fois. En revanche, les forums d’échange ont fonctionné de manière beaucoup plus inégale. Composé de politiques, d’intellectuels et de personnalités du travail social, le comité de soutien s’est peu manifesté (la conférence d’Albert Jacquard dans le cadre de cette semaine en a été d’autant plus appréciée) et une demande d’évaluation critique des cahiers de doléances et de propositions a été adressée à ses membres. « Reste donc entière la question de la nécessité et de la nature d’une organisation nationale (fédération de réseaux, observatoire critique, association de simple veille etc.) », résume 7, 8, 9 VEGS aujourd’hui. Les directions devraient se préciser lors de l’assemblée générale extraordinaire de l’association, convoquée le 8 janvier à Paris, dans les locaux des Ceméa. D’autres points y seront débattus, concernant l’écriture collective du livre, la gestion du « patrimoine » - logo, archives, réseau de contacts, site Internet - ou, encore et toujours, les contacts avec les politiques.


Post-Scriptum

Texte paru dans LIEN SOCIAL n° 734 du 18 décembre 2004





Pour citer cet article :

Joël PLANTET - « Un bilan des États généraux du social » - OASIS - Le Portail du Travail Social - http://www.travail-social.com. - janvier 2005.