mercredi 26 janvier 2005



XXVmes Assises du CNAEMO, 16, 17 et 18 mars 2005, Acropolis Nice
« AEMO : pour quelle protection de l’enfance ? »

C.N.A.E.M.O.





Chaque année nous rappelons que l’AEMO ne peut s’envisager comme statique, comme insensible à un environnement qui n’est justement pas figé. Tout comme ce « social » est en mouvement, nos services, nos pratiques et actes professionnels, sont en interrogation constante. Cela n’est donc pas nouveau. Cependant ces dernières années sont riches en interpellations et parfois en bouleversements quant à l’AEMO (expérimentations, et évaluation, etc...). Les pressions se font plus fortes et, en écho aux demandes de « clarification », B. BOUQUET vient nous rappeler que « si l’on ne parvient pas à parler du Travail social autrement que par le concret, on n’arrivera jamais à se faire entendre... »


Le CNAEMO propose, à cet effet, un travail d’explicitation de nos référentiels. C’est par cette démarche que nous pourrons rendre plus lisibles nos formes d’interventions soumises maintenant à évaluation. Trois niveaux de questionnement qui donneront lieu à des prises de position du CNAEMO, nous apparaissent comme ayant profondément modifié ce rapport entre protection de l’enfance et « usagers -prescripteurs - institutions publiques ».

A l’aune d’une nouvelle reconnaissance de l’usager, prônée par la loi de janvier 2002, nous tentons de rechercher, avec plus de force encore, ce qui fait sens dans cette dialectique enfance en danger - protection - parents responsables et citoyens. De la réalisation effective des différents items de la loi, aux démarches évaluatives qui, peu à peu, envahissent notre champ d’activité, nous pouvons craindre cet écart qui semble se creuser entre ce qui était hier encore le droit des enfants, et ces droits renouvelés, re-toilettés des parents, de la famille, voire ces nouvelles représentations et statut de l’enfant en ce début de siècle. Rappelons-nous cette position défendue par A.FINKELKRAUT lors des Assises de TOULOUSE à propos des effets pervers d’une convention des droits de l’enfant qui élèverait l’enfant au rang de « citoyen », ou bien cette position critique de F. De SINGLY quant aux « erreurs d’interprétation » qui entourent ce même enfant traité comme « grand » puisqu’il aurait des droits en partie comparables à ceux des adultes [1]. Ce débat, ouvert au Carrefour depuis plusieurs années, associé aux évolutions de la famille contemporaine, concerne des questions essentielles qui ne sont pas sans effet sur nos pratiques professionnelles.

De même, en termes de complexité, beaucoup parmi nos collègues, oeuvrant en AEMO judiciaire ou administrative, sont confrontés à des tensions fondées sur des interprétations différentes de cette notion de danger, position fondamentale car fondatrice de notre intervention. Il est par exemple de plus en plus usuel d’entendre ces « glissements » du suivi éducatif en AEMO vers des interventions dans l’urgence, compte tenu de signalements trop tardifs, de situations dégradées. Quelles interrogations nous posent ces modalités d’exercice de nos missions, qui, trop souvent, consisteront à organiser un placement... occultant ainsi toute démarche éducative de fond, devenue impossible à mettre en oeuvre ? Est-ce là l’un des effets d’une évolution du droit français ? S’agit-il d’une modification progressive de l’image de l’autre, de la souffrance ? d’une tolérance accrue ? d’un « projecteur » qui s’est déplacé de l’enfant vers la famille ? d’un nouveau regard filtré par une mondialisation de la communication de la connaissance et des autres ? ou d’une mutation qui, à bas, bruit s’organise pour « coller » au mieux à une réalité économique... ?

Ainsi, dans ce contexte, nos Services, et surtout nos Associations, peuvent-ils se soustraire à une clarification de leurs orientations et de leurs positionnements « politique » ? Les textes réglementaires qui installent progressivement de nouvelles collaborations, textes, qui pour une part ne sont que le reflet d’un état du social, n’imposent-ils pas une redéfinition de cette légitimité « démocratique » du fait associatif ? et au bout du compte la validité du projet Associatif n’est il pas plus que jamais nécessaire avec tout ce qu’il suppose comme déclinaisons en projets de Services, pratiques éducatives, sens de l’intervention, conception de l’être humain... ?

Le référentiel AEMO, associé au savoir-faire des professionnels et aux réflexions de quelques invités européens, nous permettra assurément de faire avancer ces questionnements, non seulement lors de ce congrès, mais également au sein des Associations. C’est ici l’ambition du Carrefour National de l’Action Educative en Milieu Ouvert et des Assises de Nice auxquelles nous vous donnons rendez-vous !


Post-Scriptum

Pour votre inscription aux XXVmes Assises du CNAEMO : http://www.cnaemo.com



Notes

[1] François DE SINGLY : « ENFANTS ADULTES » - Vers une égalité des statuts ?- p.27 - Universalis - mars 2004
(autre ouvrage de F.DE SINGLY : « Les Uns avec les Autres : Quand l’individualisme, crée du lien » - A. COLIN - 2003)




Pour citer cet article :

C.N.A.E.M.O. - « « AEMO : pour quelle protection de l’enfance ? » » - OASIS - Le Portail du Travail Social - http://www.travail-social.com. - janvier 2005.