samedi 8 décembre 2001



Claude Roméo et l’impossible synthèse

Jean-Pierre BARTHOLOMÉ






image 135 x 209 {JPEG} Volubile et passionné mais tout en finesse, ce fonctionnaire de 56 ans - directeur de l’Enfance et de la Famille de la Seine-Saint-Denis, depuis peu président de l’Association nationale des directeurs de l’action sociale et de santé (Andass) - rêve d’une retraite précoce en Loire Atlantique à laquelle lui donne droit une carrière entamée en milieu hospitalier. Mais Claude Roméo ne compte pas pour autant déserter : il investira son temps et son énergie au service du Comité français pour l’UNICEF pour partager, en France et ailleurs, son expérience des droits de l’enfant et de la prévention précoce, ses deux dadas.

Sans oublier le sport : il affiche, encadré dans son bureau directorial, son billet d’entrée à la finale de la coupe du monde de football, face à « La Vague des libertés » peinte par Messager.

Fonctionnaire et communiste, il l’est pratiquement de naissance : à vingt ans, infirmier en psychiatrie et militant, il participait à la création des secteurs imaginés dans l’élan de mai 1968, avant d’être embauché, diplôme de l’Ecole des cadres et de l’Institut des hautes études territoriales en poche, au sein d’une direction départementale de l’action sociale.

En 1988, il émigre en Seine-Saint-Denis. Il y sévit encore en qualité de directeur départemental de l’Enfance et de la famille. De suite, il a y a fait de la Convention des droits de l’enfant la référence explicite de ses choix. Contre la technocratie toujours prégnante, il réussit à changer les dynamiques en associant les acteurs de terrain dans des forum, mettant au service de ses idées les moyens que fournit l’institution.

Opiniâtre sur ses objectifs, il garde pourtant une rare qualité d’écoute et d’intégration des remarques. Sensible aux événements qui touchent l’enfance, il fut à l’initiative de l’appel lancé pour les enfants d’Algérie.

Aucune faiblesse chez cet apparatchik ? Peut-être sa crainte révérencieuse prononcée envers les pouvoirs dessert-elle ses projets, lorsqu’en retenant sa fougue naturelle, elle se confond avec l’illusion de l’influence. Peur de n’être pas aimé par tous ? Nous avons tous les défauts de nos qualités.

Peut-on être à la fois fonctionnaire et romantique ? militant et responsable institutionnel ? diplomate et pugnace ? technicien et sensible ? expert et modeste ? agitateur et stratège ? être un honnête homme et titulaire d’une légion d’honneur ? Claude Roméo serait-il donc l’homme des synthèses impossibles ?

Dans le prolongement des orientations ministérielles en matière de protection de l’enfance, Ségolène Royal, ministre déléguée à la Famille, à l’Enfance et aux Personnes handicapées a commandé à Claude Roméo, directeur de l’Enfance et de la Famille de la Seine-Saint-Denisun travail sur l’évolution des relations entre parents, enfants et professionnels. Un groupe de représentants des services de l’Etat, des Départements et de la Justice, d’associations habilitées et d’associations d’usagers, d’universitaires, et de personnes qualifiées a été réuni pour dresser un état des études et recherches existantes auxquelles ils ont réagi en formulant des propositions sur l’évolution des relations entre parents, enfants et professionnels dans le cadre de la prévention des risques et de la protection de l’enfance, notamment à propos de situations d’enfants exigeant une prise en charge physique hors du domicile familial. Ce rapport est donc le fruit d’un travail collectif.

Composition du groupe Roméo : Claire Brisset, défenseure des enfants, Annie Gaudiere, Snatem, Roselyne Becue-Amoris, service Famille(Gard), Marie-Rose Moro, service de psychopathologie de l’enfant et de l’adolescent, Bobigny, Danièle Penet, IRTS (Paris), Marie-Cécile Renoux, ATD Quart-Monde, Claire Vercraene, association dijonnaise d’entraide des familles ouvrières, Paul Durning, professeur de sciences de l’éducation (Nanterre), Philippe Chaillou, magistrat à la Cour d’appel (Paris), Rolland Esch, procureur de la République adjoint (Lyon), Jean-Pierre Rosenczveig, juge pour enfants (Bobigny), Pierre Verdier, fondation La Vie au Grand Air, Frédéric Jesu, chef de secteur de psychiatrie infanto-juvénile, Christophe Darasse, service de l’Action sociale (Yvelines), Alain Haneuse, psychologue, Philippe Sacerdoti, Aide sociale à l’enfance (Seine-Saint-Denis), Jean-Jacques Andrieux, associations de Sauvegarde, Xavier Bombard, association de l’Enfance et de l’Adolescence (Seine-Saint-Denis), Dominique Guillaume, association Jean Coxtet, Christian Mesnier, association nationale des placements familiaux, Jean-Marie Muller, associationsd’entraide des pupilles et anciens pupilles de l’Etat, Patrick Reungoat, association Éducation et Société.

La lettre de mission

L’ESPRIT DE LA MISSION

 [1] « La stigmatisation des parents démissionnaires a fait place, depuis quelques années, à une valorisation des compétences parentales dont l’exercice doit être soutenu [...] Y compris quand une rupture entre l’enfant et ses parents s’avère indispensable, la séparation ne doit pas constituer une fin en soi [...] Afin de mieux accompagner les enfants et leurs parents dans ces situations difficiles, il est nécessaire de faire évoluer les pratiques professionnelles pour obtenir une collaboration des familles pour les projets concernant leurs enfants, en veillant à associer au mieux la responsabilité parentale et les exigences de la protection de l’enfance. Cela nécessite de promouvoir une démarche co-éducative par le développement d’espaces de travail novateurs, respectueux des savoirs de chacun, en vue de construire un projet d’avenir pour l’enfant et pour sa famille. Une telle approche peut contribuer à modifier le regard que les parents portent sur les professionnels et sur les institutions, mais aussi celui que portent les professionnels sur les parents et sur les enfants ».

OBJECTIFS DE LA MISSION

« Comment garantir aux parents leur place de responsable et d’éducateur de leurs enfants dans le cadre d’une séparation, qu’elle soit préconisée par les services sociaux ou décidée par un juge avec ou sans adhésion des parents ? Quelle place leur donner durant la durée du placement de leurs enfants ? Comment amener en établissement ou services de placement familial à concevoir encore plus souvent des projets éducatifs qui tiennent compte de la place allouée par la loi aux parents ?

- Quels sont les critères qui justifient le choix d’un accueil physique hors du domicile dans le cas d’une situation de risque ?
- Comment garantir encore mieux que soit affirmé clairement aux yeux des parents et, si possible, de l’enfant le sens de cette séparation, les objectifs, sa durée prévisible et veiller à ce que ces objectifs soient réactualisés lors de la révision annuelle légale de chaque situation ?
- Quelles dispositions promouvoir pour éviter de s’inscrire sur la durée dans des mesures judiciaires souvent stigmatisantes alors même que la famille exerce à la hauteur de ses compétences ses responsabilités sans pour autant que l’enfant puisse revenir définitivement à son domicile ?
- Quels nouveaux efforts développer dans le champ de la formation pour favoriser le développement de l’éducation à destination des enfants mais également le renforcement des actions globales autour de la famille ?
- Quelles démarches et éventuellement quelles structures mettre en place pour permettre l’association de prestations d’aide à domicile aux prestations d’accueil ?
- Quelles alternatives à l’accueil permanent hors du domicile familial proposer ? Comment soutenir et évaluer la mise en place d’expériences innovantes (espace de re-mobilisation des parents, accueil de jour…) ?
- Comment favoriser le développement de dispositifs de soutien et d’accompagnement des pratiques professionnelles comme des groupes d’analyse de pratiques, des supervisions d’équipes, des lieux d’évaluation des pratiques professionnelles non-jugeant, des espaces ressources, de consultation et de médiation pour les professionnels et pour les équipes pluridisciplinaires ? »


Post-Scriptum

Article paru dans le Journal du Droit des jeunes - N°209 - Novembre 2001.

Pout télécharger le Rapport ROMÉO : cliquez ici



Notes

[1] Les passages entre guillemets sont extraits de la lettre de mission.




Pour citer cet article :

Jean-Pierre BARTHOLOMÉ - « Claude Roméo et l’impossible synthèse » - OASIS - Le Portail du Travail Social - http://www.travail-social.com. - décembre 2001.