lundi 30 mai 2005



Présentation du n°17 du Sociographe
« S’habiller. Socialisation, médiation, corps »
Etre et paraître


Gérald DUDOIT





Le vêtement est accessoire et pourtant l’accessoire se fait essentiel dans nos rapports aux autres et à nous-mêmes. A l’heure du voile, d’un prétendu retour à l’uniforme maintes fois envisagé à l’école, l’habit et nos façons de l’habiter surgissent de temps à autres au détour de discours bien trop souvent convenus.


Le vêtement inspire bien souvent quand il s’agit de l’enlever, il inspire sans doute moins quand nous nous proposons de l’étudier. Et pourtant, derrière les matières tissées se cachent de multiples réalités que nous souhaitions mettre à nu. Tirer un peu plus le fil afin que se dévoilent les rouages, les enjeux de ce que nous portons, ôtons, de ces matières aux formes diverses et aux couleurs variées qui siéent aux uns et si mal aux autres, emprisonnant une partie de nous-mêmes par le biais d’odeur peut-être (le linge sale...), mais aussi d’apparence (reflet d’âme...), de forme (ou de difformité, handicap ou disgrâce d’un corps ainsi masqué, déformé, conscient d’une nature contre culture...), d’appartenance (marques ou griffes qui s’inscrivent à même le corps...), de distinction (singularité illusoire ou quand le prêt-à-porter s’apparente à un prêt-à-penser...), de tradition.

A l’origine de ce numéro, un appel à auteur et une multitude de questions tant cet objet, malgré le fait que nous le côtoyons au plus prés de façon quotidienne, semble en son essence empreint de contradictions. Nous avons endossé un costume, celui de co-coordonnateur et avons essayer d’agencer ces divers éléments de manière cohérente. Socialisation, médiation, corps et une vue d’ailleurs composera cet assemblage.

- Dans une première partie, la question du vêtement est envisagée sous l’aspect de la socialisation. Marques, logos ou quand les « faiseurs d’habits » s’emparent de la période de l’adolescence pour promouvoir, dans une illusoire démarcation, une construction vesti-identitaire pré-fabriquée (Joseph). Marques et modes, mais également magie ou lorsque la mode se révèle être féerie du code, hantant toutes les sphères de la vie sociale (Landry). Fonctions sociales toujours, autour de la question de l’existence d’un vêtement spécifique de l’exclusion à même de nous renseigner sur celui qui en est le porteur, pour qui sait le lire (Fleurdorge). Enfin, une enquête menée auprès de futurs travailleurs sociaux se propose d’alimenter la question de l’apparence en travail social (Weber).

- Dans un second temps, l’habit est considéré comme objet de médiation. Le linge comme analyseur d’une institution de soins, soulèvera quelques questions sur nos manières actuelles d’observer (Boiral). L’institution familiale ensuite, ou comment penser la relation du père au nourrisson à travers le vêtement, qui nous apparaît toujours comme une prérogative maternelle (Tournier). Le corps habillé par la mère d’un Perceval, déshabillé sous l’angle symbolique ; ou comment changer en se changeant ou le travail de perte et de transformation du statut des enveloppes vestimentaires (Berquière)

- Le corps est décliné sous toutes ses formes ou comment habiller ce corps handicapé, non conforme, qui en définitive impose à l’habit sa mesure (Bouzon). De l’habit comme discours, comme seconde peau, transition entre un corps nu intime et celui couvert, socialisé (Pouilloux). Et enfin, le vêtement qui couvre et recouvre ce corps changeant que nous portons ou supportons de la naissance à la mort (Blaise-Kopp).

Enfin, une vue d’ailleurs qui a le mérite comme toute ouverture vers le lointain, l’altérité, de nous faire réfléchir à nos propres pratiques. Ou quand l’habillement et la parure concourent à reproduire un certain type d’échanges pour la fécondité et la cohésion du groupe chez les bédouins en Jordanie (Elzingre).

Si le vêtement nous dit quelques chose de nous-même et si la tendance vers l’uniformisation se poursuit inéluctablement, nous ne saurions que trop prendre garde à assimiler l’autre à ce que l’on conçoit de lui dans une appréhension immédiate ou le temps de la découverte fait cruellement défaut. Conçut pour l’homme et la femme modèle, pour cet être statistique, théorique, le vêtement efface toute singularité, l’homme normé devant s’adapter au costume, à un tout prêt-à-endosser standardisé. Ce n’est pourtant pas la conformité à une norme, à une mode, mais bien plus son unicité qui fonde l’individu en tant que tel. Il semble à ce sujet plus nécessaire que jamais, que les travailleurs sociaux s’attachent à cette singularité et non à ce par quoi cet autre nous apparaît immédiatement accessible et a priori compréhensible. Il demande à être entendu, vu comme un détail unique, revêtu de sa nature d’exception.


Post-Scriptum

Article paru dans la revue « le Sociographe ». - N°17 - Mai 2005. - « S’habiller. Socialisation. Médiation. corps ».
Le N°17 du Sociographe sur le site de l’IRTS de Montpellier





Pour citer cet article :

Gérald DUDOIT - « « S’habiller. Socialisation, médiation, corps » » - OASIS - Le Portail du Travail Social - http://www.travail-social.com. - mai 2005.