mercredi 9 janvier 2002



Adaptation marijanesque de la série..
URGENCES

Marie Jeanne





Je venais tout juste de quitter le service de « réadaptation » du département social dans lequel je comptais treize années de pratique professionnelle. Nous n’étions pas dotés sur place d’un service des urgences, celles-ci étaient assurées par les tribunaux pour enfant ou les services de l’ASE. Les patients y arrivaient soit par ambulance policière, soit par le SAMU social de l’ASE. Une fois leur diagnostic établi, ils entraient dans notre service pour y poursuivre le traitement préconisé par les différents services des Urgences.


Depuis plusieurs années déjà je me préparais à changer de service. Pour cela il me fallait préparer une nouvelle spécialisation. Cette année je débute mon « internat » au service des Urgences du CHF (Centre Hospitalier de la Formation) avec, en soutien, des séjours au CHUF (Centre Hospitalier Universitaire de la Formation). Ici pas le temps d’observer passivement, le rythme du service impose d’entrée de participer à l’accueil et d’effectuer les premiers soins.

image 186 x 283 {JPEG} 10 h du matin. Briefing dans le bureau du médecin en chef du service. Le docteur Fôyalé a réuni autour d’une table la réceptionniste Mme Nequitépa et moi-même pour organiser l’accueil dans le service d’un groupe important de personnes récemment dégagées des décombres de l’effondrement d’un édifice économique situé dans la région. Depuis le tremblement de terre de 74, de nombreux bâtiments ont été endommagés, les blessés ne cessent d’affluer. De nouvelles thérapies deviennent nécessaires pour faire face à l’évolution des symptômes et des mutations génériques des nouveaux arrivants.

- « Cent personnes en état de CES vont arriver avant la fin de l’année » dit le Dr Fôyalé ; « les ambulances de la DDTE-FP sont déjà en route. Il faut libérer des salles de « plage horaire » pour les accueillir. Prévenez le bloc chirurgical du service CLD, ils auront besoin d’un maximum de pochette de TRE pour les perfusions. Vous l’interne, vous serez chargé d’établir leur recensement et vous établirez un premier diagnostic avant de les orienter dans les différents services. Mme Nequitépa avez-vous avec vous les formulaires que nous devrons retourner à la « mutuelle FSE » pour la prise en charge du coût des soins ? Merci... Vous avez des questions ? »

Tout cela était relativement nouveau pour moi, le vocabulaire surtout. Depuis ce matin j’entendais de nouveaux mots, toujours faits de plusieurs lettres, je connaissais toutes les lettres mais je n’arrivais pas à savoir ce qu’elle voulait dire. Peut être qu’au service des urgences le rythme était tel qu’il fallait gagner du temps sur tout, même sur le temps de parole.

- « S’il vous plaît dis-je TRE ? Quel est ce produit ? »

- « C’est... » commença le Dr fôyalé ; une porte venait de s’ouvrir et Mme Onarive responsable du service « accompagnement » des urgences entrait tout en parlant :

- « Une dépêche vient de tomber sur le FAX, il y a une épidémie qui touche de nombreux jeunes dans les banlieues, les ambulances de la loi contre l’exclusion sont sur place, ils nous amènent une vingtaine de jeunes d’ici peu de temps, je ne sais pas où les mettre pour l’instant les salles ne sont pas encore libérées et je vais manquer de personnel. D’après nos informations le diagnostic n’est guère précis, certains sont plus gravement atteints que d’autres, les premiers secours sur place parlent de « TRACE » nous attendons un complément d’information. »

- « Bon dit le Dr Fôyalé les CFI seront bientôt prêts de quitter notre service pour être orientés vers les services de l’AFPA cela va nous libérer des salles. Faites moi tout de suite un rapport précis sur l’occupation des salles par les patients sous ASI, SIFE, MSP, APE, EMT, sur ceux en attente de MOA et de SOA. Essayez aussi de me faire une première évaluation des disponibilités du personnel des urgences. Merci. Euh... Dr Onarive, ce rapport, c’était pour hier bien entendu. »

Le médecin quitta le bureau le sourire aux lèvres les yeux levés vers le plafond et les sourcils incrédules. J’allais peut être maintenant savoir ce qui se cachait derrière ces trois lettres TRE. La prochaine fois je laisse tomber le s’il vous plaît et j’attaque directement par TRE ? Ça gagnera du temps pour la réponse.

- « TRE ? » dis-je

- « Pardon ? » me répondit le Dr Fôyalé

- « Excusez-moi que signifie TRE ? »

- « Technique de recherche d’emploi. Cette thérapie regroupe un certain nombre de composants parfois efficaces pour des personnes souffrant de CLD avec troubles associés. Nous l’utilisons principalement dans des pathologies SIFE type 1, APE, ASI. Ce n’est pas un produit miracle mais il permet au patient de reprendre quelques forces pour supporter les traitements qui suivront. »

Nous allions poursuivre notre briefing sur l’arrivée des CES quand la sonnerie du téléphone retentit.

- « Passez-les-moi merci... Dr Fôyalé à l’appareil... bonjour madame... oui... Quand ?... De quoi souffrent-elles ?... Avez-vous un premier diagnostic plus précis ?... D’où viennent-elles ?... Oui... D’accord nous nous préparons à les accueillir... AFI (Action Femme Industrie) d’accord... Bien. Au revoir madame. »

Il rappela le Dr Onarive, le planning devait être modifié une nouvelle fois de toute urgence. Les ambulances du ministère des droits de la femme acheminaient vers l’hôpital une trentaine de femmes piégées dans les turbulences atmosphériques de leur vie lors d’un survol de l’espace d’entretien d’embauche juste au-dessus d’une grande entreprise. Elles souffraient d’une défaillance de leur système immunitaire de motivation et avaient été contaminées au contact de leurs incertitudes et de leurs inaptitudes à accepter des contraintes et du changement significatif dans leur vie. Elles présentaient certains symptômes allergiques qu’il faudrait diagnostiquer afin d’appliquer les thérapies de premiers soins dès leur arrivée.

Le briefing s’interrompait, la situation aux Urgences était préoccupante, les différentes sociétés d’ambulances étaient en effervescence, leurs équipes de premiers soins étaient surchargées de travail et les malades affluaient dans notre service. Il nous fallait jongler dans notre fonctionnement pour leur trouver à chacun une place. Je quittais la salle de réunion pour rejoindre la salle de repos, il me fallait lire plusieurs circulaires avant de rejoindre ma salle de soin. Les couloirs du service ressemblaient aux galeries d’une fourmilière menant à la nurserie lors d’un éboulement des parois. Une équipe d’ambulanciers et de médecin des Urgences courrait autour d’un brancard :

- « Homme, 28 ans, blessé lors d’un effondrement fiscal. Son image et sa propre perception sont en état de choc. A déjà reçu une dose d’écoute. Pas d’antécédents connus. Première admission dans cet hôpital. Aucun dossier disponible. Son taux de volonté est au plus bas. La famille est prévenue. Le bâtiment dans lequel nous l’avons trouvé a été fortement endommagé. Il y a d’autres blessés et d’autres ambulanciers sont sur place. Les murs menacent de tous s’effondrer. Des personnes sont encore bloquées à l’intérieur, Attendez-vous à d’autres admissions ? »

Ils atteignirent une salle de soin disponible. Les médecins, les infirmières et les aides soignantes s’activaient autour de la table de soin. Rodée, cette équipe ne perdait pas une seconde, tous connaissaient par cœur leur rôle et les différentes tâches à effectuer.

- « Le pouls est faible, donnez-lui une dose de sourire pour faire remonter son taux d’espoir - Sa respiration est à deux paquets de cigarettes par jour - Monsieur vous m’entendez ? Pouvez vous essayer de réduire votre consommation de nicotine, je n’arrive pas a vous poser un cathéter pour vous perfuser - ça y est j’ai la veine - passez-moi 6 culots de TRE positif. Vérifiez s’il est compatible avec une MSP - Attention il s’enfonce, augmenter les doses d’entretien individuel - Faites-lui un scanner de son parcours - on lui fait les gaz de ses aptitudes - demander aussi une recherche d’allergie - il est stabilisé prévenez le bloc des APE c’est un client pour eux. »

Je continuais mon chemin vers la salle de repos. Dans une salle une femme attendait d’être transférée dans un autre service. Elle avait déjà reçu les premiers soins. Dubitative, la femme regardait l’équipe médicale s’agiter autour d’elle. Elle ne comprenait pas tout ce que ces médecins lui disaient ni lui faisaient ; Autour d’elle dans les autres salles les mêmes mots résonnaient. Apparemment elle n’était pas la seule à souffrir de cette maladie. Elle aurait bien voulu comprendre mais elle n’osait pas leur demander des explications. Elle n’avait pas beaucoup d’instruction, les docteurs avaient fait des études, eux, et comme il lui semblait que ces docteurs connaissaient les médicaments qui la guériraient de sa maladie, qu’ils lui avaient dit que dans quelque temps elle se sentirait mieux, alors elle décida de leur faire confiance.

J’atteignis la salle de repos. En fermant la porte le bruit incessant des va-et-vient s’atténua. Bien calée dans mon fauteuil je commençais ma lecture. Le Dr Gédédoute entra à son tour, il avait l’air préoccupé.

- « J’ai un patient que je n’arrive pas à récupérer. Je vais l’orienter dans une unité de soins palliatifs. Il y sera en permanence sous perfusion de RMI du moins jusqu’à sa retraite et je pense que 2 sachets par repas d’allocations diverses atténueront la douleur pour un moment. »

FIN DE L’EPISODE GENERIQUE

Post-Scriptum

Scénario de Marie Jeanne
D’après une suggestion de F.M.
Casting : un DESS et un centre de formation
Production : MJC Studios
Adaptation marijanesque de la série Urgences
Visa d’exploitation : reconversion professionnelle
Moyen vidéo : 21 - 29.7





Pour citer cet article :

Marie Jeanne - « URGENCES » - OASIS - Le Portail du Travail Social - http://www.travail-social.com. - janvier 2002.