mercredi 30 janvier 2002



Sans-domicile
Le point de vue de la FNARS sur les chiffres de l’INSEE

F.N.A.R.S.





L’Insee publie les premiers résultats de son enquête nationale concernant les personnes sans logement. La Fnars a apporté sa contribution à la préparation et la réalisation de cette enquête. Elle tient à saluer cette grande première qui donne une photographie de la situation il y a un an. L’enquête sera à renouveler périodiquement pour mesurer les évolutions. Dès maintenant, elle doit être un outil d’aide à la décision pour renforcer les moyens indispensables pour faire reculer l’exclusion.


Plus de 200 000 personnes sans logement...

L’enquête confirme les estimations antérieures, parfois contestées. Elle apporte également une analyse inédite :

- plus de 80 000 sans domicile : 40 000 en CHRS (centre d’hébergement et de réinsertion sociale) y compris 6 500 logés en centres pour demandeurs d’asiles ; 10 000 à la rue, dans les gares ou les voitures... ; 30 000 dans les autres lieux d’accueil... ; 16 000 enfants et mineurs ;

- 40 000 personnes dans des habitations de fortune (baraques, cabanes...) ;

- 80 000 hébergés par des particuliers, parents ou amis, parce qu’ils ne peuvent faire autrement...

A ce minimum de 200 000, ne faut-il pas ajouter les personnes vivant en squatt et/ou n’ayant aucun contact avec les structures d’accueil ou d’hébergement (5 à 10 000 ?), celles qui vivent à l’hôtel faute de logement (50 000), les gens du voyage qui vivent en habitat mobile, etc. ?

Les premiers résultats permettent aussi de mieux savoir qui sont ces personnes sans domicile, comment elles vivent, quelles sont les causes de leur situation...

Une situation qui n’est pas irrémédiable.

- Les trois quarts des sans-domicile ont déjà occupé un logement personnel... un sur deux a effectué des démarches pour retrouver un logement... beaucoup n’ont pas un revenu ou des garanties suffisants pour louer un logement. Malgré les nombreuses mesures prises, le droit au logement n’est aujourd’hui ni effectif, ni garanti. C’est pourquoi, la Fnars demande la création de la "Couverture logement universelle" afin d’engager une amélioration des aides personnelles au logement, une sécurisation des risques locatifs et le traitement des impayés et du surendettement. La construction de logements sociaux et très sociaux est aussi indispensable.

- Ressources inférieures au RMI pour 50 % des personnes rencontrées par l’Insee, chômage ou emploi précaire, endettement... C’est le lot quotidien des personnes sans domicile. Pour la Fnars et les associations, personne ne doit vivre avec des ressources inférieures au seuil de pauvreté. Nous demandons l’accès à un emploi de qualité, des minima sociaux revalorisés et accordés sans exclusion (18/25 ans, demandeurs d’asile...), le renforcement des dispositifs d’insertion par l’activité économique, etc., etc. Les mesures prises ces dernières années ne sont certainement pas à la hauteur des besoins.

- Etrangers, réfugiés, demandeurs d’asile... Le barrage de la langue a réduit les investigations auprès de ces personnes, mais l’enquête relève les difficultés qu’ils rencontrent tout particulièrement : 29 % des personnes à la rue, non-accès au travail, seuls 15 % d’entre eux perçoivent le RMI... Depuis de nombreux mois, des associations et plus particulièrement celles du collectif Urgence-Réfugiés alertent les pouvoirs publics devant une situation intolérable, voire explosive. Les réponses apportées sont très partielles et insatisfaisantes. C’est pourquoi les associations ont sollicité une audience auprès du Président de la République et du Premier Ministre. Leurs réponses se font attendre.

- 60 % des personnes sans domicile déclarent être bénéficiaires de la couverture maladie universelle, un an après sa mise en place. C’est un des indicateurs de l’effet positif d’une mesure des politiques publiques et des actions mises en oeuvre. Mais l’état de santé psychique et les conditions de vie des sans-domicile est préoccupant. "Ils y vivent mal [à la rue] et bien trop souvent y meurent tout au long de l’année. Leurs conditions de vie et d’hygiène, leur état sanitaire réduisent fortement leur espérance de vie et les exposent plus que d’autres aux épidémies, aux risques liés aux fortes chaleurs comme aux grands froids" écrivait la Fnars le 13 décembre 2001.

L’enquête met aussi en exergue les conditions d’accueil et d’hébergement, en particulier dans les structures d’urgence : dortoirs, promiscuité, fermeture matinale... Ce n’est pas faute d’investissement, de volonté, d’initiatives et d’innovation des associations... mais trop souvent par manque de moyens pour réaliser leurs projets.

"Plus personne à la rue dans cinq ans. Le voulons-nous ?" C’est une interrogation lancée par le collectif Alerte le 29 novembre 2001 en vue des échéances électorales. N’y a t il pas urgence que notre société donne une réponse à ces 200 000 personnes sans domicile ou sans logement ? Une réponse qui change vraiment et réellement leur vie !

C’est pourquoi, la Fnars demande un véritable plan national pluriannuel d’action et donc de moyens financiers. Ce plan doit être suffisamment dimensionné pour, toute l’année, accueillir, loger et accompagner l’ensemble des personnes et des familles à la rue mais aussi prévenir toute situation d’exclusion.


Post-Scriptum

Contacts presse : Bernard Loye - Philippe Blard - Mission Communication - publications - tél. 01 48 01 82 06 - fax 01 47 70 27 02 - fnars.com@libertysurf.fr





Pour citer cet article :

F.N.A.R.S. - « Le point de vue de la FNARS sur les chiffres de l’INSEE » - OASIS - Le Portail du Travail Social - http://www.travail-social.com. - janvier 2002.