jeudi 20 septembre 2007



VAE : faux-semblants ou vraies qualifications ?
La foi du charbonnier en la VAE du forgeron


Philippe CROGNIER





La validation des acquis de l’expérience – VAE – est un objet de réflexion pour le moins singulier. La forme disgracieuse tout d’abord sous laquelle cette étrangeté conceptuelle est énoncée porte en elle quelque chose qui vient d’emblée piquer notre curiosité. Les acquis ? La validation des acquis ? L’expérience ? Les acquis de l’expérience ? La validation des acquis de l’expérience ? Que signifient donc ces « bizarreries polyphoniques » ? D’emblée, les interrogations s’orientent du côté du Qu’est-ce ?


Mais, assez paradoxalement, notre curiosité redouble d’intensité lorsqu’un premier éclairage apparaît : la VAE c’est, dit-on, la possibilité offerte à des personnes qui peuvent justifier d’au moins trois années d’expérience en lien avec un diplôme visé d’obtenir ledit diplôme, en produisant et en présentant devant un jury un dossier dans lequel elles font, de manière organisée, l’inventaire et la preuve des compétences dont elles s’estiment porteuses et qui correspondent au diplôme souhaité. Et, de facto, cette formule magique entraîne dans son sillage la redoutable question du Comment donc est-ce possible ?

Le numéro 24 du Sociographe saisit la VAE par quatre points d’accroche. On aborde, en effet, la validation des acquis de l’expérience sous l’éclairage du cadre réglementaire, des enjeux et des débats qu’elle suscite. Le lecteur peut ensuite appréhender la mesure sous l’angle de l’accompagnement à la composition du dossier. Il peut également entendre le témoignage de personnes qui ont vécu la VAE de l’intérieur puisqu’elles ont postulé à un diplôme par cette voie. Enfin, le lecteur se laissera sans aucun doute surprendre par un projet original d’exportation et d’adaptation de la VAE dans un pays lointain à faible taux d’alphabétisation.

La première section de ce numéro rassemble tout d’abord l’article de Philippe Crognier qui met en exergue les tenants et les aboutissants de la mesure appliquée aux diplômes du secteur social et qui tente d’explorer les « coulisses de la VAE ». La réflexion se prolonge avec l’article de Jacques Fraisse qui positionne la VAE non pas au carrefour mais au rond-point des expériences et qui pose l’hypothèse d’une VAE outil de gestion des flux des individus. Yves Baunet, enfin, formule de manière critique et constructive les interrogations syndicales qui pèsent sur la VAE.

Dans la deuxième section de ce numéro, Alex Lainé développe un point de vue éclairé et résolument optimiste sur l’accompagnement des candidats pour l’obtention par la VAE de diplômes délivrés par le ministère de la Jeunesse, des Sports et de la Vie associative. Philippe Beaufort, pour sa part, prolonge la question de l’accompagnement et propose un détour par la modélisation des activités et l’ergonomie dans les situations de travail. Enfin, Julie Boucher nous offre un voyage au cœur de la VAE via la connaissance, la reconnaissance de soi, et de celui – ce lui ? – qui sommeille en nous.

La troisième section rassemble deux témoignages de candidats à la VAE. Murielle Verbauwhède fait tout d’abord état de ses peurs, doutes et craintes initiales lors de son entrée en VAE pour l’obtention du diplôme d’Etat d’éducateur spécialisé. Etaient-ils fondés ou non ? Alain Pozzo, quant à lui, interroge les finalités de la VAE et déplore que dans le prolongement de cette mesure il n’y ait pas de dispositif d’aide de retour à l’emploi.

Enfin, Marie-Clotilde Pirot et Ide Blériot viennent incarner la rubrique Ailleurs en retraçant la mise en place de la VAE en Haïti. La démarche présentée, pour le moins singulière, met en exergue deux notions surprenantes : le diplôme sous condition et la certification achevée.

Un faisceau d’éléments de réflexion émerge de ce numéro et vient confirmer le fait que derrière la validation des acquis de l’expérience réside un véritable nouage d’enjeux sociétaux ; l’adjectif sociétal ayant ici le sens de ce que l’on fait avec l’homme pour la société des hommes. Gageons donc que ces contributions permettront aux candidats potentiels, aux employeurs, aux accompagnateurs, aux évaluateurs, aux financeurs de mieux saisir la réalité de la mise en place de la validation des acquis de l’expérience et l’espace sociétal dans lequel cette mesure s’inscrit.


Post-Scriptum

Sociographe n°24 > « VAE : faux-semblants ou vraies qualifications ? » (sept 07, 128 p.)

Contact Sociographe :

lesociographe@irts-lr.fr / 04 67 07 82 73 / www.lesociographe.org





Pour citer cet article :

Philippe CROGNIER - « VAE : faux-semblants ou vraies qualifications ? » - OASIS - Le Portail du Travail Social - http://www.travail-social.com. - septembre 2007.